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Les Rita Mitsouko réunis pour l’éternité

septembre 15, 2026 | by Jean-Claude JUNIN

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Catherine Ringer rejoint Fred Chichin : Les Rita Mitsouko réunis pour l’éternité

Dix-neuf ans après la disparition de Fred Chichin, Catherine Ringer s’est éteinte dans la nuit du 14 au 15 septembre 2026, à 68 ans, emportée par un cancer foudroyant. Avec elle disparaît l’une des voix les plus libres, les plus théâtrales et les plus reconnaissables de la musique française. Mais comment séparer Catherine de Fred ? Pendant près de trois décennies, ils furent Les Rita Mitsouko, couple à la ville, duo à la scène, laboratoire musical permanent et formidable machine à bousculer les conventions. Aujourd’hui, une étrange boucle se referme : Catherine Ringer vient de rejoindre Fred Chichin. Les Rita Mitsouko sont à nouveau réunis, cette fois pour l’éternité.

La nouvelle est tombée ce mardi 15 septembre et elle possède quelque chose d’irréel. La famille et les proches de Catherine Ringer ont annoncé sa disparition à l’AFP. La chanteuse est morte à 68 ans, « emportée par un cancer foudroyant dans la nuit du 14 septembre 2026 », selon le communiqué de ses enfants.

Elle avait pourtant toujours donné l’impression d’être indestructible.

Une voix capable de monter, de descendre, de grincer, de rire, de rugir, de murmurer ; un visage extraordinairement expressif ; des vêtements impossibles ; une manière de danser qui n’appartenait qu’à elle. Catherine Ringer n’entrait dans aucune case, probablement parce qu’elle avait passé sa vie à les détruire.

Et derrière elle, ou plutôt à côté d’elle, il y avait presque toujours la silhouette longiligne de Fred Chichin.

Catherine et Fred : avant les Rita, une rencontre

Leur histoire commence en 1979. Catherine Ringer vient du théâtre musical expérimental ; Fred Chichin est guitariste, compositeur, passionné de synthétiseurs, d’enregistrement et de recherche sonore. Ils se rencontrent autour d’un spectacle et comprennent rapidement qu’ils peuvent fabriquer ensemble quelque chose qui ne ressemble à rien de ce qui existe alors.

Catherine l’expliquera elle-même des années plus tard à la Philharmonie de Paris : leur complémentarité était presque parfaite. Elle écrivait les textes, Fred travaillait particulièrement le son et l’enregistrement, tandis qu’ils composaient ensemble. À leurs débuts, faute de moyens, ils pouvaient se produire avec guitare, clavier ou basse et un magnétophone posé sur une chaise pour compléter leur instrumentation. Ils revendiquaient volontiers ce côté artisanal : ils fabriquaient leur musique eux-mêmes.

Ce bricolage deviendra une esthétique.

Et cette esthétique deviendra Les Rita Mitsouko.

Pourquoi « Les Rita Mitsouko » ?

Même leur nom ne ressemble à aucun autre.

Catherine Ringer a raconté qu’elle avait dressé une liste de noms en s’inspirant notamment des parfums Guerlain, avec des associations comme « Tonka Shalimar » ou « Rita Mitsouko ». Fred choisit Rita Mitsouko. Le duo deviendra finalement Les Rita Mitsouko, un nom suffisamment étrange pour qu’une partie du public imagine longtemps que Rita Mitsouko était le nom de la chanteuse.

Tout était déjà là : humour, sophistication, détournement, élégance et refus de se prendre trop au sérieux.

« Marcia Baïla » : danser sur la mort

Le premier album, Rita Mitsouko, paraît en 1984. Puis arrive la chanson qui va tout bouleverser : « Marcia Baïla ».

Le morceau rend hommage à la danseuse et chorégraphe argentine Marcia Moretto, avec laquelle Catherine Ringer avait travaillé et qui avait été emportée par un cancer. Derrière l’explosion de couleurs, le rythme et l’exubérance se cache donc une chanson sur la disparition.

Cette ambiguïté deviendra une signature des Rita Mitsouko.

Faire danser avec des histoires parfois terribles.

Mettre des couleurs autour de la douleur.

