Antibes célèbre la biodiversité cultivée… jusque dans l’assiette
septembre 14, 2026 | by Jean-Claude JUNIN
À Antibes, la Foire « Bio et local, c’est l’idéal ! » célèbre la biodiversité cultivée… jusque dans l’assiette
Dimanche 20 septembre 2026, le Campus Vert d’Azur d’Antibes accueillera la 14e édition de la Foire « Bio et local, c’est l’idéal ! ». Près de 50 producteurs biologiques et acteurs associatifs y présenteront les richesses agricoles des Alpes-Maritimes. Cette année, le fil rouge sera particulièrement évocateur : la biodiversité cultivée et cuisinée. Derrière les étals de légumes, les pains, les huiles, les miels ou les plants, une question essentielle sera posée : que perdons-nous lorsque disparaissent les variétés locales… et que pouvons-nous retrouver en réapprenant à produire nos propres semences ?
Il y aura bien sûr les couleurs.
Celles des tomates de fin d’été, des poivrons, des courges, des oignons, des plants et des bouquets. Les visiteurs pourront remplir leur panier, rencontrer les producteurs et goûter ce que l’agriculture biologique des Alpes-Maritimes produit de plus concret.
Mais cette année, la Foire « Bio et local, c’est l’idéal ! » veut aller un peu plus loin.
Organisée par Agribio 06, sa 14e édition se tiendra dimanche 20 septembre, de 9h30 à 17h, au Campus Vert d’Azur, 1285 avenue Jules Grec à Antibes.
Près de 50 producteurs : le département dans un panier
Légumes, fruits, pains, viandes, huiles d’olive, huiles essentielles, miels, plants…
Le marché constituera naturellement le cœur de la journée.
Cette diversité est importante, car elle rappelle qu’un territoire agricole ne se résume pas à quelques productions emblématiques. Derrière chaque étal se trouvent un sol, une altitude, un climat, des pratiques et souvent plusieurs années de travail pour adapter une production à son environnement.
Plus qu’un marché, la foire se veut un lieu où celui qui produit et celui qui consomme peuvent enfin se parler directement.

Cette année, la graine devient presque la vedette
Le thème 2026 est « la biodiversité cultivée et cuisinée ».
La formule est importante.
On parle souvent de biodiversité en pensant aux animaux sauvages ou aux milieux naturels. Mais il existe aussi une biodiversité créée et entretenue depuis des générations par les paysans : variétés de tomates, courges, haricots, oignons, poivrons, céréales ou arbres fruitiers progressivement adaptés à un territoire.
Ce patrimoine peut disparaître beaucoup plus discrètement qu’une espèce sauvage. Il suffit qu’une variété cesse d’être semée…
Une cuisine niçoise faite de produits autant que de recettes
Blettes, courgettes rondes, févettes, mesclun et autres productions du territoire participent directement à l’identité culinaire maralpine.
Une ratatouille n’est donc pas uniquement une suite d’instructions dans un livre de cuisine.
Son goût dépend des tomates, des courgettes, des aubergines, des oignons, de leur maturité, des variétés cultivées, du terroir et du travail du producteur.
Si les recettes ont été transmises de génération en génération, qu’en est-il du goût des ingrédients qui les composaient ?
C’est tout l’intérêt des semences paysannes.
Huit fermes sur dix disparues entre 1988 et 2020
Le constat dressé est sévère.
Agribio 06 indique qu’entre 1988 et 2020, huit fermes sur dix ont disparu dans les Alpes-Maritimes, avec pour conséquences possibles la perte de savoir-faire agricoles, de variétés locales et donc d’une partie des goûts associés au patrimoine culinaire.
La disparition d’une ferme n’est donc pas seulement une statistique économique.
Elle peut également signifier la disparition d’une manière de sélectionner une graine, d’entretenir une variété, de la récolter au bon moment ou de la cuisiner.
Une semence possède ainsi une dimension biologique, mais aussi culturelle et patrimoniale.

La courge Longue de Nice : quand le terroir commence dans la graine
La courge Longue de Nice :
Cultivée depuis longtemps dans les Alpes-Maritimes, elle est profondément associée aux traditions culinaires locales, notamment lorsqu’elle est consommée jeune sous forme de courgette ou mûre comme courge.
Mais conserver le même nom de variété ne garantit pas nécessairement une parfaite continuité.
