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Yves Latuszewski prend les commandes de « Dragon 06 »

septembre 19, 2026 | by Jean-Claude JUNIN

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Sécurité civile à Cannes : Yves Latuszewski prend les commandes de « Dragon 06 »

Changement de chef, mais même mission : « servir pour secourir ». Vendredi 18 septembre, Yves Latuszewski a officiellement succédé à Franck Diebold à la tête de la base hélicoptère de la Sécurité civile de Cannes-Mandelieu. Une transmission symbolique pour une unité qui intervient aussi bien en mer qu’en montagne et qui dispose depuis mai 2025 d’un H145-D3 de dernière génération. En moins d’un an et demi, le nouveau « Dragon » cannois affiche déjà environ 1 000 heures de vol. Une activité qui témoigne de l’intensité des missions assurées quotidiennement par les équipages de la Sécurité civile.

Il y avait vendredi après-midi, dans le hangar de la base hélicoptère de Cannes-Mandelieu, un condensé assez remarquable de ceux que l’on retrouve lorsque les choses tournent mal : pilotes et mécaniciens de la Sécurité civile, sapeurs-pompiers, secours en montagne, démineurs, sauveteurs en mer…

Et, au milieu d’eux, un passage de témoin.

Le vendredi 18 septembre 2026, Yves Latuszewski a officiellement été installé dans ses fonctions de chef de la base hélicoptère de Cannes par Jean-Marie Girier, préfet des Alpes-Maritimes, et Laurent Viala, chef du groupement des hélicoptères de la Sécurité civile, il succède à Franck Diebold.

Au-delà du changement de commandement, la cérémonie permettait surtout de regarder de près une unité discrète dont beaucoup d’habitants des Alpes-Maritimes connaissent pourtant la silhouette jaune et rouge : Dragon 06.

De Nice à Cannes : plus de soixante ans de secours aérien

L’histoire locale commence le 7 juillet 1962, avec l’installation d’une base sur l’aéroport de Nice et l’utilisation d’une Alouette II. L’Alouette III arrive ensuite en 1971.

Le développement de l’aéroport niçois conduit l’unité à rejoindre Cannes-Mandelieu en 1991. Une nouvelle étape technologique est franchie en décembre 2002 avec l’arrivée de l’EC145.

Cette évolution locale suit celle du Groupement d’hélicoptères de la Sécurité civile, créé en 1957. Les premières Alouette II sont utilisées pour le secours dès 1958, avant les Alouette III, Dauphin, Écureuil puis EC145 à partir de 2002. Les premiers H145 de nouvelle génération rejoignent la Sécurité civile en 2021.

À Cannes, les infrastructures actuelles datent de 2010 et ont été officiellement inaugurées en février 2011.

Plus de soixante ans après l’arrivée du premier hélicoptère de secours à Nice, le principe reste le même : décoller le plus rapidement possible lorsqu’une vie est en jeu.

Yves Latuszewski, un pilote expérimenté pour prendre la relève, formé initialement comme pilote de l’Aviation légère de l’armée de Terre dès 1985 : alors maréchal des logis, il appartient au 3e stage pilote hélicoptère de cette année-là et reçoit son brevet de pilote le 15 novembre 1985. Sa prise de commandement cannoise intervient donc au terme d’une très longue expérience aéronautique !

Franck Diebold, du sauvetage opérationnel au commandement

Franck Diebold, son expérience ne se limite évidemment pas aux fonctions administratives d’un chef de base. En 2009, alors pilote de la Sécurité civile en Corse, il racontait une mission particulièrement délicate de Dragon 2B, engagée de nuit après le crash en mer d’un Cessna. Malgré une mer très forte et des vents violents, l’équipage avait localisé les lumières des gilets des survivants grâce aux équipements de vision nocturne, permettant d’organiser leur sauvetage. À Cannes, il décrivait quelques années plus tard une base disponible 24 heures sur 24 et 365 jours par an, capable d’être engagée dès qu’une situation nécessite rapidement une compétence médicale ou technique. C’est donc un homme issu de l’opérationnel qui transmet aujourd’hui les commandes de la base à un autre pilote particulièrement expérimenté.

