open
close

regarder dans nos assiettes d’hier pour imaginer celles de demain

septembre 20, 2026 | by Jean-Claude JUNIN

CONF1

À Grasse, regarder dans nos assiettes d’hier pour imaginer celles de demain

Que mangeait-on en Pays de Grasse avant les supermarchés, les aliments venus de l’autre bout du monde et l’agriculture industrielle ? Vendredi 25 septembre à 18h30, la Médiathèque Charles Nègre accueille Pauline Mayer de Boisgelin pour une conférence consacrée aux pratiques agricoles et alimentaires du territoire entre 1800 et 1950. Anthropologue et ethnobotaniste, elle est l’autrice de Le Patrimoine alimentaire et culinaire du Pays de Grasse, ouvrage né d’un travail mené avec la Communauté d’Agglomération. Une plongée dans un passé qui, entre jardins, restanques, fruits oubliés, cueillettes et cuisine domestique, pourrait bien apporter quelques réponses très actuelles.

Que trouvait-on dans l’assiette d’une famille grassoise il y a cent ou cent cinquante ans ? Que cultivait-on autour des villages ? Comment conservait-on les récoltes ? Quelle place occupaient les plantes sauvages, les fruits, les légumes, les céréales ou les produits issus de l’élevage ?

Et surtout : qu’avons-nous oublié ?

C’est à toutes ces questions que tentera de répondre la conférence « Cultiver et manger en Pays de Grasse avant l’ère industrielle », organisée le vendredi 25 septembre 2026 à 18h30 à la Médiathèque Charles Nègre de Grasse.

Le rendez-vous est officiellement annoncé par la Communauté d’Agglomération du Pays de Grasse, qui situe le champ d’étude entre 1800 et 1950. L’objectif n’est pas simplement de raconter ce que mangeaient nos arrière-grands-parents : il s’agit aussi d’interroger cet héritage pour réfléchir à une alimentation contemporaine plus simple, saine, locale et respectueuse de l’environnement.

Avant l’industrie, manger commençait autour de chez soi

Aujourd’hui, quelques minutes suffisent pour remplir un panier avec des produits venus de plusieurs continents.

Dans le Pays de Grasse du XIXe siècle et de la première moitié du XXe, la réalité était évidemment très différente.

L’alimentation était beaucoup plus directement liée au sol, au climat, aux saisons, aux récoltes et aux savoir-faire disponibles localement. Le patrimoine alimentaire était ainsi indissociable du patrimoine agricole et paysager.

C’est précisément cette relation que le Pays de Grasse souhaite remettre en lumière à travers son programme consacré au patrimoine alimentaire : non pas reproduire à l’identique le monde d’autrefois, mais comprendre ce qu’il peut transmettre à celui d’aujourd’hui. La CAPG explique que cette démarche cherche à relier alimentation, territoire et citoyens, dans le cadre de son Projet Alimentaire Territorial (PAT).

Une approche particulièrement pertinente dans un territoire où la géographie a toujours imposé de composer avec des espaces agricoles contraints, des villages perchés, des vallées et le Haut-Pays.

Pauline Mayer de Boisgelin, enquêter sur les relations entre l’homme et les plantes

Pour raconter cette histoire, encore faut-il retrouver ses traces.

C’est précisément le métier de Pauline Mayer de Boisgelin, présentée par la CAPG comme ethnobotaniste et historienne et qui se définit professionnellement comme anthropologue et ethnobotaniste. Chercheuse consultante depuis 2017, elle travaille notamment sur les relations entre sociétés humaines, végétaux, pratiques agricoles, mémoire et patrimoine.

L’ethnobotanique se situe au croisement de plusieurs disciplines : elle ne consiste pas seulement à identifier une plante, mais à rechercher comment les hommes la cultivent, la nomment, l’utilisent, la cuisinent, la conservent et transmettent les connaissances qui lui sont associées.

Pauline Mayer de Boisgelin a notamment travaillé pour le Parc naturel régional du Verdon, sur les variétés fruitières du Val de Blore, sur les savoir-faire liés à la figue blanche de Salernes ou encore sur le cormier dans le cadre d’un projet associant le CIRAD.

Pour le Pays de Grasse, son travail s’est inscrit dans le Projet Alimentaire Territorial 2024-2025, avec la réalisation d’un ouvrage de valorisation du patrimoine alimentaire et agricole.

