les restrictions s’étendent désormais à 100 communes
août 14, 2026 | by Jean-Claude JUNIN
Sécheresse dans les Alpes-Maritimes : les restrictions s’étendent désormais à 100 communes
La situation hydrologique continue de se dégrader dans les Alpes-Maritimes. À compter de ce vendredi 14 août 2026, 100 communes du département sont désormais soumises à des restrictions des usages de l’eau, soit 18 communes supplémentaires. Alerte, alerte renforcée ou crise : les mesures diffèrent selon les bassins versants et deviennent particulièrement contraignantes dans une large partie du Pays de Grasse et de l’ouest des Alpes-Maritimes. Dans un contexte de chaleur persistante, de déficit pluviométrique et de hausse des consommations, la préfecture appelle habitants, professionnels, touristes et collectivités à un effort collectif.
100 communes désormais concernées
La situation devient préoccupante dans les Alpes-Maritimes.
Jeudi 13 août, Jean-Marie Girier, préfet des Alpes-Maritimes, a réuni le comité ressource en eau, qui rassemble notamment les services de l’État, les gestionnaires de l’eau, les collectivités locales ainsi que les représentants des différentes filières concernées.
À l’issue de cette réunion, le préfet a décidé de renforcer les mesures destinées à préserver une ressource qui continue de se dégrader et à permettre un partage de l’eau entre les différents usages. Depuis le 14 août, 100 communes sont concernées par des restrictions : 49 sont placées en alerte, 46 en alerte renforcée et cinq en crise.
La carte publiée par les services de l’État permet de mesurer immédiatement l’étendue du phénomène : une grande partie du sud et du sud-ouest du département apparaît désormais en rouge ou rouge foncé, correspondant respectivement à l’alerte renforcée et à la crise, tandis que plusieurs secteurs du Haut-Pays et de la Roya sont en alerte.
Le Pays de Grasse largement placé en alerte renforcée
Pour l’ouest des Alpes-Maritimes, les nouvelles dispositions sont particulièrement importantes.
Le bassin versant de la Siagne amont est placé en alerte renforcée. Sont concernées :
Cabris, Escragnolles, Grasse, Peymeinade, Saint-Cézaire-sur-Siagne, Saint-Vallier-de-Thiey, Spéracèdes et Le Tignet.
La Siagne aval, par double zonage avec le Loup et la Siagne amont, est également placée au stade d’alerte renforcée. Cela concerne Théoule-sur-Mer, Mandelieu-la-Napoule, Cannes, Le Cannet, Vallauris, Mougins, La Roquette-sur-Siagne, Pégomas, Auribeau-sur-Siagne et Mouans-Sartoux.
Même situation pour le bassin versant du Loup, avec Le Bar-sur-Loup, Caussols, Châteauneuf-de-Grasse, Cipières, La Colle-sur-Loup, Courmes, Gourdon, Gréolières, Opio, Roquefort-les-Pins, Le Rouret, Tourrettes-sur-Loup, Valbonne et Villeneuve-Loubet.
Autrement dit, une très large partie du territoire grassois et de son bassin de vie est désormais soumise au deuxième niveau de restriction le plus élevé.

Alerte renforcée : ce qui est désormais interdit
Pour les habitants des communes placées en alerte renforcée, les règles deviennent beaucoup plus strictes.
Le lavage des véhicules à domicile est interdit, tout comme le remplissage des piscines individuelles.
L’arrosage des espaces verts et des massifs fleuris est interdit de jour comme de nuit.
Les golfs doivent diminuer de 60 % leurs volumes d’arrosage, celui-ci n’étant autorisé que la nuit.
Autre mesure particulièrement visible durant la saison estivale : les douches de plage doivent être fermées.
Des restrictions spécifiques concernent parallèlement les activités agricoles, industrielles et artisanales afin que l’effort demandé ne repose pas sur une seule catégorie d’usagers. La préfecture inscrit ces dispositions dans une logique de solidarité entre habitants et secteurs économiques.
Le Haut-Pays également concerné
Plus au nord, plusieurs communes du Haut-Pays grassois sont placées en alerte sécheresse.
Le bassin versant de l’Estéron comprend notamment Briançonnet, Saint-Auban, Gars, Le Mas, Amirat, Les Mujouls, Collongues, Sallagriffon, Aiglun, Sigale, La Roque-en-Provence, Coursegoules, La Penne, Saint-Antonin, Cuébris, Roquesteron, Conségudes, Bézaudun-les-Alpes, Les Ferres, Pierrefeu, Bouyon, Le Broc, Gilette, Bonson, Revest-les-Roches, Tourette-du-Château, Toudon et Ascros.
Carros et Gattières sont également placées en alerte en raison d’un double zonage avec le bassin de l’Estéron, d’où provient une partie de leur eau potable.
Dans le bassin de l’Artuby, Valderoure, Séranon, Caille et Andon sont également en alerte.
À ce niveau, le lavage des voitures à domicile et le remplissage des piscines individuelles sont interdits. L’arrosage des espaces verts, massifs fleuris, jardins potagers et golfs est interdit entre 8 heures et 20 heures.
Cinq communes atteignent désormais le niveau « crise »
Le niveau maximal est atteint dans le bassin versant de la Cagne.
