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quel avenir pour Cliiink, l’invention qui récompense ceux qui trient ?

septembre 15, 2026 | by Jean-Claude JUNIN

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Terradona change de chapitre : quel avenir pour Cliiink, l’invention qui récompense ceux qui trient ?

Après une année 2026 marquée par une réorganisation de son actionnariat et de sa gouvernance, Terradona entre dans une nouvelle phase de son histoire. Derrière l’entreprise de Rousset, un concept reste particulièrement original : Cliiink, le système qui transforme le geste de tri en points, réductions ou dons aux associations. Imaginée et développée à l’origine notamment par l’ingénieur Mathieu Oliveri et les cofondateurs de Terradona, cette « consigne 2.0 » équipe aujourd’hui plusieurs milliers de conteneurs en France. Après le verre, elle s’est ouverte aux emballages plastiques et métalliques et au tri hors foyer. Une évolution qui permet d’entrevoir de nouvelles perspectives, à condition de distinguer ce qui existe déjà de ce qui reste encore à construire.

Et si, plutôt que de culpabiliser celui qui ne trie pas, on récompensait celui qui trie ?

L’idée paraît aujourd’hui presque évidente. Elle l’était beaucoup moins lorsque Terradona commence à travailler sur le sujet au début des années 2010.

Fondée en 2013 à Rousset, dans les Bouches-du-Rhône, Terradona naît autour d’une idée simple : utiliser la technologie pour modifier les comportements face aux déchets. L’entreprise associe alors des compétences dans le domaine des déchets à celles de Mathieu Oliveri, ingénieur diplômé de l’École des Mines de Saint-Étienne, spécialisé dans les systèmes embarqués et cofondateur de la société. Une présentation professionnelle de l’époque le décrit déjà comme responsable du développement technologique et industriel de Terradona.

Cliiink : donner une valeur au geste de tri

De cette réflexion naît Cliiink.

Le principe bouleverse légèrement la philosophie traditionnelle du tri sélectif. Habituellement, le citoyen trie parce qu’on lui explique qu’il doit le faire. Avec Cliiink, le geste environnemental est aussi reconnu et récompensé.

Un conteneur existant peut être équipé d’un boîtier connecté. L’utilisateur s’identifie à l’aide de l’application Cliiink ou d’une carte sans contact. Le système reconnaît le dépôt et crédite son compte de points. Ceux-ci peuvent ensuite être transformés en offres proposées par des commerces partenaires ou donnés à des associations.

L’idée est intéressante parce qu’elle ne cherche pas à réinventer toute l’infrastructure de collecte.

Terradona indique que sa box peut être adaptée aux différents modèles de conteneurs, aériens comme enterrés.

Le contenant reste donc, dans son principe, un conteneur de tri.

C’est son interaction avec l’usager qui change.

Une technologie développée avec le CEA-Leti

Derrière l’apparente simplicité du geste se cache une technologie beaucoup plus élaborée.

Le CEA-Leti confirme avoir collaboré avec Terradona au développement de Cliiink. Le système repose notamment sur des capteurs de type MEMS, des algorithmes et une liaison Bluetooth. Les capteurs doivent fonctionner avec une consommation énergétique réduite tout en étant capables d’opérer dans l’environnement contraignant d’un conteneur à déchets.

Cette dimension est importante pour comprendre la valeur du projet.

Cliiink n’est pas uniquement une application proposant des bons de réduction. C’est la combinaison de plusieurs éléments : capteurs, électronique embarquée, reconnaissance du dépôt, identification de l’utilisateur, logiciel, programme de récompenses et outils de suivi destinés aux collectivités.

Terradona revendique d’ailleurs trois brevets autour de sa solution.

Mathieu Oliveri, l’ingénieur derrière la technologie

Il serait cependant réducteur de raconter l’histoire de Cliiink comme l’invention d’un homme seul.

Le Journal des Entreprises rapporte que Terradona est née de la rencontre entre Jean-Marc Toubiana, spécialiste du secteur des déchets et du marketing, et Mathieu Oliveri, ingénieur. Le premier avait remis sur la table le principe de la consigne et d’une récompense ; le second a joué un rôle déterminant dans la conception technologique et l’industrialisation du système, développé avec l’appui du CEA-Leti.

