Et si nos « déchets » de jardin devenaient une richesse ?
septembre 23, 2026 | by Jean-Claude JUNIN
Fête du Sol Vivant 2026 : et si nos « déchets » de jardin devenaient une richesse ?
Du 3 au 18 octobre 2026, la Fête du Sol Vivant revient partout en France pour sa quatrième édition. Pendant deux semaines, jardiniers, associations, collectivités, guides et maîtres composteurs sont invités à ouvrir leurs jardins, partager leurs expériences et montrer qu’épluchures, feuilles mortes, tontes ou branchages ne sont pas nécessairement des déchets à évacuer. Compostage, paillage, broyage, mulching ou jardinage au naturel : derrière des gestes parfois très simples se cache une autre manière de nourrir les sols tout en réduisant les volumes transportés vers les déchèteries.
Nous avons longtemps considéré la feuille morte comme quelque chose à ramasser, la tonte comme quelque chose à évacuer et l’épluchure comme quelque chose à jeter.
La Fête du Sol Vivant propose précisément de renverser cette logique : avant d’être des déchets, ces matières organiques peuvent constituer une ressource.
Du samedi 3 au dimanche 18 octobre 2026, le Réseau Compost Citoyen organise la quatrième édition de cette manifestation nationale consacrée au compostage, au paillage et au jardinage au naturel. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’événement est relayé et coordonné par le Réseau Compost Citoyen PACA.
Et l’idée est volontairement simple : apprendre les uns des autres.
Plus de 1 100 rendez-vous en 2025
La Fête du Sol Vivant est encore jeune, mais elle a rapidement pris de l’ampleur.
Pour sa troisième édition, en 2025, le Réseau Compost Citoyen a recensé 1 117 événements en France métropolitaine, en Guadeloupe et en Martinique. Pour 2026, l’objectif est de poursuivre cette dynamique en multipliant les initiatives locales.
Pas besoin pour cela d’organiser un grand festival.
Une démonstration devant un composteur peut devenir un événement. Une collectivité peut distribuer du broyat ou du compost en déchèterie. Une association peut installer un stand consacré aux matières organiques. Un particulier peut ouvrir son jardin et expliquer sa façon de pailler ses plantations.
On peut encore imaginer un atelier de jardinage au naturel, la création collective d’une butte en lasagne, une opération de broyage sur une place de village ou une animation dans un jardin partagé.
Le principe revendiqué par les organisateurs est précisément cette transmission horizontale : celui qui sait faire montre à celui qui souhaite apprendre.

Pourquoi parler du sol ?
Parce que sous nos pieds existe un écosystème que l’on oublie facilement.
Un jardin ne se résume pas aux végétaux visibles en surface. La matière organique qui retourne au sol participe à sa structure, à sa fertilité et à la vie qu’il abrite.
L’ADEME rappelle ainsi que l’utilisation des déchets verts en paillage ou sous forme de compost permet à la matière organique de retourner dans le sol. Celui-ci devient alors plus riche et mieux structuré, ce qui bénéficie aux plantes et à la biodiversité et contribue à sa résistance face notamment à la sécheresse et à l’érosion.
Le paillage possède également un intérêt immédiatement perceptible par le jardinier : il protège le sol et permet de limiter l’arrosage.
Autrement dit, laisser une partie de ce que produit le jardin… dans le jardin peut être beaucoup plus utile que de tout charger dans une remorque.
160 kilos de déchets verts par personne et par an
Le sujet est loin d’être anecdotique.
Selon l’ADEME, l’entretien des jardins génère en moyenne environ 160 kg de déchets verts par personne et par an. L’Agence estime également que les déchets verts représentent environ 12 % des déchets ménagers et assimilés collectés et traités chaque année en France.
Tontes, feuilles, tailles de haies et branchages constituent donc des volumes considérables qu’il faut transporter puis traiter lorsqu’ils quittent leur lieu de production.
La Fête du Sol Vivant défend une autre question, presque de bon sens :
et si une partie de cette matière pouvait être utilisée là où elle a été produite ?
Une feuille morte peut protéger la terre.
Une branche broyée peut devenir du paillage.
Une tonte peut être valorisée au jardin.
Les restes organiques peuvent alimenter un compost qui retournera ensuite nourrir le sol.
Le déchet devient alors ressource.
Depuis 2024, les biodéchets doivent être triés à la source
Cette quatrième édition s’inscrit aussi dans une évolution importante de la gestion des déchets en France.
Depuis le 1er janvier 2024, le tri à la source des biodéchets est généralisé et concerne particuliers comme professionnels. Les biodéchets comprennent à la fois les déchets alimentaires et de cuisine et les déchets biodégradables provenant des jardins et des parcs.
Les collectivités doivent organiser des solutions adaptées à leur territoire : compostage individuel ou partagé, points d’apport volontaire ou collecte séparée peuvent notamment être utilisés.
L’intérêt du compostage de proximité est évident : plutôt que transporter de la matière organique pour la traiter ailleurs, une partie peut être transformée et utilisée localement.
