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un demi-siècle au village, une vie à croquer le monde

septembre 4, 2026 | by Jean-Claude JUNIN

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Kristian, 50 ans à Cabris : un demi-siècle au village, une vie à croquer le monde

À GrasseMat’, nous connaissons bien son coup de crayon. Nous relayons régulièrement ses « Kristianneries », ces dessins capables de faire sourire, grincer des dents ou réfléchir en quelques traits. Mais derrière le dessin du jour se cache une œuvre considérable et une carrière qui, depuis Cabris, a largement dépassé les frontières de la Côte d’Azur. Vendredi 18 septembre, Cabris & Culture lui consacrera une soirée exceptionnelle : « Kristian, 50 ans à Cabris, sa vie, son œuvre ». L’occasion de raconter l’itinéraire d’un dessinateur de presse devenu illustrateur, sculpteur, imagier du Carnaval de Nice et Chevalier des Arts et des Lettres.

Il y a des artistes qui partent à Paris, Londres ou New York pour conquérir le monde.

Et puis il y a Kristian.

Lui a choisi Cabris.

Un village perché au-dessus de Grasse, quelques rues, une vue qui porte loin vers la Méditerranée et, depuis près d’un demi-siècle, une maison-atelier depuis laquelle son crayon voyage beaucoup plus que son adresse.

Le vendredi 18 septembre 2026, de 19h à 22h, Cabris & Culture lui consacrera à la salle Mistral une rencontre intitulée très simplement « Kristian, 50 ans à Cabris, sa vie, son œuvre ». Une manière de célébrer à la fois l’artiste et l’homme devenu, au fil des décennies, l’une des figures culturelles du village.

Pour GrasseMat’, la soirée aura forcément une saveur particulière.

Parce que Kristian est aussi notre ami, et parce que ses dessins accompagnent régulièrement nos pages. Nous avons même fini par leur donner un petit nom : les « Kristianneries ».

Un mot affectueux pour désigner une mécanique pourtant redoutablement sérieuse : regarder l’actualité, en extraire l’absurde, la contradiction ou l’émotion et parvenir à tout raconter dans un rectangle de papier.

Avant Cabris, Grenoble et Le Dauphiné Libéré

Kristian est né à Grenoble en 1960. Les sources divergent légèrement sur l’année exacte de sa toute première publication — 1981 pour certaines, 1982 pour Cartooning for Peace — mais toutes situent ses débuts professionnels au Dauphiné Libéré, au commencement des années 1980.

Une histoire presque familiale puisque sa mère, Suzanne Petit, travaillait alors au standard du quotidien grenoblois.

Le jeune dessinateur trouve rapidement sa voie : le dessin d’humour et d’actualité.

Un exercice particulièrement exigeant.

Le journaliste dispose de centaines ou de milliers de mots. Le dessinateur, lui, doit parfois raconter la même chose avec un personnage, une bulle et quelques traits.

Chez Kristian, le dessin est rarement gratuit. Derrière le sourire vient souvent une seconde lecture. La politique, l’environnement, la guerre, les injustices, l’école, les travers de notre société ou les petites absurdités du quotidien passent sous son crayon.

Une actualité chasse l’autre, mais certains dessins restent.

Cabris comme port d’attache

Pendant que sa carrière se développe, Kristian s’installe durablement à Cabris.

C’est peut-être l’un des aspects les plus attachants de son parcours.

Car le monde professionnel de Kristian est immense, mais son point d’ancrage est resté minuscule à l’échelle d’une carte.

Cabris est son port d’attache.

De là, il dessine l’actualité française et internationale. De là, il prépare ses expositions. De là encore partent des œuvres qui rejoindront Paris, le Japon, la Chine, New York ou d’autres destinations.

Le village n’a donc jamais été pour lui un retrait du monde.

Il est plutôt devenu l’endroit depuis lequel il observe le monde.

Et cinquante ans plus tard, Cabris souhaite naturellement rendre hommage à celui qui fait désormais pleinement partie de son histoire culturelle.

Des milliers de dessins dans la presse

Au fil des décennies, la signature Kristian s’est multipliée.

Kristian a collaboré, ou collabore encore, avec une quarantaine de quotidiens et magazines. D’autres présentations de son parcours font état de plus de 12 000 publications en France et à l’étranger.