Terradona elle-même présentait encore en 2023 Mathieu Oliveri comme son directeur général et comme étant « à l’origine de la solution Cliiink ».

C’est donc bien à Mathieu Oliveri que l’on doit une part essentielle de l’invention technologique et du développement de Cliiink, au sein d’une aventure entrepreneuriale collective.

Transformer une contrainte en gratification

L’intuition initiale est probablement la partie la plus intéressante de Cliiink.

Dans beaucoup de politiques publiques environnementales, le citoyen est confronté à une succession d’interdictions et d’obligations : il faut trier, ne pas jeter, réduire, séparer.

Cliiink inverse le raisonnement.

Vous avez bien trié ? Votre geste possède une valeur.

Les conditions d’utilisation actuelles du service indiquent explicitement que les points accumulés lors des dépôts peuvent être échangés contre des offres proposées par les commerçants partenaires. Terradona assigne d’ailleurs deux objectifs à ce mécanisme : sensibiliser au geste écoresponsable et stimuler l’économie locale.

C’est cette seconde boucle qui donne au système une dimension supplémentaire.

Le citoyen trie.

Il gagne des points.

Il utilise ses points chez un commerçant ou les donne à une association.

Le geste environnemental peut ainsi générer un petit retour économique ou solidaire sur le territoire.

Le Pays de Grasse, premier territoire français à tenter l’expérience

L’histoire de Cliiink possède un lien particulier avec le Pays de Grasse.

En juillet 2018, la Communauté d’Agglomération du Pays de Grasse devient la première collectivité française à déployer Cliiink pour le tri du verre. Terradona elle-même documente ce lancement.

Les archives administratives de la CAPG permettent même de retrouver le mécanisme de récompense mis en place à l’époque : une décision du 16 juillet 2018 prévoit, par exemple, qu’un utilisateur ayant cumulé 20 « Greencoins » puisse bénéficier d’une entrée gratuite pour une entrée payante au Musée International de la Parfumerie.

Huit ans plus tard, le territoire constitue donc un intéressant laboratoire grandeur nature du dispositif.

+23 % de verre collecté en six ans dans le Pays de Grasse

Les résultats communiqués lors de l’extension du programme sont significatifs.

En 2024, Terradona et la CAPG faisaient état de plus de 8 600 foyers utilisateurs, de plus de 15 millions d’emballages en verre déposés et d’une hausse de 23 % des tonnages de verre collectés en six ans sur le territoire.

Il convient néanmoins d’être précis : ces chiffres montrent une progression concomitante au déploiement de Cliiink, mais ils ne permettent pas, à eux seuls, d’attribuer scientifiquement l’intégralité des 23 % d’augmentation au seul dispositif. D’autres facteurs — évolution des habitudes, communication, équipements ou politiques de collecte — peuvent également intervenir.

Ils montrent en revanche que le système a trouvé des utilisateurs et atteint une échelle significative.

Quinze millions de dépôts sur un territoire comme le Pays de Grasse ne relèvent plus de l’expérimentation confidentielle.

Du verre au plastique et au métal : une évolution déterminante

C’est probablement ici que se trouve l’une des principales perspectives d’avenir de Cliiink.

À l’origine, la technologie est essentiellement associée au verre.

Mais Terradona a travaillé avec le CEA-Leti sur une nouvelle génération de capteurs capable de caractériser différents matériaux, notamment le plastique et l’aluminium. Mathieu Oliveri présentait dès 2023 cette évolution comme une étape majeure de la feuille de route technologique de l’entreprise.

La même année, Terradona remporte un appel à projets national de Citeo consacré au développement de solutions innovantes pour le tri hors foyer. Le Pays de Grasse est ensuite retenu comme territoire d’expérimentation : vingt conteneurs sont déployés dans le centre historique de Grasse afin de collecter bouteilles plastiques et emballages métalliques tout en continuant à récompenser les utilisateurs.

