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Du dialogue intime avec Mohamed El Khatib à l’âge d’or du flamenco…

octobre 7, 2026 | by Jean-Claude JUNIN

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Au Théâtre de Grasse, Israel Galván en trois soirées : du dialogue intime avec Mohamed El Khatib à l’âge d’or du flamenco

Le Théâtre de Grasse consacre trois soirées à une figure majeure du flamenco contemporain, Israel Galván. Les jeudi 8 et vendredi 9 octobre 2026 à 20 heures, le danseur et chorégraphe espagnol partagera la scène avec Mohamed El Khatib dans « Israel & Mohamed », création à la frontière du théâtre, de la danse et du récit documentaire. Le samedi 10 octobre à 20 heures, changement d’univers — ou plutôt retour aux sources — avec « La Edad de Oro », œuvre emblématique par laquelle Galván affirme depuis deux décennies une conception radicalement personnelle du flamenco. Le Théâtre de Grasse présente d’ailleurs ces trois journées, du 8 au 10 octobre, comme un véritable « Focus Israel Galván ».

Trois soirées qui permettront de découvrir deux visages d’un même artiste : celui qui accepte de confronter son histoire familiale à celle d’un homme de théâtre et celui qui, seul face au chant et à la guitare, déconstruit les codes du baile flamenco pour mieux en retrouver la puissance.

« Israel & Mohamed » : quand deux trajectoires se rencontrent

Sur le papier, Mohamed El Khatib et Israel Galván semblent appartenir à deux univers bien distincts.

Le premier développe depuis plusieurs années un théâtre nourri par le documentaire, les récits de vie, la mémoire familiale et les matériaux du réel. Le second est un danseur et chorégraphe qui a profondément renouvelé le flamenco contemporain, poussant le corps, le rythme et le zapateado dans des territoires inattendus.

Dans « Israel & Mohamed », leurs différences deviennent précisément la matière du spectacle.

Les deux artistes placent leurs prénoms côte à côte et confrontent leurs parcours de part et d’autre de la Méditerranée. Le spectacle part notamment de deux coïncidences étonnantes : une passion commune pour le football et, surtout, une même rupture des ligaments croisés. De cette blessure physique surgissent progressivement d’autres cicatrices, plus intimes.

Car derrière le jeu et l’humour se dessine une question beaucoup plus profonde : comment devient-on l’homme et l’artiste que l’on souhaite être lorsque le chemin choisi s’éloigne de celui imaginé par sa famille ?

Des pères en arrière-plan

La filiation occupe ainsi une place essentielle dans la pièce.

Mohamed El Khatib et Israel Galván évoquent leur éducation, leurs croyances, leurs héritages familiaux et leur relation parfois difficile avec leurs pères. Ils racontent également ce désir de reconnaissance qui subsiste longtemps après que l’enfant est devenu adulte.

Le dispositif prend alors des allures de « danse documentaire » : souvenirs personnels, corps, parole, objets et images se répondent.

Et chacun s’aventure volontairement sur le territoire de l’autre : Galván parle, El Khatib danse.

Ce renversement donne une grande partie de sa liberté au spectacle. L’objectif n’est pas d’effacer leurs différences, mais au contraire de jouer avec elles. Le corps devient une autre manière de raconter une histoire lorsque les mots ne suffisent plus.

Le résultat, est un dialogue « sensible, tendre et drôle » entre deux artistes qui interrogent leur éducation et les chemins détournés empruntés pour échapper aux conventions familiales.

Une création entre Grasse et le Théâtre national de Nice

Les représentations grassoises des 8 et 9 octobre sont présentées en coréalisation avec le Théâtre national de Nice.

La conception et l’interprétation sont signées conjointement Mohamed El Khatib et Israel Galván. Fred Hocké assure la scénographie et la collaboration artistique, Pedro León le son et la direction technique avec Fred Hocké, tandis que Zacharie Dutertre et Emmanuel Manzano interviennent à la vidéo.

