la CASA demande aux habitants d’imaginer avec elle les déplacements de demain
septembre 17, 2026 | by Jean-Claude JUNIN
Mobilités 2030-2040 : la CASA demande aux habitants d’imaginer avec elle les déplacements de demain
Comment se déplacera-t-on dans dix ans entre Antibes, Sophia Antipolis, Valbonne, le Moyen-Pays et les villages du Haut-Pays ? Quelle place pour la voiture, les transports collectifs, le vélo, la marche, le covoiturage et les nouvelles mobilités ? La Communauté d’Agglomération Sophia Antipolis vient d’engager l’élaboration concertée de son Plan de Mobilité 2030-2040. Première étape : écouter les habitants, salariés et acteurs économiques. Des ateliers participatifs seront organisés dès le 22 septembre à Sophia Antipolis, puis sur le littoral et dans le Haut-Pays. Une concertation d’autant plus importante que les réalités de déplacement ne sont évidemment pas les mêmes sur le bord de mer, dans la technopole ou à Gréolières.
La mobilité est probablement l’un des sujets sur lesquels chacun possède une expérience quotidienne très concrète. Celui qui passe chaque matin de longues minutes dans les embouteillages, celui qui attend son bus, la salariée qui aimerait venir travailler à vélo mais ne trouve pas d’itinéraire suffisamment sécurisant, l’étudiant sans voiture ou l’habitant d’un village du Haut-Pays qui doit parcourir plusieurs kilomètres pour rejoindre un service public ne parlent finalement que d’une même question : comment se déplacer mieux ?
C’est précisément la question que pose aujourd’hui la Communauté d’Agglomération Sophia Antipolis (CASA) en lançant officiellement l’élaboration concertée de son Plan de Mobilité 2030-2040. La démarche a été rendue publique le 26 août 2026 et repose, dans une première phase, sur des ateliers participatifs et des enquêtes en ligne.
L’objectif affiché par l’Agglomération est ambitieux : déterminer collectivement les pratiques et les solutions qui permettront de se déplacer, selon ses propres termes, « plus efficacement, plus sûrement, plus proprement, plus équitablement et plus économiquement » au cours de la prochaine décennie.
Un Plan de Mobilité, concrètement, à quoi sert-il ?
Le Plan de Mobilité — PDM — n’est pas un simple catalogue de bonnes intentions.
Le Code des transports en fait le document qui détermine les grands principes d’organisation de la mobilité des personnes, mais également du transport des marchandises, de la circulation et du stationnement sur le territoire d’une autorité organisatrice de la mobilité. Il doit prendre en compte la diversité du territoire et les besoins de sa population.
Il s’agit donc d’un document de planification à dix ans qui permet de donner une cohérence aux différentes politiques de déplacement.
Le cadre légal lui assigne plusieurs objectifs : trouver un équilibre durable entre les besoins de mobilité et la protection de l’environnement et de la santé, renforcer la cohésion sociale et territoriale, améliorer l’accès à la mobilité dans les secteurs ruraux ou moins denses, renforcer la sécurité des déplacements et mieux partager l’espace public entre les différents modes de transport.
Il doit également contribuer à réduire les émissions de gaz à effet de serre liées aux transports, la pollution atmosphérique et les nuisances sonores, tout en prenant en compte la préservation de la biodiversité.
Autrement dit, il ne s’agit pas simplement de décider où faire passer un bus ou aménager une piste cyclable. Le Plan de Mobilité doit penser le système de déplacements dans son ensemble.
Un territoire où la mobilité est particulièrement complexe
Le défi est de taille sur le territoire de Sophia Antipolis.
La CASA réunit 24 communes et près de 176 000 habitants selon les chiffres clés actuellement publiés par l’Agglomération. Elle s’étend de la Méditerranée aux premiers reliefs alpins avec, en son centre, la technopole de Sophia Antipolis.
Cette géographie explique une grande partie de la complexité des déplacements.
Sur le littoral, la densité de population, les activités touristiques et économiques et les grands axes de circulation produisent des flux importants. Dans le Moyen-Pays, les déplacements sont fortement influencés par Sophia Antipolis, ses entreprises et ses établissements d’enseignement. Plus au nord, la faible densité et l’éloignement rendent beaucoup plus difficile l’organisation de transports collectifs fréquents.
Le diagnostic du précédent Plan de Déplacements Urbains soulignait déjà cette singularité : environ 65 % de la population et deux tiers des emplois se concentraient sur le littoral, tandis que le Moyen-Pays présentait un profil résidentiel et tertiaire fortement marqué par la technopole.