Ce changement de matériau modifie potentiellement l’échelle du marché.

Le « hors foyer », prochain terrain de développement ?

Le deuxième axe crédible concerne précisément le tri hors foyer.

Un Français ne produit évidemment pas ses déchets uniquement chez lui. Bouteilles et canettes sont consommées dans les centres-villes, gares, aéroports, centres commerciaux, entreprises, parcs, équipements sportifs ou aires autoroutières.

Terradona présente aujourd’hui explicitement Cliiink comme une solution applicable à plusieurs de ces environnements : villes, aires de repos, parcs d’activités, gares, aéroports et centres commerciaux.

Il s’agit pour l’instant d’un marché potentiel et d’un axe de développement, pas de la preuve que tous ces espaces sont déjà massivement équipés.

Mais la logique industrielle est cohérente.

Si le dispositif est capable d’identifier plusieurs types d’emballages et de fonctionner sur différents mobiliers de collecte, il peut théoriquement sortir du seul conteneur à verre installé dans un quartier résidentiel.

Une solution qui a déjà dépassé le stade de la start-up locale

Les chiffres actuellement affichés par Terradona donnent une idée de l’échelle atteinte.

L’entreprise revendique désormais 4 650 conteneurs équipés, 238 900 utilisateurs, 224 millions de dépôts de verre et 42 collectivités équipées en France. Elle annonce également plus de 2 500 utilisateurs quotidiens.

Ces chiffres sont ceux publiés par Terradona elle-même et doivent donc être présentés comme tels ; ils ne constituent pas un audit indépendant.

Ils permettent néanmoins de mesurer le chemin parcouru. En 2023, le CEA-Leti recensait pour sa part 4 000 conteneurs, 155 000 utilisateurs et 100 millions de dépôts enregistrés en moins de cinq ans.

La progression affichée depuis lors suggère que le modèle continue d’être utilisé au-delà de ses territoires historiques.

Le site Cliiink permet d’ailleurs aujourd’hui de retrouver le dispositif dans plusieurs régions françaises, ainsi qu’au Pays de Grasse et sur le territoire de Cannes Pays de Lérins.

2026 : une année charnière pour Terradona

Cette dynamique technologique ne doit toutefois pas masquer la réalité économique de l’entreprise.

Les annonces légales indiquent qu’une procédure de redressement judiciaire a été ouverte en mars 2026 par le tribunal de commerce d’Aix-en-Provence. Les actes publiés indiquent ensuite qu’en mai, la présidence de Terradona a été confiée à Franpio Invest, représentée par Joseph Arakel, tandis que Mathieu Oliveri quittait ses fonctions de directeur général.

Cette séquence constitue incontestablement une rupture dans l’histoire de la société.

Elle invite aussi à la prudence lorsqu’on évoque son avenir.

Une nouvelle gouvernance peut ouvrir une phase de consolidation, de financement ou de développement commercial. Mais en l’absence, à ce jour, d’une feuille de route publique suffisamment détaillée de la nouvelle direction, il serait prématuré d’annoncer de nouveaux marchés, de nouveaux pays ou des objectifs chiffrés qui n’ont pas été officiellement communiqués.

La technologie possède des perspectives ; leur concrétisation reste à démontrer.

Trois perspectives apparaissent néanmoins clairement

Sans spéculer sur les décisions que prendra la nouvelle direction, trois prolongements sont déjà inscrits dans l’évolution technique et commerciale du produit : élargir les flux reconnus au-delà du verre ; développer le tri hors foyer ; augmenter le nombre de territoires et d’utilisateurs bénéficiant du programme de récompense.

À cela peut s’ajouter une quatrième dimension : la donnée.

Les conteneurs connectés ne servent pas seulement à distribuer des points. Terradona indique que ses équipements permettent également le monitoring du remplissage et peuvent contribuer à l’optimisation des tournées de collecte.

Dans une collectivité, savoir qu’un conteneur est presque vide ou presque plein peut permettre d’adapter les passages des véhicules.

