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À Valderoure, vos pommes, poires, coings et raisins ne finiront pas perdus

septembre 17, 2026 | by Jean-Claude JUNIN

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À Valderoure, vos pommes, poires, coings et raisins ne finiront pas perdus : le pressoir mobile revient dans le Haut-Pays

Des arbres chargés de fruits, quelques cagettes de pommes ou de poires dont on ne sait plus quoi faire et une solution aussi simple qu’intelligente : les transformer en jus. Lundi 21 septembre 2026, de 9 h à 18 h, Valderoure accueille un atelier de pressage ouvert à tous. Grâce au pressoir mobile de la CUMA de Collongues, les fruits récoltés dans les jardins et vergers pourront être lavés, pressés, pasteurisés puis mis en bouteille. Une opération qui lutte contre le gaspillage tout en faisant revivre les vergers et les variétés fruitières du Haut-Pays grassois.

Dans le Haut-Pays, septembre possède encore le goût des récoltes. Les pommiers croulent parfois sous les fruits, les poires mûrissent toutes ensemble, les coings attendent leur heure et quelques grappes de raisin subsistent dans les jardins.

Le problème est presque aussi ancien que les vergers : que faire lorsque la récolte est supérieure à ce que la famille peut consommer ?

Compotes et confitures ont leurs limites. Quant aux fruits laissés sur l’arbre ou tombés au sol, ils finissent souvent perdus.

À Valderoure, une autre réponse sera proposée lundi 21 septembre : les presser pour repartir avec son propre jus pasteurisé. L’atelier est officiellement annoncé par la Communauté d’Agglomération du Pays de Grasse de 9 h à 18 h et concerne les pommes, poires, coings et raisins.

Un pressoir qui vient jusqu’aux fruits

L’idée du pressoir mobile inverse en quelque sorte la logique habituelle : plutôt que d’obliger les petits producteurs et particuliers à acheminer leurs récoltes vers une installation éloignée, c’est l’outil de transformation qui se déplace sur le territoire.

À l’origine de l’opération se trouve la CUMA de Collongues, avec l’association En Chanan, les communes de Valderoure et Saint-Auban, SudLabs des Monts d’Azur et le Projet Alimentaire Territorial du Pays de Grasse.

Une CUMA — Coopérative d’Utilisation de Matériel Agricole — permet précisément de mutualiser des équipements dont l’achat individuel serait difficilement justifiable ou trop coûteux. Dans un territoire rural aux exploitations et aux productions dispersées, la mobilité d’un tel équipement prend tout son sens.

Le principe est particulièrement adapté aux propriétaires de quelques arbres fruitiers : nul besoin d’être arboriculteur professionnel ou de posséder des centaines de kilos de fruits pour s’intéresser à leur transformation.

L’atelier est annoncé comme ouvert à tous.

De la pomme sur l’arbre à la bouteille de jus

L’intérêt de la journée sera également pédagogique puisque les participants pourront suivre les différentes étapes de transformation.

Les fruits sont d’abord lavés, puis préparés avant le pressage. Le jus extrait est ensuite pasteurisé avant la mise en bouteille. Le dispositif permet ainsi de repartir avec le produit issu de sa récolte. Le Pays de Grasse présente explicitement l’atelier comme un parcours allant « du lavage à la mise en bouteille ».

Cette pasteurisation constitue une étape essentielle pour la conservation : le chauffage maîtrisé du jus réduit fortement la charge microbienne susceptible de provoquer son altération. Il faut néanmoins conserver les bouteilles selon les recommandations données lors de l’atelier, notamment après ouverture.

Mais au-delà de la technique, il y a quelque chose d’assez réjouissant à observer quelques cageots de fruits devenir des bouteilles qui pourront être consommées plusieurs mois plus tard.

Ce qui risquait de devenir un déchet redevient une ressource alimentaire.

Pommes, poires, coings… et raisins

L’annonce officielle mentionne quatre fruits acceptés : pommes, poires, coings et raisins.

Le principe est particulièrement intéressant pour les pommes. Dans les jardins familiaux et les anciens vergers, les arbres peuvent produire beaucoup plus que les besoins immédiats d’un foyer. Et toutes les pommes ne possèdent pas forcément l’aspect régulier attendu sur les étals : petites, tachées, biscornues ou simplement trop nombreuses, elles n’en restent pas moins parfaitement intéressantes pour la transformation lorsqu’elles sont saines.

Même logique pour les poires ou les coings, dont les périodes de maturité peuvent conduire à disposer brutalement d’une grande quantité de fruits.

Le pressoir permet alors de redonner une valeur à cette abondance.

Une manière très concrète de lutter contre le gaspillage

L’opération s’inscrit parfaitement dans l’esprit du Projet Alimentaire Territorial du Pays de Grasse.

Le territoire s’étend de la plaine de la Siagne jusqu’aux reliefs de l’Audibergue, entre niveau de la mer et 1 600 mètres d’altitude. Cette diversité géographique explique une agriculture particulièrement variée : maraîchage, élevage, oléiculture, plantes à parfum, mais aussi productions adaptées aux secteurs montagneux. La CAPG recense environ 200 chefs d’exploitation et 93 cotisants solidaires sur son territoire.