Le ministère de la Transition écologique indique d’ailleurs que le processus de compostage réduit d’environ trois fois le volume des biodéchets, notamment parce qu’ils sont très largement composés d’eau.
Le meilleur voyage du déchet vert est parfois celui qu’il ne fait pas
C’est probablement l’un des messages les plus intéressants de cette Fête du Sol Vivant.
Le réflexe écologique ne consiste pas nécessairement à prendre sa voiture, remplir le coffre ou une remorque de végétaux et parcourir plusieurs kilomètres jusqu’à une déchèterie.
Lorsque la matière peut être correctement valorisée sur place, ne pas la transporter peut être encore plus logique.
L’ADEME encourage ainsi plusieurs solutions de proximité : prévention de la production de végétaux, compostage individuel ou collectif, broyage sur place, paillage et mulching.
La déchèterie conserve naturellement son utilité pour ce qui ne peut être valorisé au jardin. Mais elle n’est plus nécessairement la destination automatique de chaque feuille ou de chaque branche coupée.
Et pour les collectivités, réduire les apports de végétaux signifie aussi réduire des volumes à collecter, transporter et traiter.
Brûler ses déchets verts ? Une fausse bonne idée
Il existe en revanche une pratique que les pouvoirs publics cherchent à faire reculer : le brûlage des déchets verts.
Il est interdit pour les particuliers et génère notamment des émissions de particules fines et d’autres polluants atmosphériques ; il peut également accroître le risque d’incendie.
Pourtant, selon une étude publiée par l’ADEME, 15 % des personnes disposant d’un jardin ou d’un espace vert privatif déclaraient encore brûler des déchets verts en 2022.
Là encore, le broyage, le paillage ou le compostage permettent de changer complètement de regard : ce que l’on voulait faire disparaître par le feu peut devenir une matière utile.

Pailler : probablement l’un des gestes les plus simples
Pas besoin d’être maître composteur pour participer à cette petite révolution.
Prenons les feuilles mortes.
Au lieu de les enfermer systématiquement dans des sacs, elles peuvent servir de paillage.
Les brindilles et petites branches peuvent être coupées ou broyées. Les résidus végétaux du jardin peuvent également être utilisés selon leur nature.
En automne, le paillage permet notamment de ne pas laisser le sol nu et de protéger les plantes avant l’hiver.
La période choisie pour la Fête du Sol Vivant n’est donc pas anodine : octobre est précisément le moment où les jardins commencent à produire une quantité importante de matière organique.
Et où le jardinier peut décider de la considérer comme un problème… ou comme une ressource.
Deux semaines pour montrer plutôt que faire la leçon
C’est aussi ce qui rend l’événement sympathique : sa philosophie repose davantage sur la démonstration que sur le discours.
Les organisateurs souhaitent favoriser l’échange de pratiques entre pairs.
Un particulier peut montrer son compost.
Une association expliquer son jardin partagé.
Une commune organiser une campagne de broyage.
Une déchèterie distribuer du compost ou du broyat.
Un jardinier expérimenté peut simplement montrer comment il utilise ses feuilles mortes.
Le Réseau Compost Citoyen invite ainsi citoyens, jardiniers, référents de sites, guides et maîtres composteurs, associations, collectivités et structures spécialisées à proposer leurs propres animations. Celles-ci peuvent être inscrites sur la carte nationale afin d’être visibles du public.
En PACA, chacun peut devenir acteur de la fête
Le Réseau Compost Citoyen Provence-Alpes-Côte d’Azur lance donc un appel aux jardiniers, associations et collectivités de la région.
Les organisateurs peuvent imaginer leurs propres rendez-vous et les faire connaître sur la cartographie nationale de la Fête du Sol Vivant. Le réseau met également à disposition des ressources pour préparer et promouvoir les animations.
La manifestation se construit ainsi progressivement territoire par territoire : les rendez-vous peuvent continuer à être inscrits et la carte interactive permet de rechercher ceux organisés à proximité.
Consulter la carte et le programme de la Fête du Sol Vivant 2026
Finalement, la nature avait peut-être déjà inventé le recyclage
Une forêt n’a ni poubelle verte ni déchèterie.
Les feuilles tombent, le bois se décompose, les organismes du sol travaillent et la matière revient progressivement dans le cycle du vivant.
Nos jardins ne sont évidemment pas des forêts et certaines matières nécessitent une gestion adaptée. Mais le principe défendu par la Fête du Sol Vivant mérite d’être retenu : tout ce qui sort du jardin n’a pas vocation à sortir du jardin.
Du 3 au 18 octobre, cette quatrième édition donnera donc l’occasion d’apprendre des techniques parfois extrêmement simples : composter, broyer, pailler, pratiquer le mulching, mieux utiliser les matières organiques et comprendre ce qui se passe sous nos pieds.
Après tout, prendre soin de son jardin commence peut-être moins par ce que l’on y apporte que par ce que l’on cesse d’en retirer.
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