Cliiink possède donc potentiellement deux visages : celui que voit l’habitant, avec ses points et ses récompenses, et celui que voit le gestionnaire, avec des informations susceptibles d’améliorer la collecte.

Et demain, une « consigne 2.0 » à plus grande échelle ?

Terradona utilise depuis plusieurs années l’expression « Consigne 2.0 » pour qualifier sa solution.

L’expression résume assez bien l’idée.

Il ne s’agit pas de remettre exactement en place l’ancienne bouteille consignée rapportée chez le commerçant contre quelques centimes. Cliiink reprend plutôt son ressort psychologique : un emballage correctement orienté vers sa filière de recyclage procure une contrepartie.

Dans un contexte où les politiques publiques cherchent à améliorer le tri des emballages, cette mécanique comportementale conserve un intérêt évident.

Sa réussite future dépendra cependant de plusieurs paramètres très concrets : coût du dispositif pour les collectivités, fiabilité des capteurs, facilité d’utilisation, densité des conteneurs, attractivité des récompenses, participation des commerçants et capacité à démontrer une amélioration durable des performances de tri.

C’est sur ces résultats, davantage que sur la seule nouveauté technologique, que Cliiink devra désormais être jugé.

Une idée née il y a treize ans qui reste étonnamment actuelle

Il y a finalement quelque chose d’assez simple derrière toute cette technologie.

En 2013, Mathieu Oliveri et les fondateurs de Terradona sont partis d’une question : comment donner envie de mieux trier ?

Treize ans plus tard, la question reste entière.

Cliiink a proposé une réponse originale : remplacer une partie de l’injonction par la gratification, connecter le conteneur sans obligatoirement le remplacer, associer le citoyen, la collectivité, les commerces et les associations dans un même mécanisme.

Terradona entre aujourd’hui dans une nouvelle étape de son histoire. Rien ne permet encore d’affirmer jusqu’où la nouvelle gouvernance conduira l’entreprise, et il serait imprudent de lui prêter des ambitions qui n’ont pas été rendues publiques.

Mais elle dispose d’un actif particulièrement précieux : une technologie éprouvée sur le terrain, plusieurs milliers de conteneurs installés et surtout un concept immédiatement compréhensible par tous — mieux je trie, plus mon geste est reconnu.

L’avenir de Cliiink se jouera désormais dans sa capacité à passer du verre aux autres emballages, du domicile aux lieux de consommation, et de territoires pionniers comme le Pays de Grasse à une diffusion plus large.

Et si l’innovation environnementale consiste aussi à rendre le bon geste plus simple et plus désirable, alors l’idée imaginée il y a plus de dix ans possède encore de beaux jours devant elle : parfois, pour changer durablement les comportements, il vaut mieux récompenser un geste que montrer du doigt celui qui ne le fait pas.

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Sources vérifiées et vérifiables

La source institutionnelle la plus complète sur le déploiement grassois est la page de la Communauté d’Agglomération du Pays de Grasse consacrée à la deuxième phase de Cliiink : elle confirme le premier déploiement français en 2018, l’extension aux bouteilles plastiques et emballages métalliques et la sélection du projet dans le cadre de l’appel à projets Citeo.

Pour la genèse de Terradona et le rôle de Mathieu Oliveri, Le Journal des Entreprises — « Terradona récompense le geste citoyen de tri sélectif » retrace la création de l’entreprise et la complémentarité entre ses fondateurs. Terradona — entretien avec Mathieu Oliveri le présente explicitement comme étant « à l’origine de la solution Cliiink » et documente l’évolution technologique vers la reconnaissance du plastique et de l’aluminium.

Le CEA-Leti — Cliiink, une technologie pour recycler et réduire les déchets constitue une source technologique indépendante particulièrement utile : collaboration avec Terradona, capteurs MEMS, algorithmes, Bluetooth et chiffres du déploiement à 2023.

Le fonctionnement actuel du programme, ses récompenses et les chiffres annoncés par l’entreprise sont consultables sur les sites officiels de Terradona et de Cliiink. Les conditions générales précisent également que les points sont destinés à être échangés contre les offres des commerçants partenaires.

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