quand une Tesla se recharge… aux frais de la commune
août 12, 2026 | by Jean-Claude JUNIN
La Roque-Esclapon : quand une Tesla se recharge… aux frais de la commune
Une incivilité qui aurait presque de quoi faire sourire si elle ne posait pas, derrière l’anecdote, une véritable question de respect des biens publics. À La Roque-Esclapon, le branchement sauvage d’une voiture électrique sur un coffret communal a provoqué l’agacement de la municipalité. L’affaire est désormais réglée : le propriétaire a été identifié, reçu en mairie, a présenté ses excuses et effectué un don à la commune. Reste une question : comment peut-on rouler dans une voiture valant plusieurs dizaines de milliers d’euros et considérer que quelques euros de recharge justifient de se servir dans l’électricité payée par tous ?
Les temps sont durs… même pour certains propriétaires de Tesla !
L’histoire racontée ces derniers jours par la mairie de La Roque-Esclapon pourrait prêter à sourire. Les photographies, elles, sont particulièrement éloquentes : une Tesla stationnée près d’un bâtiment communal, son câble de recharge relié non pas à une borne prévue à cet effet, mais à un coffret électrique.
Et comme le souligne avec une ironie à peine dissimulée la municipalité, une borne de recharge se trouvait pourtant à proximité.
Voilà qui transforme une banale recharge automobile en une petite leçon de civisme.
Un coffret communal utilisé comme borne de recharge
Dans les petites communes rurales, chaque équipement représente un investissement et son fonctionnement est, directement ou indirectement, financé par la collectivité et donc par les contribuables.
La Roque-Esclapon rappelle ainsi que la commune fait des efforts pour accueillir habitants et visiteurs : entretien des espaces publics, aménagements, équipements et installation de bornes permettant notamment aux automobilistes utilisant un véhicule électrique de recharger leur voiture dans des conditions normales.
Mais encore faut-il les utiliser.
Selon le récit publié par la mairie, le coffret électrique communal a été forcé et utilisé pour alimenter directement le véhicule. Au-delà de la consommation d’électricité, la municipalité a également insisté sur le risque représenté par un branchement effectué sur une installation qui n’est pas destinée à cet usage.
Autrement dit, il ne s’agit pas simplement de quelques kilowattheures.
Il est question d’un équipement public utilisé sans autorisation et d’une intervention sur une installation électrique qui aurait pu avoir des conséquences autrement plus sérieuses.
« La borne coûte trop cher »…
L’affaire aurait pu s’arrêter à un signalement et à l’intervention de la gendarmerie. Mais elle a rapidement pris une autre dimension avec sa diffusion sur les réseaux sociaux.
Le propriétaire du véhicule a finalement été identifié.
Il s’est ensuite présenté à la mairie, où il a été reçu et a présenté personnellement ses excuses. Selon la municipalité, il a également effectué un « don » à la commune en guise de dédommagement.
L’explication avancée pour justifier son comportement laisse néanmoins perplexe : le prix demandé par la borne de recharge située à proximité aurait été jugé trop élevé.
Un argument qui risque d’avoir du mal à convaincre.
Car si chacun décidait de contourner le paiement d’un service public au seul motif qu’il le trouve trop cher, il deviendrait rapidement impossible de financer et d’entretenir les équipements mis à disposition de tous.
Et le contraste est forcément saisissant : posséder une voiture électrique représentant plusieurs dizaines de milliers d’euros tout en considérant le prix d’une recharge comme suffisamment excessif pour aller chercher gratuitement son électricité dans un coffret communal possède quelque chose d’assez… électrique.

Espérons que le « don » aura largement couvert la recharge !
La mairie a choisi de régler l’affaire avec fermeté, mais aussi avec une certaine mesure.
Excuses présentées, dédommagement effectué et rappel des règles : l’incident semble donc clos.
On peut simplement espérer que le « don » consenti à la commune aura largement compensé les quelques euros d’électricité économisés…
Et surtout que la leçon aura été retenue.
La municipalité a d’ailleurs rappelé une évidence qui mérite parfois manifestement d’être formulée : ce n’est pas parce qu’un équipement public est accessible qu’il est possible de se servir librement.
Un coffret électrique ouvert n’est pas une borne gratuite, pas davantage que les fleurs d’un rond-point ne constituent un libre-service horticole ou qu’un banc public n’est destiné à terminer dans le jardin de celui qui le trouve sympathique.
Dans nos villages, les équipements publics appartiennent à tous
Derrière cette mésaventure se trouve finalement un sujet beaucoup plus sérieux : celui du respect du bien commun.
Dans une petite commune, une dégradation, un vol ou une utilisation abusive des équipements collectifs prennent une dimension particulière. Les budgets ne sont pas extensibles et chaque dépense inutile finit, d’une manière ou d’une autre, par être supportée par l’ensemble des habitants.
La vigilance citoyenne est donc utile. Mais elle doit naturellement rester responsable : lorsqu’une situation anormale est constatée, le bon réflexe reste de prévenir la mairie ou, lorsque les circonstances le nécessitent, les forces de l’ordre, plutôt que de chercher soi-même la confrontation.
La municipalité a d’ailleurs remercié celles et ceux qui ont permis le signalement de cet épisode.
Une Tesla… ou peut-être bientôt un vélo ?
Tout est bien qui finit bien, donc.
Le propriétaire est revenu, s’est expliqué, a présenté ses excuses et a dédommagé la commune. Souhaitons maintenant qu’il profite de ses prochains passages à La Roque-Esclapon pour découvrir cette invention étonnamment pratique que l’on appelle… une borne de recharge.
Et si vraiment son tarif lui semble toujours insupportable, il restera une solution à la fois économique, écologique et impossible à brancher clandestinement sur un coffret municipal : vendre la Tesla et acheter un vélo !
Au-delà du clin d’œil, cette petite histoire rappelle une règle élémentaire du vivre-ensemble : les équipements communaux sont le patrimoine de tous et les respecter, c’est aussi respecter ceux qui les financent. À La Roque-Esclapon comme ailleurs, l’accueil et la convivialité peuvent rester généreux à une condition toute simple : que chacun joue le jeu.
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