Les chiffres datent du précédent diagnostic et ne doivent donc pas être lus comme une photographie statistique de 2026. Mais ils illustrent bien la difficulté structurelle à laquelle le futur plan devra répondre : il n’existe pas une mobilité sur le territoire de la CASA, mais plusieurs.

Littoral, Moyen-Pays et Haut-Pays : trois territoires invités à parler
C’est précisément pour tenir compte de cette diversité que la concertation est organisée en trois secteurs : Littoral, Moyen-Pays et Haut-Pays.
Pour le Moyen-Pays, les premières rencontres se dérouleront à Polytech Nice Sophia, de 18 h à 20 h. Le mardi 22 septembre 2026, les participants travailleront sur le diagnostic, les enjeux et les objectifs. Une seconde rencontre aura lieu mercredi 4 novembre, cette fois consacrée au plan d’actions.
Sur le Littoral, rendez-vous à la Maison des associations d’Antibes : jeudi 24 septembre pour le diagnostic, les enjeux et les objectifs, puis mardi 3 novembre pour le plan d’actions.
Le Haut-Pays disposera lui aussi de ses propres ateliers, à la mairie du Bar-sur-Loup : mercredi 23 septembre, puis jeudi 5 novembre, toujours de 18 h à 20 h.
Ce découpage permettra, au moins dans la phase de concertation, de ne pas considérer que les difficultés rencontrées à Antibes sont nécessairement celles de Cipières, Bouyon, Gréolières, Opio ou Valbonne.
D’abord établir le diagnostic, ensuite construire les actions
Le calendrier des ateliers n’est pas anodin.
La première série de réunions de septembre est consacrée au diagnostic, aux enjeux et aux objectifs. Il s’agit donc d’abord d’identifier les difficultés et les besoins : congestion, temps de parcours, desserte des zones d’emploi, accès aux transports collectifs, sécurité des cyclistes et piétons, stationnement, accessibilité, déplacements domicile-travail ou encore mobilité des territoires peu denses.
La seconde série, organisée en novembre, doit permettre de passer à l’étape suivante : le plan d’actions.
C’est une distinction importante. À ce stade, le futur PDM 2030-2040 est en construction. Il serait donc prématuré d’affirmer quelles mesures seront finalement retenues.
La concertation intervient justement avant que ces choix soient arrêtés.
La voiture, forcément au cœur du débat
Impossible cependant de parler mobilité sur la Côte d’Azur sans évoquer la voiture.
Le précédent document de planification de la CASA poursuivait déjà une stratégie de réduction du trafic automobile, parallèlement au développement des transports collectifs, de la marche, du vélo, du covoiturage et de modes de livraison moins polluants.
Mais réduire la dépendance à la voiture ne signifie pas appliquer partout la même recette.
Dans les zones les plus denses, transports collectifs, vélo et marche peuvent offrir des alternatives crédibles pour certains trajets. Dans les secteurs ruraux et montagneux, la voiture reste souvent difficile à remplacer.
Le Code des transports demande d’ailleurs explicitement aux Plans de Mobilité de prendre en compte les habitants des territoires moins denses ou ruraux dans l’amélioration de l’accès aux services de mobilité.
Le défi du futur plan sera donc moins de proclamer la disparition de la voiture que de déterminer où et comment il devient possible de proposer des alternatives suffisamment pratiques pour que l’automobiliste puisse réellement les choisir.
Bus, vélo, marche, covoiturage : partir aussi de ce qui existe
Le futur plan ne part pas d’une page blanche.
La CASA dispose déjà du réseau Envibus, développe des solutions cyclables et propose notamment une carte numérique des itinéraires « La CASA à vélo ». L’application Envibus Cap Azur permet également de rechercher des parcours cyclables en tenant compte du temps de trajet, du dénivelé, du niveau d’aménagement, du stationnement vélo et de l’intermodalité avec les bus.
L’Agglomération développe aussi CASA Envélo, son service de location longue durée de vélos à assistance électrique, avec plusieurs points et tournées sur le territoire.
Elle travaille par ailleurs sur les changements de comportement. Un programme de recherche soutenu par la Région Sud et l’ADEME s’intéresse par exemple aux salariés de Sophia Antipolis utilisant seuls leur voiture et aux conditions susceptibles de favoriser un report vers Envibus, le vélo ou le covoiturage.
Le futur PDM devra donc évaluer les dispositifs existants, identifier leurs limites et déterminer ceux qu’il convient de renforcer, modifier ou compléter.
Une évolution engagée depuis plusieurs années
La CASA n’en est pas à son premier document de planification des déplacements.