Engagé depuis 2021 dans une démarche de Projet Alimentaire Territorial, le Pays de Grasse a obtenu en mars 2024 la reconnaissance de niveau 2 « PAT en action ». Sa stratégie 2024-2029 associe relocalisation alimentaire, agriculture, santé, environnement, économie et valorisation des patrimoines alimentaires.

Le pressoir mobile illustre cette politique à une échelle très concrète.

Ici, pas de grande théorie : on prend des fruits qui risquaient de ne pas être consommés et on les transforme en nourriture.

Derrière le jus, sauver aussi la mémoire des vieux vergers

La journée ne s’adresse d’ailleurs pas uniquement à ceux qui arriveront avec des cagettes.

Même sans fruits à presser, le public est invité à venir découvrir le fonctionnement de l’installation, échanger autour des arbres fruitiers et visiter une exposition consacrée aux espèces et variétés fruitières anciennes.

C’est une dimension particulièrement intéressante de l’opération.

Les anciens vergers constituent en effet un patrimoine vivant. Certaines variétés locales ou traditionnelles peuvent être moins adaptées à la commercialisation moderne — calibre irrégulier, conservation différente, rendement moindre — tout en présentant des qualités gustatives, culturales ou patrimoniales remarquables.

Conserver un vieil arbre ou replanter une variété ancienne, ce n’est donc pas seulement produire des fruits. C’est aussi maintenir une diversité cultivée et transmettre un morceau de l’histoire agricole locale.

Les organisateurs proposeront justement des conseils sur les récoltes et les variétés.

Quand patrimoine alimentaire et transition écologique se rencontrent

Cette démarche rejoint un travail plus large entrepris cette année par le Pays de Grasse autour de son patrimoine alimentaire.

En mai 2026, la Communauté d’Agglomération a notamment publié Le Patrimoine alimentaire et culinaire du Pays de Grasse, fruit d’une collaboration entre son Projet Alimentaire Territorial et sa Direction des Affaires Culturelles. L’objectif affiché est précisément de relier l’héritage agricole et culinaire transmis par les générations précédentes aux enjeux contemporains de l’alimentation.

Le pressoir mobile en fournit une illustration presque parfaite.

Cueillir les pommes d’un arbre planté il y a plusieurs décennies peut sembler relever de la tradition. Utiliser un équipement collectif mobile pour éviter leur gaspillage relève au contraire d’une logique très actuelle d’économie de ressources.

Les deux ne s’opposent pas : l’ancien verger et l’outil moderne peuvent parfaitement travailler ensemble.

Une petite économie circulaire à l’échelle d’un village

Il y a aussi dans cette opération une forme d’économie circulaire particulièrement lisible.

Le fruit est produit localement. Il est récolté par son propriétaire. Il est transformé à proximité. Le jus retourne chez celui qui a apporté la matière première.

Le transport est limité et la valeur alimentaire du fruit reste sur le territoire.

Cette logique correspond aux objectifs du PAT du Pays de Grasse, qui entend notamment favoriser la relocalisation de l’agriculture et de l’alimentation et développer une alimentation locale, durable et accessible. Son plan d’action actuel comporte 70 actions réparties en 20 groupes de projets.

Et l’initiative ne s’arrêtera pas à Valderoure : le Pays de Grasse annonce également des journées de pressage à Saint-Auban les 1er et 2 octobre 2026, selon le même principe.

Le pressoir porte donc bien son nom : il voyage avec les récoltes.

Combien coûte le pressage ?

Les organisateurs ont retenu une tarification simple.

Le pressage et la transformation reviennent à 1,60 € par bouteille lorsque le participant apporte ses propres bouteilles, et 1,90 € avec une bouteille neuve. Une adhésion à l’association est demandée à prix libre à partir de 1 euro.

La réservation est obligatoire, afin notamment de permettre l’organisation des quantités à traiter et du passage des participants.

Le contact est Jean-Guillaume Bouillon au 06 14 89 37 85.

Le rendez-vous est fixé lundi 21 septembre 2026, de 9 h à 18 h, à Valderoure.

Ne laissez plus les pommes tomber pour rien

L’image est familière dans nos villages : à la fin de l’été, un pommier croule sous les fruits tandis que son propriétaire explique qu’il ne sait plus quoi en faire.

Cette année, à Valderoure, la réponse pourra tenir en quelques mots : « Apportez-les au pressoir ! »

Car derrière cette journée apparemment toute simple se rencontrent plusieurs enjeux importants : lutter contre le gaspillage alimentaire, conserver les vieux vergers, transmettre des savoir-faire, mutualiser du matériel, valoriser la production locale et recréer du lien autour de l’alimentation.

Et puis il reste le plaisir, peut-être le plus important : ouvrir quelques mois plus tard une bouteille et savoir exactement d’où vient son contenu.

Pas d’une chaîne industrielle située à des centaines de kilomètres, mais peut-être du vieux pommier au fond de son jardin.

À Valderoure, lundi 21 septembre, les fruits en surplus ne seront donc plus un problème. Ils pourront devenir des bouteilles à partager en famille. Une manière simple, gourmande et intelligente de rappeler que le meilleur déchet alimentaire reste celui que l’on réussit à transformer en quelque chose de bon.

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