Une production impressionnante, mais presque logique lorsque l’on connaît la discipline du dessin de presse.

L’actualité ne prend jamais de vacances.

Chaque journée apporte son sujet, chaque crise son image possible, chaque déclaration politique sa contradiction et chaque événement sa petite porte d’entrée humoristique.

C’est précisément cette actualité que nous aimons retrouver dans ses « Kristianneries ».

Parce qu’un bon dessin de presse ne donne pas nécessairement une réponse.

Il pose parfois une question beaucoup plus efficacement qu’un long discours.

France 3 Côte d’Azur : l’actualité croquée à la télévision

Le papier n’a d’ailleurs pas suffi longtemps.

Pendant plus d’une décennie, Kristian a accompagné le journal télévisé de France 3 Côte d’Azur avec sa revue de presse dessinée, « La semaine de Kristian ». Les sources évoquent treize ou quatorze années de collaboration selon les présentations biographiques.

Le principe lui allait parfaitement : prendre l’actualité de la semaine et la restituer autrement.

Avant que les réseaux sociaux ne fassent du dessin d’actualité un objet immédiatement partageable, Kristian avait déjà compris la puissance de cette image qui se saisit en quelques secondes.

Cannes, le cinéma et le monde du spectacle

La proximité géographique avec Cannes allait naturellement ouvrir une autre porte.

Kristian a travaillé plusieurs années autour du Festival international du film de Cannes.

Cinéma, vedettes, tapis rouge, ego surdimensionnés et petit théâtre médiatique : difficile d’imaginer terrain plus fertile pour un caricaturiste.

Mais sa palette s’est rapidement élargie.

Affiches, logos, communication, dessins publicitaires, décors de théâtre, illustrations et créations graphiques : le dessinateur de presse a refusé de rester prisonnier du traditionnel rectangle imprimé au bas d’une page de journal.

Et soudain, ses dessins ont fait quinze mètres de haut

C’est probablement l’une des aventures les plus spectaculaires de sa carrière.

Depuis 2001, Kristian imagine des chars pour le Carnaval de Nice.

Pour un dessinateur habitué à travailler sur une feuille, le changement d’échelle est vertigineux.

Un personnage esquissé dans l’atelier de Cabris peut quelques mois plus tard devenir un géant articulé de plusieurs mètres, construit par les carnavaliers et regardé par des dizaines de milliers de spectateurs.

En 2020, Le Parisien évoquait déjà près de 60 chars et vingt carnavals de Nice à son actif.

Kristian est ainsi devenu l’un des « imagiers » familiers du grand rendez-vous niçois.

Et là encore, on retrouve sa signature : caricaturer, exagérer, provoquer le sourire tout en faisant passer une idée immédiatement compréhensible.

Du Pays de Grasse au Japon

Si Cabris est resté son atelier, Kristian a largement promené ses crayons autour de la planète.

Ses œuvres ont été présentées dans de nombreux pays d’Europe, mais également au Brésil, au Canada, au Mexique, en Colombie, aux États-Unis et surtout en Asie. Le Japon occupe une place particulière dans cette carrière internationale, avec de nombreuses expositions depuis les années 1990.

En 2026 encore, il poursuivait cette aventure internationale avec une nouvelle tournée en Chine, avant de rejoindre Hangzhou et le CICAF, grand festival international d’animation, où il était annoncé comme membre du jury pour la quatrième fois.

Voilà donc un joli paradoxe : un dessinateur installé depuis cinquante ans dans un village du Pays de Grasse et dont les dessins ont parcouru une bonne partie de la planète.

140 animaux pour l’Arche de Noé de la COP21

Il serait pourtant réducteur de limiter Kristian au dessin de presse.

En 2015, lors de la COP21, il a conçu les 140 sculptures animales de l’Arche de Noé, installation destinée à sensibiliser à la biodiversité et aux espèces menacées.

Encore une fois, le trait quitte le papier.

Il devient volume.

Cette capacité à passer du dessin à l’objet, du journal au char de carnaval et de la caricature à la sculpture raconte probablement mieux que n’importe quelle étiquette la diversité de son travail.

Coluche, à quelques kilomètres de Cabris

Il existe également une œuvre de Kristian particulièrement familière aux habitants du Pays de Grasse.