Catherine expliquait d’ailleurs apprécier que le côté « gai et fleuri » d’une chanson puisse cacher quelque chose de douloureux ou d’atroce. Elle citait précisément Marcia Baïla mais aussi Le Petit Train.

Quarante ans plus tard, cette façon de mêler la vie et la mort donne aujourd’hui à certaines de leurs chansons une résonance particulièrement émouvante.

« Andy », « C’est comme ça », « Les Histoires d’A. » : les Rita deviennent incontournables

Avec The No Comprendo, en 1986, le phénomène prend une nouvelle dimension.

« Andy », « C’est comme ça », « Les Histoires d’A. » : les chansons deviennent des classiques et le duo s’installe durablement dans le paysage musical français. La Philharmonie de Paris décrit leur musique comme un mélange constamment réinventé de pop-rock, électro, funk, hip-hop et influences africaines ou latino-américaines.

Mais réduire Les Rita Mitsouko à leurs tubes serait manquer l’essentiel.

Catherine et Fred étaient un laboratoire.

Ils travaillaient l’image autant que le son, les costumes autant que les arrangements, le corps autant que la voix. Ils pouvaient être populaires sans devenir conventionnels, sophistiqués sans devenir élitistes, drôles et graves dans la même chanson.

Ils collaboreront notamment avec Tony Visconti, les Sparks, Iggy Pop, Jesse Johnson, William Orbit ou encore Serj Tankian.

Peu de groupes français auront réussi aussi naturellement cette jonction entre avant-garde artistique et culture populaire. C’est précisément cette singularité que souligne aujourd’hui la Philharmonie de Paris lorsqu’elle retrace leur parcours.

Un groupe, mais surtout un couple

Car Les Rita Mitsouko n’étaient pas simplement deux musiciens ayant décidé de travailler ensemble.

Fred Chichin et Catherine Ringer partageaient la musique et la vie.

Leur relation traversait leurs chansons, leurs concerts, leurs interviews et leur manière même d’occuper la scène. Il y avait entre eux une complicité visible, parfois électrique, faite de complémentarité plus que de ressemblance.

Elle, spectaculaire, théâtrale, explosive.

Lui, souvent plus en retrait, silhouette fine derrière sa guitare, architecte du son et partenaire indispensable.

Catherine Ringer l’avait résumé beaucoup plus simplement : ils faisaient de la musique de façons différentes et étaient « parfaitement complémentaires ».

Pendant près de trente ans, cette complémentarité allait tenir.

2007 : la mort de Fred brise le duo

Le dernier album des Rita Mitsouko, Variety, paraît en 2007.

Quelques mois plus tard, tout s’arrête.

Fred Chichin meurt en novembre 2007, emporté par un cancer. La disparition est brutale et met fin à vingt-huit années d’une aventure artistique devenue indissociable de l’histoire du rock français.

Pour Catherine, c’est évidemment bien davantage que la disparition d’un partenaire musical.

C’est son compagnon qui disparaît.

Le père de leurs enfants.

L’autre moitié des Rita.

On aurait pu imaginer qu’elle ne remonte jamais sur scène avec ce répertoire.

Elle fera exactement l’inverse.

Continuer, sans jamais remplacer Fred

Catherine Ringer reprend la route.

Mais elle ne cherchera jamais à fabriquer de nouveaux Rita Mitsouko. Il n’y aura pas de remplaçant de Fred Chichin.

Elle poursuit une carrière en solo, publie notamment Ring n’ Roll en 2011, multiplie les collaborations et continue parallèlement à chanter les chansons des Rita.

Avec le temps, cette transmission prend une dimension familiale particulièrement émouvante : Raoul Chichin, leur fils, l’accompagne à la guitare lors de tournées consacrées au répertoire du groupe.

Fred n’est pas remplacé.

Mais sa guitare continue de résonner à travers son fils.

Catherine, elle, conserve cette incroyable présence scénique qui semble défier le temps.

La Philharmonie de Paris lui consacrera notamment une carte blanche autour des Rita Mitsouko. Des décennies après Marcia Baïla, le public continue de chanter Andy, C’est comme ça, Les Histoires d’A. ou Le Petit Train.

Catherine Ringer, une voix impossible à imiter

On reconnaissait Catherine Ringer en quelques secondes.

