La transition écologique entre dans une nouvelle phase, celle des résultats mesurables
septembre 13, 2026 | by Jean-Claude JUNIN
Pays de Grasse : avec l’ADEME, la transition écologique entre dans une nouvelle phase, celle des résultats mesurables
La Communauté d’Agglomération du Pays de Grasse a officiellement signé, jeudi 10 septembre 2026, son Contrat d’Objectifs Territorial 2026-2030 avec l’ADEME. Derrière ce document, un enjeu très concret : mettre en cohérence les nombreuses politiques environnementales déjà engagées, associer davantage les 23 communes et mesurer leur progression avec des indicateurs communs. Climat, énergie, mobilité, habitat, déchets, alimentation, achats publics ou économie circulaire : pendant quatre ans, le territoire devra transformer ses ambitions en actions évaluables.
La transition écologique produit beaucoup de plans, de stratégies, de délibérations et d’objectifs à long terme. Le défi commence lorsqu’il faut faire travailler ensemble ces différents dispositifs, leur donner des indicateurs et vérifier, année après année, qu’ils produisent effectivement des résultats.
C’est précisément l’ambition du Contrat d’Objectifs Territorial (COT) 2026-2030 officiellement engagé jeudi 10 septembre par la Communauté d’Agglomération du Pays de Grasse avec l’ADEME, l’Agence de la transition écologique.
La signature a été portée par Jérôme Viaud, président de la Communauté d’Agglomération du Pays de Grasse, en présence notamment de Marjorie Minutolo, représentante de l’ADEME régionale, et de Marc Combe, élu référent PCAET Ouest 06. Jérôme Viaud a confirmé le jour même que le dispositif devait permettre de mieux coordonner les actions du territoire en matière d’énergie, de mobilité, d’habitat, de déchets, d’économie circulaire et d’alimentation.
Un contrat qui doit relier ce qui existe déjà
L’intérêt du COT n’est pas de repartir d’une page blanche.
Le Pays de Grasse dispose déjà de plusieurs outils et politiques environnementales, parmi lesquels son Plan Climat-Air-Énergie Territorial (PCAET) 2024-2029, son Projet Alimentaire Territorial, ses actions concernant les déchets, les mobilités, l’habitat, l’énergie, le développement économique ou encore l’économie circulaire.
Le PCAET a été adopté en juin 2024 après une démarche construite avec les communes et partenaires du territoire. Il fixe notamment des objectifs de réduction des consommations énergétiques et des émissions de gaz à effet de serre ainsi que de développement des énergies renouvelables à l’horizon 2030.
Le Pays de Grasse n’en est d’ailleurs pas à son premier partenariat territorial consacré à l’environnement. Dès juin 2019, il avait signé avec l’État, le Parc naturel régional des Préalpes d’Azur, l’ADEME, le Cerema et la Banque des Territoires un Contrat de Transition Écologique, présenté par l’Agglomération comme le premier CTE structuré autour de la biodiversité et du changement climatique.
Le nouveau contrat doit donc moins créer une politique supplémentaire que fournir une architecture commune pour piloter celles qui existent déjà.

« Territoire Engagé » : deux référentiels pour mesurer les progrès
Le COT s’intègre au programme national « Territoire Engagé Transition Écologique », développé par l’ADEME à destination des collectivités.
Le dispositif repose sur deux grands référentiels : Climat-Air-Énergie et Économie circulaire. L’ADEME les présente comme des outils permettant d’organiser la gouvernance, de définir une stratégie avec des objectifs précis, d’élaborer un programme pluriannuel puis d’en suivre concrètement l’avancement.
Cette méthode est importante : une collectivité n’est pas seulement évaluée sur ses intentions mais sur une série d’actions, leur niveau de réalisation et leur progression.
Pour le Pays de Grasse, les audits initiaux donnent ainsi un véritable point de départ.
Sur le référentiel Climat-Air-Énergie, le territoire se situe à 41,3 % et vise 51,3 % au terme du contrat.
Pour l’Économie circulaire, le niveau initial est de 38 %, avec un objectif fixé à 46 %.
Ces chiffres ne représentent pas, par exemple, « 41,3 % de transition écologique accomplie » au sens absolu. Ils correspondent au niveau d’avancement dans les référentiels méthodologiques de l’ADEME, qui évaluent les actions relevant des compétences et possibilités de la collectivité.