Dragon 06 : de la Méditerranée aux sommets alpins

La géographie explique à elle seule l’importance de la base cannoise.

Depuis Cannes-Mandelieu, un hélicoptère peut en quelques minutes quitter le littoral méditerranéen pour rejoindre des secteurs montagneux difficiles d’accès.

Avec un rayon d’action opérationnel d’environ 30 minutes de vol, soit quelque 110 kilomètres, la base peut être appelée à intervenir dans les Alpes-Maritimes mais également dans les départements voisins et jusqu’à Monaco, selon les besoins opérationnels.

Ses équipages sont engagés dans le secours à personne, les évacuations médicalisées, le secours en montagne, le secours maritime, les recherches, les hélitreuillages, mais aussi dans certaines missions de reconnaissance ou d’appui.

En 2025, selon les données communiquées à l’occasion de cette prise de commandement, la base a réalisé environ 800 heures de vol et porté secours à 485 personnes.

Son effectif permanent comprend quatre pilotes et quatre mécaniciens opérateurs de bord.

Mais le Dragon ne travaille jamais seul : autour de l’hélicoptère étaient réunis vendredi les différentes composantes de cette chaîne du secours, du PGHM à la CRS Alpes, du SDIS aux sauveteurs en mer et aux services spécialisés de la Sécurité civile.

Le H145-D3 : le nouveau Dragon est arrivé

Impossible désormais de parler de la base de Cannes sans s’arrêter sur son nouvel appareil.

Depuis le 2 mai 2025, l’unité dispose d’un Airbus H145-D3, successeur de l’EC145.

Et en un peu moins d’un an et demi d’exploitation à Cannes, l’appareil affiche déjà environ 1 000 heures de vol au compteur !

Cinq pales, deux moteurs et une avionique beaucoup plus moderne

Le H145-D3 est équipé d’un rotor principal à cinq pales et d’un Fenestron, le rotor anticouple caréné caractéristique visible à l’arrière de l’appareil.

Il est propulsé par deux moteurs Safran Arriel 2E, dotés d’une régulation numérique FADEC. Il bénéficie également de la suite avionique numérique Helionix et d’un pilote automatique quatre axes. La nouvelle version augmente en outre la charge utile d’environ 150 kg par rapport à la génération précédente.

Pour le secours, ces caractéristiques ne sont pas de simples arguments de catalogue.

Une charge utile supérieure signifie davantage de latitude pour embarquer équipiers, secouristes, matériel médical ou victime. L’automatisation de certaines fonctions réduit la charge de travail du pilote, particulièrement précieuse lorsque l’appareil évolue près du relief, de nuit ou dans des conditions météorologiques complexes.

Le ministère de l’Intérieur souligne également la présence d’une caméra optique et thermique performante et d’un treuil destiné aux missions de secours et d’assistance, en montagne comme en milieu maritime.

L’État renouvelle profondément la flotte des Dragon

Le H145 cannois s’inscrit surtout dans un programme national considérable.

Fin 2023, l’État a commandé 42 H145 à Airbus Helicopters : 36 destinés à la Sécurité civile et six à la Gendarmerie nationale. Pour la seule Sécurité civile, ces appareils doivent progressivement remplacer les EC145 fortement sollicités par les missions de secours.

À l’été 2026, la Direction générale de la Sécurité civile indiquait que près de la moitié de sa flotte d’hélicoptères avait déjà été renouvelée par des H145-D3, mettant en avant une capacité d’emport accrue, une motorisation plus performante et un meilleur confort de vol.

C’est un point qui mérite d’être souligné.

Lors de notre passage à la base de Cannes, les personnels avec lesquels nous avons pu échanger ont exprimé de manière très convergente leur satisfaction à l’égard du nouvel appareil et, plus largement, des moyens matériels que l’État met aujourd’hui à leur disposition pour accomplir leurs missions.