Pas uniquement grâce au timbre.

Elle chantait avec tout son corps.

Elle pouvait emprunter au cabaret, au rock, à l’opéra, au punk, au music-hall, à la chanson réaliste, aux cris du théâtre expérimental. Avant même Les Rita Mitsouko, elle avait travaillé sur les possibilités non conventionnelles de la voix et collaboré notamment avec le compositeur Iannis Xenakis.

Cette formation explique sans doute une partie de cette liberté extraordinaire.

Catherine ne semblait jamais interpréter une chanson de la même manière.

Elle la jouait.

Elle l’incarnait.

Elle la grimaçait parfois.

Elle pouvait être drôle, inquiétante, sensuelle, tragique, grotesque ou bouleversante.

Parfois tout cela en trois minutes.

La femme qui refusait de devenir une statue

Après la disparition de Fred, Catherine Ringer aurait facilement pu devenir la gardienne nostalgique d’un patrimoine musical des années 1980.

Elle a refusé ce rôle.

Elle a continué à créer, à chanter, à surprendre, à monter sur scène et à confronter les chansons des Rita à de nouveaux musiciens et à de nouvelles générations.

En 2012, la Sacem lui attribue son Prix spécial. France Inter la décrivait alors comme une artiste ayant continuellement bousculé les normes et les codes du rock français.

Cette liberté restera probablement son plus bel héritage.

Et aujourd’hui, une phrase impossible à ne pas écrire

Il y a des titres que l’on aimerait ne jamais avoir à rédiger.

Celui-ci en fait partie.

Catherine Ringer a rejoint Fred Chichin.

L’expression est évidemment symbolique. Mais elle s’impose tant il est difficile, lorsqu’on pense aux Rita Mitsouko, de dissocier ces deux silhouettes.

Fred était parti en 2007.

Catherine avait continué pendant près de dix-neuf ans à faire vivre leurs chansons.

Elle avait porté leur histoire sans la transformer en mausolée. Elle avait fait ce que les artistes font de mieux avec les absents : elle les avait maintenus vivants en jouant leur musique.

Ce 15 septembre 2026, le rock français perd Catherine Ringer.

Mais il retrouve aussi, dans notre mémoire collective, cette image que le temps n’avait jamais vraiment réussi à séparer : Catherine devant son micro, Fred à la guitare, deux artistes un peu extraterrestres qui avaient décidé qu’une chanson française pouvait être rock, funk, drôle, tragique, élégante, absurde et populaire à la fois.

Les Rita Mitsouko réunis pour l’éternité

C’est peut-être cela, finalement, l’étrange privilège des artistes.

Ils meurent, mais leur voix refuse de leur obéir.

Demain, quelque part, quelqu’un lancera Marcia Baïla. Une autre personne dansera sur Andy. Une voiture passera avec C’est comme ça à plein volume. Un adolescent découvrira Les Histoires d’A. sans avoir connu les années 1980.

Et Catherine recommencera à chanter.

Fred reprendra sa guitare.

Les Rita Mitsouko seront de nouveau ensemble pendant trois ou quatre minutes.

Puis on remettra le morceau.

Catherine Ringer et Fred Chichin sont désormais réunis dans l’absence. Mais Les Rita Mitsouko, eux, ont obtenu depuis longtemps quelque chose de beaucoup plus difficile : une place dans la mémoire populaire. Et tant que leurs chansons continueront de faire danser, sourire, surprendre ou émouvoir, les histoires d’A. des Rita ne finiront jamais tout à fait mal.

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Sources vérifiées et vérifiables

La disparition de Catherine Ringer a été annoncée ce 15 septembre 2026 par sa famille dans un communiqué transmis à l’AFP et reprise notamment par Le Monde, RTL et plusieurs médias diffusant la dépêche AFP.

Le Monde — Catherine Ringer est morte à l’âge de 68 ans

RTL — Décès de Catherine Ringer

Philharmonie de Paris — Catherine Ringer raconte la naissance et l’histoire des Rita Mitsouko

Philharmonie de Paris — La joyeuse inventivité des Rita Mitsouko

France Inter — Rita Mitsouko, la grande histoire d’A du rock français

Philharmonie de Paris — Archives consacrées aux Rita Mitsouko

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