La Gaude, Saint-Jeannet, Saint-Paul-de-Vence et Vence sont placées en crise, ainsi que Cagnes-sur-Mer pour les usages non raccordés à l’eau potable.
Le cas de Cagnes-sur-Mer est particulier : la commune importe la totalité de son eau potable depuis le bassin versant du Loup, via le captage des Tines. Les usages raccordés au réseau d’eau potable relèvent donc des mesures correspondant au bassin du Loup, placé en alerte renforcée.
Dans les zones en crise, les mesures sont encore plus sévères : interdiction de remise à niveau des piscines individuelles, interdiction du lavage des voitures à domicile, interdiction d’arrosage des potagers et espaces verts de jour comme de nuit, sauf exceptions particulières.
Les centres de lavage automobile ne disposant pas d’un système de recyclage doivent fermer et l’arrosage des golfs est interdit, sauf conditions spécifiques.
Pourquoi un nouveau tour de vis ?
Les chiffres communiqués par la préfecture permettent de comprendre la décision.
Depuis septembre 2025, le département enregistre un déficit pluviométrique proche de 17 %. Plus préoccupant encore, 81 % des nappes surveillées se situent sous les normales saisonnières.
À cette faiblesse des réserves s’ajoutent des températures exceptionnellement élevées : les anomalies thermiques ont atteint +2,9 °C en juin et +3,8 °C en juillet.
La chaleur accentue l’évaporation et l’évapotranspiration, tandis que la diminution des débits contribue à augmenter la température des cours d’eau. Ce phénomène peut avoir des conséquences importantes sur les écosystèmes et notamment sur la faune et la flore aquatiques.
Une consommation d’eau pourtant en hausse de 18 %
C’est probablement l’un des chiffres les plus marquants du communiqué préfectoral.
Malgré les restrictions déjà appliquées depuis plusieurs semaines, la consommation d’eau a augmenté de 18 % par rapport à l’année dernière. Les mesures en vigueur ont certes permis de diminuer la pression sur la ressource, mais elles ne suffisent pas à inverser la tendance.
À l’approche du week-end du 15 août, période traditionnellement marquée par une hausse des consommations, la préfecture lance donc un appel à la sobriété à destination de tous : particuliers, professionnels, touristes et collectivités.
L’enjeu n’est plus seulement de respecter une réglementation : il s’agit de préserver suffisamment de ressource pour traverser la fin de l’été dans les meilleures conditions possibles.
Des contrôles et déjà 41 poursuites judiciaires
Les restrictions ne restent pas théoriques.
La Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) et l’Office français de la biodiversité (OFB) effectuent des contrôles dans le département, notamment auprès des copropriétés et des hôtels.
Depuis le début des mesures, 60 contrôles ont été réalisés. Selon le communiqué préfectoral, 68 % ont mis en évidence un non-respect de la réglementation, conduisant à 41 poursuites judiciaires.
Ces chiffres montrent que la sensibilisation doit encore progresser, mais aussi que les restrictions doivent désormais être prises très au sérieux.
Les communes encore en vigilance ne sont pas pour autant épargnées
Toutes les autres communes des Alpes-Maritimes restent au stade de vigilance sécheresse, applicable depuis le 1er juin 2026.
Il n’y existe pas nécessairement de restrictions comparables à celles des zones d’alerte, mais chacun est invité à adopter des comportements économes.
La préfecture souligne d’ailleurs une situation parfois trompeuse : même dans certaines zones globalement classées en vigilance, des milieux naturels de montagne peuvent déjà souffrir fortement, notamment sous l’effet de forages ou de prélèvements privés susceptibles de provoquer des assecs sur certains affluents.
La carte départementale du 14 août illustre ainsi une situation très contrastée : les secteurs les plus fortement touchés se concentrent notamment dans l’ouest et le sud du département, tandis qu’une large partie du Mercantour et du Haut-Pays demeure en vigilance.

De nouvelles restrictions encore possibles
La situation pourrait continuer d’évoluer.
L’été 2026 est marqué par une succession de vagues de chaleur et d’épisodes caniculaires depuis la fin du mois de mai. Au moment de la publication du communiqué, les Alpes-Maritimes étaient en vigilance orange canicule depuis 15 jours consécutifs et les prévisions météorologiques ne laissaient pas entrevoir d’inversion rapide de la tendance.
Les services de l’État préviennent donc que de nouvelles restrictions sur les prélèvements et la consommation d’eau restent possibles dans les semaines à venir.
Chaque litre économisé compte
Face à une sécheresse qui s’installe dans la durée, les petits gestes prennent collectivement une importance considérable : limiter la durée des douches, réparer rapidement les fuites, ne pas laisser couler inutilement l’eau, différer les usages non indispensables ou encore récupérer l’eau lorsque cela est possible.
L’objectif des restrictions n’est pas seulement de répondre à l’urgence du mois d’août. Il s’agit également d’éviter que les secteurs actuellement en vigilance ou en alerte ne basculent vers des niveaux plus sévères.
La situation est sérieuse, mais chacun dispose d’une capacité d’action. À l’échelle des Alpes-Maritimes, des milliers de petits gestes quotidiens peuvent représenter des volumes considérables. Préserver l’eau aujourd’hui, c’est contribuer collectivement à sécuriser la ressource pour les habitants, les activités économiques et les milieux naturels jusqu’au retour de conditions plus favorables.
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