à Grasse, deux jours exceptionnels pour regarder le passé… et préparer l’avenir
septembre 17, 2026 | by Jean-Claude JUNIN
Journées Européennes du Patrimoine : à Grasse, deux jours exceptionnels pour regarder le passé… et préparer l’avenir
Les samedi 19 et dimanche 20 septembre 2026, Grasse déploie un programme particulièrement dense pour la 43ᵉ édition des Journées Européennes du Patrimoine. Photographie, monuments exceptionnellement accessibles, patrimoine religieux en restauration, parfumerie, jardins, musique, cinéma, architecture et adaptation des centres anciens au changement climatique : la Ville d’art et d’histoire transforme le temps d’un week-end son patrimoine en un immense terrain de découverte. Une édition 2026 qui invite autant à admirer ce qui nous a été transmis qu’à réfléchir à ce que nous transmettrons à notre tour.
Chaque année, les Journées Européennes du Patrimoine permettent de pousser des portes habituellement fermées, de regarder autrement un bâtiment devant lequel on passe quotidiennement ou de découvrir les femmes et les hommes qui conservent, restaurent et transmettent notre patrimoine.
Mais à Grasse, l’édition 2026 possède une résonance particulière. La cité des parfums dispose d’un patrimoine exceptionnellement diversifié : centre ancien, édifices religieux, architecture contemporaine, musées, bibliothèques et archives, jardins et, naturellement, tout un patrimoine immatériel lié aux savoir-faire du parfum.
Les 43ᵉ Journées Européennes du Patrimoine, organisées nationalement les 19 et 20 septembre 2026, sont placées sous deux thèmes : « Patrimoine de la photographie » et « Patrimoine en péril : raviver, résister, réimaginer ». Le premier accompagne le Bicentenaire de la Photographie ; le second interroge les menaces qui pèsent sur les monuments, paysages, collections et pratiques culturelles, mais aussi les moyens de les restaurer et de leur inventer de nouveaux usages.
Et ces deux thèmes semblent avoir été conçus sur mesure pour Grasse.
Charles Nègre : quand le thème national rejoint l’histoire grassoise
Difficile en effet d’évoquer le patrimoine photographique à Grasse sans penser à Charles Nègre.
Né à Grasse en 1820, peintre puis photographe, il appartient aux pionniers français de la photographie du XIXᵉ siècle. La ville lui a d’ailleurs donné le nom de sa grande médiathèque, inaugurée en 2022.
En cette année du Bicentenaire de la Photographie, l’image occupe logiquement une place centrale dans le programme grassois.
À la Villa Saint-Hilaire, l’exposition Grasse, fragments d’un récit photographique permet notamment de retrouver le travail d’Alain Sabatier, photographe né à Grasse en 1945. Elle rassemble une sélection de photographies argentiques en noir et blanc issues de l’exposition Grasse, portrait d’une ville provençale, réalisée en 1982 avec la collaboration scientifique de Jean-Claude Poteur. Lumière, cadrage, composition et mouvement deviennent autant de moyens de raconter la ville et son patrimoine. Des visites sont programmées samedi 19 septembre à 10 h et 14 h, sur inscription.
À travers ces images anciennes, Grasse ne se contente pas de montrer ce qu’elle était : elle invite chacun à observer ce qui a changé, ce qui demeure et ce qui mérite désormais d’être transmis.

« À travers vos yeux » : 200 ans de photographie et toujours autant de regards
À la Médiathèque Charles Nègre, l’exposition collective À travers vos yeux prolonge cette réflexion avec une approche résolument contemporaine.
Photojournalisme, photographie documentaire, poésie visuelle et démarche conceptuelle s’y rencontrent. Les œuvres d’Arié Botbol, Mustapha Chekaf, Patricia Houin, Bruno Lasnier, Jérémie Mazet, Charles Nègre, Marion Péhée et Caterina Suzzi interrogent cette relation ambiguë que la photographie entretient depuis deux siècles avec le réel : témoigner fidèlement du monde ou le transformer par le regard du photographe.