Son premier Plan de Déplacements Urbains avait été approuvé le 5 mai 2008. Une révision avait ensuite été arrêtée par le Conseil communautaire le 16 décembre 2019. Mais la crise sanitaire avait empêché la tenue de l’enquête publique initialement prévue en juin 2020.
Entre-temps, la loi d’orientation des mobilités du 24 décembre 2019, dite loi LOM, a transformé le cadre réglementaire : depuis le 1er janvier 2021, le PDU a laissé place au Plan de Mobilité, avec de nouvelles exigences concernant notamment le climat, la qualité de l’air, les nuisances sonores, l’accès à la mobilité dans les territoires peu denses, les mobilités partagées et la continuité des itinéraires cyclables et piétons.
La CASA a donc choisi de s’engager dans l’élaboration d’un PDM correspondant à ce nouveau cadre.
Et juridiquement, l’exercice n’est pas facultatif : le Code des transports rend l’établissement d’un Plan de Mobilité obligatoire dans les ressorts des autorités organisatrices de la mobilité concernés par les agglomérations de plus de 100 000 habitants.
La mobilité, aussi une question sociale
Le débat est parfois réduit à une opposition entre voiture et vélo. Le Plan de Mobilité va beaucoup plus loin.
Pouvoir se déplacer conditionne l’accès à l’emploi, aux études, aux soins, aux commerces, aux services publics et aux loisirs. Pour une personne âgée qui ne conduit plus, un jeune sans permis, une personne à mobilité réduite ou un ménage qui ne peut assumer le coût de plusieurs voitures, la question des transports est directement liée à l’autonomie.
C’est pourquoi le Code des transports inscrit explicitement la cohésion sociale et territoriale parmi les objectifs du PDM et impose de prendre en compte les personnes handicapées ou à mobilité réduite.
Le précédent PDU de la CASA consacrait déjà une partie importante de ses actions à l’accessibilité du réseau et des arrêts de bus.
Le futur plan devra poursuivre cette réflexion avec un territoire qui mêle zones urbaines denses, technopole internationale, quartiers résidentiels et villages ruraux.

Et les marchandises ne sont pas oubliées
Un aspect moins visible mérite également d’être rappelé : un Plan de Mobilité ne concerne pas uniquement les déplacements des personnes.
La loi prévoit aussi qu’il traite du transport des marchandises, de la circulation et du stationnement.
Livraisons du dernier kilomètre, accès aux centres-villes, flux générés par les entreprises, logistique commerciale : ces déplacements participent eux aussi à la congestion et aux émissions.
Le futur PDM devra donc articuler mobilité quotidienne et fonctionnement économique d’un territoire qui compte à la fois des centres urbains importants et la technopole de Sophia Antipolis.
La parole est maintenant aux habitants
C’est sans doute le point essentiel de cette première étape.
La CASA ne demande pas uniquement aux habitants de prendre connaissance d’un projet déjà terminé. Elle les invite à intervenir au moment du diagnostic, puis à participer à la réflexion sur les actions.
Les ateliers sont complétés par des enquêtes en ligne, afin de permettre à ceux qui ne pourront pas assister aux réunions de contribuer également à la démarche. L’inscription aux ateliers et aux questionnaires est accessible depuis la page dédiée de la CASA.
Participer aux ateliers et enquêtes du Plan de Mobilité 2030-2040
Et c’est probablement maintenant que la participation est la plus utile : avant que les choix soient faits.
Imaginer les déplacements de 2040 commence en 2026
Personne ne peut prédire précisément comment nous nous déplacerons en 2040. Les technologies évolueront, les habitudes aussi, et les contraintes climatiques, économiques et énergétiques pèseront probablement davantage sur les choix de mobilité.
Mais une chose est certaine : les infrastructures et les politiques de transport nécessitent du temps. Ce qui sera utilisé dans dix ou quinze ans doit donc être pensé bien avant.
En lançant cette concertation à l’échelle du littoral, du Moyen-Pays et du Haut-Pays, la CASA ouvre un débat qui touche directement la vie quotidienne de ses habitants.
Le véritable enjeu sera désormais de transformer les besoins exprimés en solutions réalistes, adaptées aux différents territoires et suffisamment attractives pour faciliter les déplacements sans accroître les inégalités.
Le Plan de Mobilité 2030-2040 commence ainsi par la meilleure matière première possible : l’expérience de ceux qui se déplacent chaque jour. À chacun désormais d’apporter sa route, son trajet, ses difficultés et ses idées pour construire une mobilité plus simple, plus sûre et plus durable.
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