C’est une nuance essentielle pour comprendre ces indicateurs.
Climat, bâtiments, mobilité, déchets : passer du catalogue d’actions à une stratégie
L’intérêt d’un référentiel commun est aussi d’obliger à décloisonner des politiques souvent conduites séparément.
Un bâtiment public rénové concerne à la fois l’énergie, les finances communales et l’adaptation aux fortes chaleurs. Une politique de mobilité agit sur les émissions de gaz à effet de serre, la qualité de l’air et l’accès aux services. Une politique de réemploi touche simultanément la gestion des déchets, l’économie circulaire, l’emploi local et la consommation de ressources.
Le programme national Territoire Engagé couvre justement un champ très large : performance énergétique des bâtiments publics, mobilité durable, énergies renouvelables, réduction et valorisation des déchets, consommation responsable ou coopération territoriale.
Pour le Pays de Grasse, les priorités annoncées concernent notamment la consolidation de la gouvernance et de la planification, le développement de projets opérationnels dans l’énergie, le réemploi et la mobilité, mais aussi la création d’une stratégie d’achats responsables, le soutien aux filières locales et l’amélioration continue de l’évaluation.
Les 23 communes devront être pleinement associées
C’est probablement l’un des points déterminants du dispositif.
Une politique climatique intercommunale ne peut pas rester uniquement l’affaire des services de l’Agglomération. Une grande partie de sa traduction concrète se fait dans les communes : bâtiments publics, écoles, éclairage, voirie, espaces publics, mobilité quotidienne, gestion de l’eau ou adaptation aux épisodes climatiques extrêmes.
Jérôme Viaud souhaite ainsi que les 23 communes du Pays de Grasse soient directement associées à la feuille de route, notamment autour de la rénovation des bâtiments publics, de la maîtrise des consommations énergétiques, de la mobilité, de la gestion des ressources et de l’adaptation au changement climatique.
Dans son compte rendu de la signature, il insiste également sur la nécessité d’« agir de manière concrète, coordonnée et adaptée aux réalités de chacune de nos communes ».
Ce dernier point est particulièrement important dans un territoire aussi contrasté que le Pays de Grasse, allant des secteurs urbains du littoral proche aux communes rurales et montagnardes du Haut-Pays.
Les solutions ne peuvent évidemment pas être identiques partout.

400 000 euros pour conduire la démarche
Le coût prévisionnel annoncé pour cette opération atteint 400 000 euros.
L’aide apportée par l’ADEME pourrait s’élever jusqu’à 350 000 euros, avec une part fixe de 75 000 euros et une part variable conditionnée à l’atteinte des objectifs.
Cette construction financière explique en partie le mot « objectifs » contenu dans l’intitulé du contrat : une partie du soutien dépendra directement de la progression effectivement constatée.
Le principe rejoint la philosophie générale du programme Territoire Engagé : accompagner les collectivités dans le diagnostic, le plan d’actions et le suivi annuel avec l’appui d’un conseiller spécialisé. Pour le dispositif d’accompagnement 2026, l’ADEME précise que le conseiller intervient précisément sur le pilotage, le diagnostic, le plan d’actions et le suivi, avec une mission pouvant s’étendre sur quatre ans.
Autrement dit, l’aide publique ne finance pas simplement une étude de plus : elle doit permettre de conduire une démarche pluriannuelle dont les résultats seront régulièrement observés.
Pourquoi l’économie circulaire compte autant que le climat
La présence d’un référentiel entier consacré à l’économie circulaire mérite également d’être soulignée.
La transition environnementale ne se limite plus à produire de l’énergie renouvelable ou à isoler les bâtiments. Elle concerne également la quantité de matières premières consommées, la durée de vie des produits, leur réparation, le réemploi, la valorisation des déchets et les achats des administrations.
Le référentiel de l’ADEME comporte 21 actions réparties en cinq axes, depuis la stratégie territoriale jusqu’à la coopération, en passant par la réduction et la valorisation des déchets et les différents piliers de l’économie circulaire.
Dans un territoire possédant à la fois un tissu industriel, artisanal, agricole et touristique important, ces questions peuvent avoir des conséquences économiques directes.
Développer une filière locale de réemploi, favoriser les achats responsables ou rapprocher producteurs et consommateurs peut réduire l’impact environnemental tout en conservant davantage de valeur sur le territoire.