Derrière la machine, une équipe

L’impression laissée par une visite de cette base tient justement au contraste entre la sophistication de la machine et la simplicité de sa finalité.

Un H145-D3 représente des années de développement, une avionique complexe, deux turbines, des systèmes électroniques redondants, un rotor cinq pales, un pilote automatique quatre axes et des équipements de recherche et de sauvetage de dernière génération.

Mais tout cela est là pour une raison extrêmement simple : aller chercher quelqu’un qui ne peut plus revenir seul.

En mer, sur une paroi, au fond d’un vallon ou sur un sommet, la machine ne représente d’ailleurs qu’un maillon. Pilotes, mécaniciens opérateurs de bord, médecins, sapeurs-pompiers, gendarmes du PGHM, CRS Alpes et sauveteurs spécialisés doivent travailler ensemble.

Été 2026 : 138 interventions et 157 personnes secourues en montagne

La prise de fonctions d’Yves Latuszewski a justement été l’occasion de présenter le bilan estival 2026 du secours en montagne dans les Alpes-Maritimes.

De juin à août, 138 interventions ont été réalisées par le PGHM, la CRS Alpes et la Sécurité civile, permettant de porter secours à 157 personnes.

L’activité est pratiquement stable par rapport à l’été 2025, qui avait comptabilisé 139 interventions et 166 personnes secourues. La Sécurité civile représente 65 % des interventions réalisées sur les deux années, selon le bilan préfectoral.

La randonnée pédestre demeure de très loin la première cause d’intervention : elle représente environ 71 % des opérations.

Les secours liés au VTT sont en revanche passés de dix interventions en 2025 à trois en 2026, tandis que les interventions en via ferrata passent de neuf à cinq.

93 blessés, 51 personnes indemnes et deux disparus

Derrière ces statistiques, il y a naturellement des situations humaines très différentes.

Parmi les personnes prises en charge cet été, 93 étaient blessées et 51 ont été retrouvées ou secourues indemnes. Le bilan mentionne également deux personnes disparues, contre une en 2025.

Les victimes restent très majoritairement françaises, avec 134 personnes recensées, mais le nombre de ressortissants étrangers augmente : 22 en 2026 contre 10 en 2025.

Le profil observé cet été est majoritairement masculin, à 59 %, et la tranche des 15-30 ans représente 45 % des personnes secourues, contre 33 % en 2025.

Ces données rappellent au passage que l’accident de montagne n’est nullement réservé aux personnes âgées ou aux pratiquants réputés fragiles.

Yves Latuszewski : prendre le commandement en regardant déjà vers l’hiver

C’est donc avec une base fortement sollicitée et un outil aérien profondément modernisé qu’Yves Latuszewski prend ses fonctions.

Le bilan présenté vendredi montre une saison estivale soutenue mais globalement stable. Derrière les 138 opérations et 157 personnes secourues, il faut surtout voir une chaîne de professionnels capable de se mettre en mouvement rapidement lorsqu’un appel arrive.

L’été s’achève, mais certainement pas le travail de Dragon 06.

Comme le rappelle le préfet des Alpes-Maritimes dans le bilan publié à l’occasion de cette cérémonie, les services de secours mobilisés durant l’été le seront de nouveau cet hiver.

Pour Yves Latuszewski, le passage de témoin avec Franck Diebold n’est donc pas seulement un changement de nom sur la porte du chef de base. C’est la transmission d’une responsabilité permanente : maintenir hommes et machine prêts à partir, de jour comme de nuit, vers la mer ou vers la montagne.

Et après avoir rencontré ceux qui font vivre cette base, une chose apparaît clairement : derrière le spectaculaire H145 jaune et rouge se trouve surtout une équipe de professionnels passionnés, disposant désormais d’un appareil à la hauteur de leurs missions.

À Cannes-Mandelieu, le chef change, le Dragon évolue, mais la raison d’être demeure : servir pour secourir.

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