Une variété végétale évolue au fil des générations en fonction de la sélection exercée par les producteurs et des conditions dans lesquelles elle est multipliée : climat, sol, eau, températures ou objectifs de production.
Sélectionner pendant des années des fruits pour leur précocité, leur conservation ou leur aspect peut progressivement modifier certaines caractéristiques recherchées. Le goût, la teneur en sucres ou encore la texture à la cuisson. La graine devient ainsi le premier ingrédient de la recette.
L’oignon rose de Menton, exemple d’un patrimoine revenu de loin
L’histoire de l’oignon rose de Menton illustre encore mieux la fragilité de ce patrimoine.
Cette variété locale, reconnaissable à sa robe rubis, avait pratiquement disparu, notamment parce que sa durée de conservation relativement courte l’avait défavorisée face à des variétés mieux adaptées à la commercialisation longue durée.
Des graines ont néanmoins pu être sauvegardées et remultipliées grâce à des maraîchers et à la Maison des Semences Paysannes Maralpines, résultat une vingtaine de maraîchers la cultivent aujourd’hui, pour une production annuelle moyenne évaluée à environ 60 tonnes.
C’est un exemple particulièrement parlant : une variété peut presque disparaître, puis retrouver une place dans les champs, sur les marchés et finalement dans les assiettes.

La Maison des Semences Paysannes Maralpines en première ligne
La Maison des Semences Paysannes Maralpines (MSPM) sera justement très présente au cours de la journée.
Créée en 2018, elle rassemble paysans, jardiniers, cuisiniers, chercheurs, distributeurs et citoyens autour de la préservation de la biodiversité cultivée des Alpes-Maritimes.
L’association indique conserver et faire vivre plus de 100 variétés locales, par la collecte, la multiplication et la transmission des semences.
L’objectif n’est pas de constituer uniquement une collection.
Une graine conservée dans un sachet ne suffit pas.
Pour rester vivante, une variété doit être semée, cultivée, observée, sélectionnée, récoltée puis transmise.
À 11h30, apprendre à goûter pour mieux sélectionner
Parmi les animations proposées, la MSPM organisera à 11h30 une initiation à l’analyse sensorielle au service de la sélection paysanne.
Le principe est particulièrement intéressant.
Le goût peut devenir lui-même un critère de sélection.
On ne choisit donc plus uniquement un fruit parce qu’il est gros, régulier ou productif, mais aussi parce qu’il possède une saveur, une texture ou un équilibre particulier.
L’agriculture rejoint alors directement la cuisine.
Et le consommateur peut lui aussi participer, au moins symboliquement, à la définition de ce que l’on souhaite conserver.
À 14h, extraire les graines d’un poivron de montagne
Autre rendez-vous : à 14h, le Jardin Rocambole, ferme semencière biologique installée à La Brigue, proposera un atelier d’extraction de semences de poivron de montagne.
Un geste simple en apparence, mais qui permet de comprendre tout le processus.
Produire sa propre semence ne consiste pas simplement à récupérer quelques graines.
Il faut choisir les plantes, observer leurs caractéristiques, respecter les distances ou conditions évitant certains croisements, sélectionner les fruits, extraire les graines correctement, les sécher puis les conserver.
Ce sont précisément ces gestes que les maisons de semences cherchent à maintenir et transmettre.
À 15h, les semences paysannes « sur le devant de la scène »
À 15h, la MSPM animera une conférence intitulée « Les Semences Paysannes sur le devant de la scène ».
Le sujet est devenu particulièrement actuel.
Face au changement climatique, disposer d’une diversité génétique suffisamment importante peut constituer un atout pour adapter les cultures à de nouvelles températures, à la sécheresse, aux maladies ou à des calendriers agricoles qui évoluent.
La MSPM présente d’ailleurs les semences paysannes comme l’un des instruments permettant de construire une agriculture plus autonome, robuste et adaptée aux bouleversements climatiques.
La lactofermentation pour ne pas perdre les surplus
La journée parlera également de conservation.
À 10h, 11h, 12h, 13h30, 14h30 et 15h30, la Conserverie Mobile de l’Économe proposera des ateliers consacrés à la lactofermentation.
Cette technique ancestrale permet de conserver des légumes grâce à l’action de micro-organismes naturellement présents.