Des indicateurs pour éviter que « transition » reste seulement un mot
C’est sans doute là que réside l’intérêt principal de ce contrat.
Les collectivités françaises ont désormais beaucoup de stratégies environnementales. Mais plus les plans se multiplient, plus une question devient incontournable : comment mesurer ce qui change réellement ?
L’ADEME présente justement le programme Territoire Engagé comme une démarche d’amélioration continue : état des lieux, définition des objectifs, programme d’actions, indicateurs, suivi, puis nouvelle évaluation.
Le Pays de Grasse pourra donc être jugé sur sa progression entre le point de départ de 2026 et la situation qui sera observée à l’issue du contrat.
Les 41,3 %, 38 %, 51,3 % et 46 % deviennent ainsi beaucoup plus que des chiffres : ils forment une sorte de tableau de bord de la transformation territoriale.
Une transition qui doit aussi améliorer le quotidien
Il serait pourtant réducteur de considérer le COT comme un exercice de notation environnementale.
Derrière les référentiels apparaissent des sujets très quotidiens : une école qui consomme moins d’énergie, un bâtiment public mieux protégé contre la chaleur, une solution de mobilité plus adaptée, des déchets évités, des objets réparés plutôt que jetés, une alimentation davantage issue des filières locales ou encore une commune mieux préparée aux sécheresses et aux épisodes météorologiques extrêmes.
C’est également ce que rappelle le PCAET : climat, énergie et qualité de l’air se trouvent au croisement d’enjeux environnementaux, économiques, sanitaires et sociaux.
La transition écologique devient alors moins abstraite.
Elle entre dans les factures d’énergie, les déplacements, l’alimentation, les bâtiments et l’économie du territoire.
Après les engagements, quatre années pour faire la preuve par les actes
La signature du 10 septembre n’est donc pas un aboutissement.
C’est plutôt le coup d’envoi d’une période pendant laquelle les objectifs pourront être confrontés aux réalisations.
Le Pays de Grasse possède déjà des stratégies, des expériences et plusieurs années d’engagement environnemental. Le COT lui ajoute désormais une méthode commune, une ingénierie, des financements et surtout des critères permettant d’observer les progrès.
Il faudra naturellement attendre les prochaines évaluations pour déterminer si les objectifs sont atteints. Mais c’est justement l’intérêt d’un tel contrat : accepter que la transition écologique soit non seulement annoncée, mais mesurée.
Et si, en 2030, derrière quelques points gagnés dans les référentiels de l’ADEME apparaissent des bâtiments moins énergivores, davantage de réemploi, des mobilités mieux adaptées, des filières locales renforcées et des communes plus résilientes, alors ces pourcentages auront pris une dimension très concrète.
Car la réussite écologique d’un territoire ne se mesure finalement pas au nombre de plans qu’il signe, mais à ce qu’ils changent durablement dans la vie de ceux qui y habitent.
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Sources et références vérifiables
[1] Communauté d’Agglomération du Pays de Grasse / éléments communiqués lors de la signature du Contrat d’Objectifs Territorial, 10 septembre 2026.
[2] Jérôme Viaud — « Signature du Contrat d’Objectif Territorial avec l’ADEME », 10 septembre 2026.
Consulter le compte rendu de la signature
[3] ADEME — Programme « Territoire Engagé Transition Écologique ».
Découvrir le programme Territoire Engagé
[4] ADEME — Dispositif d’accompagnement des collectivités 2026.
Consulter le dispositif ADEME 2026
[5] Communauté d’Agglomération du Pays de Grasse — Plan Climat-Air-Énergie Territorial 2024-2029.
Consulter les informations du Pays de Grasse sur le PCAET
[6] Communauté d’Agglomération du Pays de Grasse — Contrat de Transition Écologique de 2019.
Consulter l’historique du Contrat de Transition Écologique
Note méthodologique : les montants financiers et les objectifs chiffrés propres au COT Pays de Grasse 2026-2030 sont ceux communiqués localement lors de la signature. Le fonctionnement général du programme, les référentiels et les méthodes de suivi ont été recoupés avec la documentation officielle de l’ADEME. Les actions antérieures du territoire ont été vérifiées auprès des publications institutionnelles de la Communauté d’Agglomération du Pays de Grasse.