Le spectacle dure 1 h 15, est accessible à partir de 12 ans et se joue en français et en espagnol. Les tarifs s’échelonnent de 12 à 28 euros, avec différents tarifs liés aux cartes du théâtre. Un bord plateau est également annoncé le 8 octobre, permettant au public de prolonger la soirée par un échange autour du spectacle.

Puis Galván retrouve le flamenco avec « La Edad de Oro »

Le lendemain, samedi 10 octobre, Israel Galván sera de nouveau sur la scène grassoise. Mais cette fois, Mohamed El Khatib aura laissé place à deux complices du flamenco : Rafael Rodríguez à la guitare et María Marín au chant.

À 20 heures, le Théâtre de Grasse accueillera « La Edad de Oro » — « L’Âge d’or » —, l’une des pièces essentielles du répertoire de Galván.

La filiation est encore présente, mais sous une autre forme : non plus celle du père et du fils, mais celle d’un artiste avec l’histoire de son art.

Créé il y a une vingtaine d’années, le spectacle a largement participé à la reconnaissance de Galván en France. Pour cet anniversaire, le danseur reprend cette œuvre devenue emblématique tout en en renouvelant le programme.

Respecter le flamenco en refusant de le figer

C’est sans doute là que réside le paradoxe fascinant d’Israel Galván.

Son flamenco peut surprendre, déranger parfois les tenants d’une tradition considérée comme intangible. Pourtant, sa démarche ne consiste pas à tourner le dos au flamenco. Elle vise au contraire à le travailler de l’intérieur.

Galván décompose le mouvement, introduit les ruptures et les silences, transforme son corps en instrument rythmique et pousse le zapateado bien au-delà d’un simple vocabulaire chorégraphique : l’artiste traite la danse flamenca « avec insolence et amour », faisant dialoguer savant et populaire, sacré et profane.

Et le titre lui-même contient une forme de manifeste.

« La Edad de Oro » pourrait laisser penser à une célébration nostalgique d’un âge d’or disparu. Galván en fait tout autre chose : il interroge ce que signifie aujourd’hui hériter d’une tradition, la respecter suffisamment pour pouvoir la transformer et continuer à la faire vivre.

Avec Rafael Rodríguez à la guitare et María Marín au chant, le spectacle retrouve ainsi les composantes fondamentales du flamenco — danse, guitare et voix — tout en refusant d’en faire une pièce de musée.

La représentation dure 1 h 10, est annoncée à partir de 12 ans et les tarifs du Théâtre de Grasse vont de 19 à 38 euros.

Trois soirées, deux spectacles et une même question : que faire de ce dont nous héritons ?

La programmation prend finalement une cohérence remarquable lorsqu’on rapproche les deux œuvres.

Dans « Israel & Mohamed », Israel Galván et Mohamed El Khatib questionnent ce qu’ils ont reçu de leurs familles, de leurs pères, de leurs éducations et de leurs histoires personnelles.

Dans « La Edad de Oro », Galván pose cette même interrogation à son propre art : que conserve-t-on d’un héritage ? Que transforme-t-on ? Et comment s’émanciper sans renier ce qui nous a construit ?

Du père au flamenco, de la parole au mouvement, de l’intime à la scène, c’est peut-être cette tension entre héritage et liberté qui constitue le véritable fil rouge de ces trois soirées.

Une belle manière, aussi, pour le Théâtre de Grasse de rappeler qu’une tradition demeure vivante précisément lorsqu’elle accepte d’être interrogée.

Israel & Mohamed
Jeudi 8 et vendredi 9 octobre 2026 – 20h
Théâtre de Grasse – 2 avenue Maximin Isnard, Grasse
Durée : 1h15 – dès 12 ans
Tarifs : 12 à 28 €

La Edad de Oro – Israel Galván
Samedi 10 octobre 2026 – 20h
Durée : 1h10 – dès 12 ans
Tarifs : 19 à 38 €

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