Francis Nachbar raconte sa « rencontre avec le mal »
octobre 3, 2026 | by Jean-Claude JUNIN
Affaire Fourniret : à Grasse, Francis Nachbar raconte sa « rencontre avec le mal »
« Personne ne sortira indemne de l’affaire Fourniret, pas même vous, Monsieur le Procureur. » Plus de vingt ans après cette phrase prononcée par Michel Fourniret, Francis Nachbar ne l’a pas oubliée. L’ancien procureur de la République de Charleville-Mézières, qui porta l’accusation lors du procès de 2008, sera à Grasse mardi 6 octobre. Une soirée consacrée moins au sensationnel qu’au témoignage d’un magistrat confronté pendant des années à l’une des affaires criminelles françaises les plus éprouvantes de ces dernières décennies.
Il est des dossiers judiciaires que l’on referme. Et d’autres qui continuent d’accompagner ceux qui les ont instruits, jugés ou vécus.
Pour Francis Nachbar, l’affaire Fourniret appartient manifestement à la seconde catégorie.
Le mardi 6 octobre 2026 à 19 heures, au Palais des Congrès de Grasse, le magistrat honoraire reviendra sur cette affaire hors norme lors d’une conférence organisée par le Cercle des Amis de Jérôme Viaud. L’événement est annoncé pour une durée d’environ 1 h 30 et la participation est gratuite, mais l’inscription est obligatoire en raison du nombre limité de places.
Les organisateurs le déconseillent aux moins de 16 ans.

Une phrase prononcée le 3 juillet 2004
L’histoire que Francis Nachbar vient raconter à Grasse commence notamment par une journée dont il conserve un souvenir particulièrement précis : le 3 juillet 2004.
À l’époque procureur de la République à Charleville-Mézières, il rencontre Michel Fourniret lors des fouilles menées dans le parc du château du Sautou, dans les Ardennes. Les recherches permettront de retrouver les corps de deux victimes.
C’est au cours de cette journée que Fourniret lui lance cette phrase :
« Personne ne sortira indemne de l’affaire Fourniret, pas même vous, Monsieur le Procureur. »
Vingt-deux ans plus tard, cette phrase donne une tonalité particulière à la conférence grassoise.
Celui qui fut surnommé « l’Ogre des Ardennes »
Michel Fourniret reste associé à une succession de crimes commis principalement contre des jeunes filles et de jeunes femmes.
Son parcours criminel ne se résume toutefois pas aux seuls faits jugés en 2008. Au fil des années, d’autres affaires ont été rapprochées de lui, certaines ont donné lieu à des aveux, tandis que d’autres demeurent non élucidées. Fourniret avait au total avoué onze meurtres et restait suspecté dans de nombreuses autres disparitions.
Michel Fourniret est mort en détention le 10 mai 2021, laissant derrière lui des questions auxquelles les familles de certaines victimes attendent toujours des réponses.
Monique Olivier, bien davantage qu’un personnage secondaire
Impossible d’évoquer cette affaire sans parler de Monique Olivier, alors épouse de Michel Fourniret.
Son rôle a fait l’objet de plusieurs procédures judiciaires. Au procès de Charleville-Mézières en 2008, elle fut condamnée à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une période de sûreté, tandis que Fourniret fut condamné à la perpétuité incompressible.
L’histoire judiciaire s’est poursuivie bien après ce premier procès.
En 2023, Monique Olivier a de nouveau comparu devant la cour d’assises des Hauts-de-Seine pour son implication dans les affaires Marie-Angèle Domèce, Joanna Parrish et Estelle Mouzin, Michel Fourniret étant alors décédé.
Cette persistance judiciaire explique aussi pourquoi, plus de vingt ans après les premières grandes révélations, l’affaire Fourniret continue d’occuper une place particulière dans l’histoire criminelle française.
Francis Nachbar, du procureur à l’avocat général du procès
Le rôle exact de Francis Nachbar mérite d’être précisé.
Il était procureur de la République près le tribunal de grande instance de Charleville-Mézières lorsque l’affaire éclate et lors de l’enquête. Au procès devant la cour d’assises des Ardennes en 2008, il exerce les fonctions d’avocat général, représentant le ministère public. Les archives contemporaines du procès le confirment.
Il requiert alors les peines maximales : la réclusion criminelle à perpétuité incompressible contre Michel Fourniret et la perpétuité contre Monique Olivier.
Quelques semaines après le procès, un décret présidentiel du 11 juillet 2008 mentionne encore officiellement Francis Nachbar comme procureur de la République à Charleville-Mézières avant sa nomination au Havre.