L’organisateur présente la Conserverie Mobile comme un laboratoire itinérant capable de transformer des fruits et légumes excédentaires en tartinades, confitures, chutneys, sauces ou autres conserves, dans une logique de réduction du gaspillage.
Ici encore, tradition et enjeux contemporains se rejoignent : conserver pour éviter de jeter.

Un chef aux fourneaux pour relier le champ à l’assiette
De 10h30 à 12h, William Florentin, chef du collège de Roquebillière, assurera une démonstration culinaire.
Sa présence donne tout son sens au thème choisi cette année.
La biodiversité cultivée ne doit pas rester confinée aux catalogues de variétés ou aux conservatoires.
Elle doit aussi être cuisinée.
Car une variété locale ne survivra véritablement que si des agriculteurs souhaitent la produire, si des consommateurs désirent l’acheter et si des cuisiniers savent la valoriser.
De la graine à l’assiette, toute une chaîne doit fonctionner.
Une ferme maraîchère à visiter
Toute la journée, les visiteurs pourront également découvrir la ferme maraîchère biologique du Campus Vert d’Azur.
Ce contexte est particulièrement adapté pour accueillir une telle foire.
On ne parle pas ici d’agriculture dans une salle de conférence éloignée des cultures.
Les visiteurs peuvent voir les productions, discuter avec ceux qui les pratiquent et comprendre un peu mieux ce qui se cache derrière un panier de légumes.
L’événement prévoit également une démonstration de chiens de troupeau par la Chèvrerie de Valbonne, de la musique folk avec Meyli Meylo, une TomBIOla, un photobooth « C’est Bio la France ! » et un village des initiatives locales.
Les élèves aussi participeront à l’accueil
Les élèves du BTS Tourisme du lycée Sainte-Marie de Chavagnes à Cannes seront présents pour accueillir les visiteurs tout au long de la journée.
La transmission prend ainsi plusieurs formes.
Transmettre une graine.
Transmettre une recette.
Transmettre un métier.
Transmettre le goût de l’agriculture.
Et transmettre aux jeunes générations l’idée qu’un territoire possède des ressources qu’il vaut la peine de connaître.
Restauration 100 % bio… mais prévoir des espèces
La foire proposera une restauration et une buvette 100 % bio, il n’y aura pas de distributeur sur place et le paiement par carte bancaire n’est pas annoncé comme disponible sur l’ensemble de la foire. Il est donc prudent de venir avec des espèces.
Le rendez-vous se déroulera de 9h30 à 17h, avec entrée libre, au Campus Vert d’Azur, 1285 avenue Jules Grec à Antibes.
Acheter un légume… et peut-être sauver une variété
Il serait facile de considérer cette journée comme un simple marché biologique accompagné de quelques animations.
Son intérêt va pourtant plus loin.
Acheter directement à un producteur local signifie soutenir une exploitation.
Choisir une variété ancienne peut contribuer à maintenir sa culture.
Apprendre à reproduire une semence participe à sa transmission.
Et cuisiner ces produits permet de maintenir vivant le lien entre agriculture et patrimoine culinaire.
Une graine semble minuscule.
Elle peut pourtant contenir une adaptation au climat, une histoire familiale, une recette, un goût particulier et parfois plusieurs siècles de sélection paysanne.
C’est probablement ce que cette 14e Foire « Bio et local, c’est l’idéal ! » veut rappeler avec le plus de simplicité : la biodiversité n’est pas seulement quelque chose que l’on protège au loin. Elle pousse aussi dans nos champs, se vend sur nos marchés et se mange à notre table.
Et dimanche 20 septembre, à Antibes, chacun pourra contribuer à la faire vivre — parfois simplement en remplissant son panier.
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Sources et références vérifiables
[1] Agribio 06 — Foire « Bio et local, c’est l’idéal ! », édition 2026.
Site officiel de la Foire Bio et Local
[2] Agribio 06 — Programme officiel 2026.
Consulter le programme officiel
[3] Agribio 06 — Dossier de presse 2026, « Des semences paysannes au cœur des saveurs et trésors culinaires maralpins ».
[4] Ville d’Antibes Juan-les-Pins — Agenda municipal.
[5] Communauté d’Agglomération Sophia Antipolis — Agenda territorial.
[6] Maison des Semences Paysannes Maralpines — présentation institutionnelle.
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