Les Archives communales participent également à cette mémoire par l’image avec Grasse à travers l’objectif, mettant notamment en valeur le travail photographique municipal de Stéphane Giraud et Alain Sabatier.
Des ateliers complètent cette programmation : retouche photographique, identification et commentaire de clichés anciens ou encore découverte du patrimoine à travers son smartphone.
La photographie cesse ainsi d’être seulement un document que l’on regarde : le public devient lui-même producteur et interprète de la mémoire de la ville.
Marcher dans Grasse au temps de Charles Nègre
Parmi les propositions les plus évocatrices figure également la visite « Grasse au temps de Charles Nègre ».
Le principe est séduisant : parcourir la ville contemporaine en essayant de retrouver celle que le pionnier de la photographie a connue au XIXᵉ siècle. Rues, façades, perspectives et monuments permettent alors de confronter plusieurs temporalités.
Le dimanche 20 septembre, « Photographiez votre patrimoine » proposera une autre manière de parcourir la cité : smartphone en main, les participants partiront à la recherche de détails architecturaux et patrimoniaux parfois invisibles à ceux qui ne prennent plus le temps de lever les yeux.
C’est peut-être l’un des fils conducteurs les plus intéressants de cette édition : apprendre à regarder de nouveau ce que l’habitude nous empêche parfois de voir.
Monter au sommet du clocher de Notre-Dame du Puy
Autre temps fort : la cathédrale Notre-Dame du Puy.
Pour l’occasion, il sera possible, sur réservation, d’accéder au sommet de son clocher. Une ouverture exceptionnelle qui permettra de découvrir autrement l’un des monuments emblématiques de Grasse et de porter le regard sur le centre historique depuis les hauteurs.
Le patrimoine religieux sera d’ailleurs particulièrement présent durant le week-end, notamment avec l’ouverture exceptionnelle des chapelles Saint-Christophe et Saint-François, actuellement concernées par des travaux de rénovation.
Ici, le thème national du « patrimoine en péril » prend une dimension très concrète. Un monument ne traverse pas les siècles par miracle : pierres, charpentes, décors, peintures et couvertures doivent être entretenus, restaurés et parfois réinventés pour continuer à vivre.
Dans les coulisses du Palais de Justice
Autre lieu rarement accessible de cette manière : le Palais de Justice de Grasse.
Les visiteurs pourront découvrir les coulisses de cet édifice contemporain associé à l’architecte Christian de Portzamparc, et ainsi intégrer au patrimoine grassois une architecture beaucoup plus récente.
C’est aussi tout l’intérêt des Journées Européennes du Patrimoine : rappeler que le patrimoine ne s’arrête ni au Moyen Âge ni aux façades anciennes. L’architecture contemporaine devient elle aussi progressivement un témoin de son époque.
Sauver le patrimoine… mais aussi l’adapter au climat
L’édition 2026 ne regarde pas uniquement les pierres avec nostalgie. Elle pose une question beaucoup plus actuelle : comment conserver une ville ancienne dans un climat qui change ?
La conférence « Plus fraîche ma ville », proposée avec Paola Bardel de l’ADEME, abordera les solutions permettant de rafraîchir les cœurs de ville confrontés aux îlots de chaleur.
Une autre rencontre, consacrée aux réhabilitations et enjeux climatiques en centre ancien, s’intéressera à la délicate conciliation entre préservation architecturale, confort des habitants et adaptation environnementale.
Le sujet est essentiel : protéger le patrimoine ne signifie pas le figer. Pour continuer à être habité, fréquenté et aimé, le centre ancien doit pouvoir évoluer sans perdre ce qui fait son identité.
Le thème national « raviver, résister, réimaginer » trouve ici tout son sens : conserver n’est plus seulement restaurer à l’identique, mais chercher les solutions permettant au patrimoine de traverser les prochaines décennies.