À Opio, sur le lieu où Coluche perdit la vie en 1986, Kristian a réalisé le bas-relief consacré à l’humoriste. Son œuvre est ainsi devenue partie intégrante d’un lieu de mémoire où continuent de se retrouver admirateurs et proches de Coluche.

Le rapprochement entre les deux hommes n’est d’ailleurs pas totalement incongru.

L’un maniait les mots.

L’autre le crayon.

Mais tous deux savent que l’humour devient particulièrement intéressant lorsqu’il gratte là où cela dérange.

Dessiner pour rire, mais aussi pour défendre

Kristian appartient également au réseau Cartooning for Peace, créé autour de la défense du dessin de presse, de la liberté d’expression et du dialogue par l’humour.

Cet engagement donne une autre profondeur à son travail.

Car derrière le métier amusant du « monsieur qui fait des dessins » se cache une fonction démocratique ancienne : celle du caricaturiste qui observe les puissants, les institutions et la société avec un droit précieux, celui de l’irrévérence.

La caricature peut être tendre ou féroce.

Elle peut faire rire celui qu’elle vise ou le mettre franchement de mauvaise humeur.

Mais elle doit rester libre.

Chevalier des Arts et des Lettres

En 2016, la carrière de Kristian a reçu une reconnaissance officielle avec sa nomination comme Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres.

Une décoration presque amusante pour quelqu’un dont le métier consiste précisément à ne pas trop s’impressionner devant les titres, les fonctions et les médailles.

Mais elle venait saluer plusieurs décennies de création et un parcours artistique devenu international.

Du jeune dessinateur du Dauphiné Libéré au Chevalier des Arts et des Lettres, quelques milliers de dessins s’étaient glissés entre les deux.

À GrasseMat’, les « Kristianneries » sont devenues une habitude

Et puis il y a notre histoire avec Kristian.

À GrasseMat’, nous relayons régulièrement ses dessins parce qu’ils correspondent à ce que nous aimons aussi dans l’information : prendre l’actualité au sérieux sans être obligé de toujours se prendre au sérieux.

Nous les avons baptisés ses « Kristianneries ».

Le terme n’est évidemment inscrit dans aucun dictionnaire — pas encore ! — mais nos lecteurs savent désormais ce qu’ils vont trouver derrière ce mot : un regard, un sourire, parfois un coup de griffe et souvent cette seconde de silence qui suit un bon dessin lorsque l’on comprend exactement où Kristian voulait nous emmener.

Le 18 septembre, Cabris rendra hommage à l’un des siens

La rencontre organisée par Cabris & Culture aura donc quelque chose de différent d’une simple conférence.

Vendredi 18 septembre, de 19h à 22h, salle Mistral, Kristian reviendra sur cinquante années passées à Cabris, mais aussi sur une vie de création.

La soirée permettra de découvrir son univers, son parcours et probablement quelques-unes des histoires cachées derrière ses œuvres. Elle s’achèvera autour du verre de l’amitié.

Une soirée pour regarder derrière le dessin et retrouver celui qui tient le crayon.

 

Cinquante ans à Cabris… et toujours un dessin d’avance

Cinquante années dans un même village pourraient ressembler à une histoire d’immobilité.

Avec Kristian, c’est exactement l’inverse.

Depuis son atelier cabrien, il aura parcouru l’actualité mondiale, croqué des présidents et des anonymes, fait entrer ses dessins dans les journaux et à la télévision, transformé ses personnages en chars gigantesques, exposé jusqu’en Asie et en Amérique, dessiné pour Cannes, créé pour la COP21 et laissé plusieurs œuvres dans notre territoire.

Et demain matin, il faudra recommencer.

Parce que l’actualité aura encore produit une absurdité.

Parce qu’un puissant aura encore prononcé une phrase improbable.

Parce que le monde aura encore besoin qu’un dessinateur le regarde de travers.

Alors, à notre ami Kristian, GrasseMat’ souhaite un très joyeux anniversaire cabrien.

Cinquante ans à Cabris, c’est déjà une œuvre en soi.

Mais connaissant Kristian, le plus rassurant est probablement de savoir qu’il lui reste encore beaucoup de « Kristianneries » à dessiner. Et nous, beaucoup à publier !

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