Une précision qui permet de comprendre la singularité de son témoignage : Francis Nachbar n’a pas simplement assisté au procès. Il a suivi l’affaire durant plusieurs années, rencontré les accusés, accompagné certaines opérations de recherche et porté l’accusation devant les jurés.
Des centaines d’heures face au dossier Fourniret-Olivier
Dans Ma rencontre avec le mal, Francis Nachbar explique combien cette affaire l’a marqué personnellement.
Il a attendu quinze ans après le procès de 2008 avant de publier son témoignage. L’ouvrage paraît le 26 octobre 2023 chez Mareuil Éditions, dans une collection dirigée par l’ancien magistrat Jacques Dallest, qui en signe la préface.
Le titre lui-même — Ma rencontre avec le mal — dit quelque chose de la dimension personnelle du récit.
Francis Nachbar ne dissimule d’ailleurs pas les conséquences psychologiques de cette immersion. Interrogé par RTL lors de la parution de son livre, il expliquait avoir fait des cauchemars et évoquait notamment le souvenir extrêmement douloureux de la découverte du corps d’Isabelle Laville, en présence du père de la victime.
C’est probablement là que la rencontre de Grasse prendra une dimension différente d’une simple conférence consacrée à un fait divers célèbre.

Derrière « l’affaire », les victimes
Car raconter Fourniret présente toujours un risque : celui de donner au criminel davantage de place qu’à ceux dont il a détruit l’existence.
Le témoignage de Francis Nachbar permet justement de déplacer le regard vers les victimes, leurs familles, les enquêteurs et tous ceux qui ont dû travailler pendant des années sur ces crimes.
Lors de son réquisitoire de mai 2008, le magistrat avait lui-même laissé apparaître l’épreuve humaine représentée par cinq années passées à travailler sur ces dossiers. Les comptes rendus d’audience de l’époque témoignent d’un réquisitoire exceptionnellement chargé d’émotion.
Derrière le surnom médiatique de « l’Ogre des Ardennes », il y a donc d’abord des vies interrompues, des familles confrontées à l’absence et parfois à des décennies d’attente.
C’est sans doute une dimension essentielle à conserver lorsqu’on revient aujourd’hui sur cette histoire.
À Grasse, comprendre le travail de la justice face à l’impensable
La conférence permettra également de regarder l’affaire sous un angle rarement accessible au grand public : celui du magistrat.
Comment interroger un homme comme Fourniret ? Comment distinguer l’aveu véritable de la manipulation ? Comment poursuivre les recherches lorsque l’accusé joue avec les enquêteurs ? Comment continuer à représenter la société devant une cour d’assises après avoir passé des années au contact de récits criminels particulièrement éprouvants ?
Francis Nachbar a raconté, par exemple, comment Fourniret avait multiplié les fausses indications lors des recherches du corps de Jeanne-Marie Desramault au château du Sautou, obligeant les enquêteurs à poursuivre les fouilles pendant des heures.
Autant de questions qui donnent à cette rencontre un intérêt dépassant largement le seul récit criminel : elle ouvre une fenêtre sur le fonctionnement de l’enquête, la justice criminelle et la place de l’humain derrière la robe du magistrat.
Une soirée forcément particulière
Vingt-deux ans après sa première rencontre avec Michel Fourniret et dix-huit ans après le procès de Charleville-Mézières, Francis Nachbar viendra donc à Grasse raconter ce qu’il a vu, entendu et vécu.
Sans doute la meilleure manière d’aborder cette conférence est-elle précisément de revenir à cette phrase du 3 juillet 2004.
« Personne ne sortira indemne… »
Michel Fourniret voulait peut-être en faire une menace ou une provocation. Elle est devenue, avec le temps, le constat d’un magistrat qui a consacré plusieurs années à faire émerger la vérité judiciaire et qui accepte aujourd’hui de transmettre cette expérience.
À Grasse, mardi soir, il ne s’agira donc pas seulement de raconter « l’Ogre des Ardennes ». Il s’agira aussi de comprendre ce que la confrontation avec des crimes d’une telle ampleur fait à ceux dont le métier est précisément de les poursuivre et de les juger.
Informations pratiques
L’Affaire Fourniret – L’Ogre des Ardennes, Francis Nachbar raconte — mardi 6 octobre 2026 à 19 h, Palais des Congrès, 22 cours Honoré Cresp à Grasse. Entrée gratuite sur inscription, billet valide exigé à l’entrée. Durée annoncée : environ 1 h 30. Événement déconseillé aux moins de 16 ans. Organisation : Cercle des Amis de Jérôme Viaud.
Accéder à la billetterie de la conférence
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