Le patrimoine s’écoute aussi : Daniel Goyone en concert
Samedi soir, place à la musique.
À 18 h 30, le pianiste et compositeur Daniel Goyone présentera son nouvel album No Claves, entouré de Thierry Bonneaux aux percussions et vibraphone, Nicolas Marty à la contrebasse et Jérôme Marinette à la trompette.
Le programme officiel national confirme ce concert gratuit à Grasse samedi 19 septembre de 18 h 30 à 19 h 30.
Une manière de rappeler que le patrimoine n’est pas seulement constitué d’objets et de bâtiments : il est aussi fait de création vivante.
Le cinéma pour interroger notre rapport à l’architecture
L’image animée aura elle aussi sa place avec la projection d’Architecton, film de Victor Kossakovsky, samedi à 19 h au cinéma Le Studio.
Le choix du film dialogue particulièrement bien avec le thème de cette édition : Architecton questionne notre relation aux matériaux, à la construction, à la destruction et à ce que les civilisations laissent derrière elles.
Dimanche à 15 h 30, le documentaire Au cœur d’une restauration, consacré à la cathédrale Saint-Véran, prolongera cette réflexion en montrant cette fois le patrimoine dans ce qu’il a de plus concret : le travail nécessaire pour sauver, restaurer et transmettre un édifice.
Au Musée International de la Parfumerie, le patrimoine passe par le nez
Impossible d’organiser des Journées du Patrimoine à Grasse sans convoquer les parfums.
Le Musée International de la Parfumerie sera accessible gratuitement samedi et dimanche de 10 h à 18 h. Le programme prévoit notamment « Le match des parfums – Team Vintage ou Team Moderne ? », samedi à 11 h et 14 h : une confrontation ludique entre parfums d’autrefois et créations contemporaines pour comprendre comment les usages et les goûts ont évolué.
Samedi à 16 h, changement de continent avec la conférence « Koh-do : cérémonie japonaise de l’encens et Lotus Peace Project », animée par Eriyo Watanabe, maître de l’encens et fondatrice de la Renshin School. Cette tradition japonaise autour du bois d’agar invite à considérer le parfum comme une expérience esthétique, spirituelle et méditative.
Dimanche, des visites permettront également de découvrir les coulisses de l’exposition Parfums d’Asie.
À Grasse, le patrimoine possède décidément cette particularité rare : il peut se voir, se toucher, s’écouter… mais aussi se sentir.

Aux Jardins du MIP, jasmin, greffage et patrimoine vivant
Direction ensuite Mouans-Sartoux, aux Jardins du Musée International de la Parfumerie.
Ouverts gratuitement samedi et dimanche de 9 h à 18 h, les jardins participent pleinement au week-end patrimonial.
Découverte de la pépinière de fleurs d’exception, démonstrations de greffage et visites sensorielles avec cueillette de jasmin rappelleront que le patrimoine grassois ne se limite pas aux flacons conservés dans les vitrines.
Avant le parfum, il y a la plante.
Et derrière la plante, des terres, des gestes agricoles, des techniques et des savoir-faire transmis de génération en génération. C’est précisément cet ensemble qui donne toute sa profondeur au patrimoine parfumé du Pays de Grasse.
Au MAHP, devenir « aventurier » pour sauver le musée
Le Musée d’Art et d’Histoire de Provence joue quant à lui la carte de la transmission familiale.
Samedi et dimanche à 11 h et 16 h, « Les aventuriers du MAHP perdu » transformeront la découverte du musée en jeu. Une approche particulièrement adaptée aux familles et aux enfants : chercher, observer, comprendre et résoudre plutôt que simplement suivre une visite.
Le musée présentera parallèlement l’exposition « La Nature en ville et le changement climatique », en résonance directe avec les interrogations environnementales qui traversent cette édition. Le MAHP sera ouvert gratuitement de 10 h à 18 h pendant les deux journées.
Fragonard, toujours au rendez-vous
La Villa-Musée Jean-Honoré Fragonard ouvrira également ses portes gratuitement samedi et dimanche de 13 h à 17 h 30.
Des visites guidées seront proposées à 14 h pour découvrir le patrimoine de cette demeure associée au grand peintre grassois et mieux comprendre la place qu’elle occupe dans l’histoire artistique de la ville.
Ainsi, en quelques heures seulement, le visiteur pourra passer de la photographie à la peinture, du parfum au jazz, du Moyen Âge à l’architecture contemporaine et d’une cathédrale à un jardin de plantes à parfum.
Grasse, Ville d’art et d’histoire : un patrimoine qui ne veut pas devenir un décor
Cette profusion prend tout son sens dans une ville appartenant au réseau national des Villes et Pays d’art et d’histoire, animé par le ministère de la Culture.
Le principe de ce label ne consiste pas seulement à posséder un patrimoine remarquable. Il suppose aussi de le connaître, de le valoriser et surtout de le transmettre au public.
C’est précisément ce que résume Jérôme Viaud, maire de Grasse, dans le message accompagnant cette édition :
« À Grasse, nous aimons notre patrimoine, nous le chérissons et nous le défendons peut-être encore plus qu’ailleurs. Ces Journées sont une formidable occasion de révéler, raconter et transmettre notre histoire pour éclairer le présent et consolider l’avenir. »
Une formule qui correspond assez justement au programme 2026. Car cette année, il ne s’agit pas uniquement d’ouvrir les portes des monuments : il s’agit de comprendre pourquoi ils comptent, pourquoi certains sont fragiles et comment les transmettre.

Deux jours pour regarder Grasse autrement
Les samedi 19 et dimanche 20 septembre, une grande partie de la programmation sera gratuite. Certaines visites, en raison de la configuration des lieux ou du nombre de places disponibles — notamment le clocher de la cathédrale et certaines ouvertures exceptionnelles — nécessitent toutefois une réservation.
Pour les activités organisées par le service Ville d’art et d’histoire, les renseignements et réservations sont annoncés au 04 97 05 58 70 et à l’adresse reservations.vah@ville-grasse.fr. Le programme complet et ses éventuelles mises à jour sont disponibles auprès de la Ville.
Cette 43ᵉ édition raconte finalement une conception très vivante du patrimoine. Une photographie de 1880, une chapelle que l’on restaure, une fleur de jasmin, un palais contemporain, une partition de jazz ou un enfant lancé à la recherche d’un trésor dans un musée peuvent sembler n’avoir que peu de choses en commun.
Et pourtant, tous participent à la même histoire : celle d’une ville qui refuse de considérer son patrimoine comme un simple décor.
Pendant deux jours, Grasse nous invite à lever les yeux, à ouvrir les portes, à sentir, écouter, photographier et comprendre. Une formidable occasion de découvrir que protéger le passé n’est pas regarder en arrière : c’est lui permettre d’avoir encore un avenir.
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Sources vérifiées et vérifiables
Le site officiel des Journées Européennes du Patrimoine confirme les dates des 19 et 20 septembre 2026, la 43ᵉ édition et les deux thèmes nationaux « Patrimoine de la photographie » et « Patrimoine en péril : raviver, résister, réimaginer ».
Le programme des musées du Pays de Grasse confirme notamment les animations du Musée International de la Parfumerie, la conférence d’Eriyo Watanabe, les activités du MAHP et les propositions organisées dans les établissements communautaires.
Le programme 2026 de Pays de Grasse Tourisme détaille les horaires et animations du MIP, du MAHP, de la Villa-Musée Fragonard et des Jardins du MIP.
La Médiathèque de Grasse — exposition Alain Sabatier et la Médiathèque de Grasse — À travers vos yeux documentent les deux grandes expositions photographiques de cette rentrée.
Le programme national des JEP confirme également le concert de Daniel Goyone à Grasse, samedi 19 septembre à 18 h 30.

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