Un livre pour sauvegarder la mémoire alimentaire du Pays de Grasse

Ce travail a donné naissance à Le Patrimoine alimentaire et culinaire du Pays de Grasse, publié par la Communauté d’Agglomération. L’idée est intéressante : considérer une recette, une variété de fruit, une technique de conservation ou une pratique agricole comme on considérerait une chapelle, une bastide ou un tableau.

Car le patrimoine ne se limite pas à ce qui est construit.

Il existe aussi dans les gestes et les savoirs.

De 1800 à 1950 : un siècle et demi de profondes transformations

La période choisie pour la conférence est particulièrement riche : 1800-1950.

En cent cinquante ans, les pratiques agricoles et alimentaires ont considérablement évolué. Les transports se développent, les marchés s’élargissent, les techniques de conservation progressent et l’alimentation s’affranchit progressivement d’une partie de ses contraintes locales.

Étudier cette période permet donc d’observer un monde dans lequel l’autoproduction, l’agriculture locale et la saisonnalité occupaient encore une place essentielle, puis d’assister progressivement à son basculement vers des systèmes alimentaires davantage industrialisés.

La conférence ne promet toutefois pas une reconstitution folklorique d’un supposé « âge d’or » alimentaire. Le propos annoncé par la CAPG est plus pragmatique : explorer l’héritage laissé par les générations précédentes pour repenser certaines pratiques contemporaines.

Restanques, vergers et savoir-faire : lire le paysage autrement

Cette histoire alimentaire permet également de regarder différemment le paysage grassois.

Une restanque abandonnée n’est plus seulement un mur de pierres sèches envahi par la végétation. Elle témoigne d’un espace que l’on a voulu rendre cultivable.

Un vieil arbre fruitier peut devenir la trace vivante d’une variété autrefois commune.

Une recette familiale peut révéler ce que produisait un village, mais également les périodes de pénurie, les échanges entre territoires où la nécessité de ne rien gaspiller.

C’est tout l’intérêt de l’approche ethnobotanique : faire parler simultanément les archives, les paysages, les plantes et la mémoire humaine.

Les photographies anciennes de récoltes, les collections de variétés fruitières ou les plantes autrefois cueillies et consommées prennent alors une autre dimension : elles deviennent les fragments d’un système alimentaire aujourd’hui largement transformé.

Retrouver les fruits oubliés

Le sujet prend une résonance particulière dans le Haut-Pays.

Le programme 2026 organisé autour de l’ouvrage ne se limite d’ailleurs pas à cette conférence. Le Pays de Grasse propose des formations sur l’olivier, la restauration des restanques, les potagers d’hiver, la fabrication de boissons à partir de plantes, la récolte traditionnelle des semences ou encore des ateliers de pressage de fruits à Valderoure et Saint-Auban.

Un autre rendez-vous organisé au Mas était consacré aux plantes comestibles, aromatiques et médicinales et à leurs usages traditionnels — eaux florales, sirops ou tisanes notamment.

On comprend ainsi que le livre et la conférence appartiennent à un projet plus large : retrouver les connaissances associées à un territoire avant qu’elles ne disparaissent avec les dernières générations qui les ont pratiquées.

Le patrimoine culinaire n’est pas une cuisine figée

Parler de « patrimoine alimentaire » pourrait donner l’impression que l’on cherche simplement à dresser un catalogue de vieilles recettes provençales.

L’enjeu est beaucoup plus vaste.

L’alimentation raconte la géographie d’un territoire, son économie, ses migrations, ses échanges commerciaux, ses contraintes climatiques et même son organisation sociale.

Ce que l’on mange dépend de ce que l’on peut cultiver, acheter, conserver ou échanger.

Voilà pourquoi la CAPG présente son ouvrage comme un moyen de comprendre mais aussi de transformer nos pratiques, en utilisant l’histoire comme source d’inspiration plutôt que comme modèle à reproduire.

Hier pour réfléchir à demain

Il serait évidemment illusoire de vouloir manger en 2026 exactement comme en 1850.

Les conditions de vie, le travail agricole, l’organisation familiale et les attentes alimentaires ont profondément changé.

Mais certaines questions traversent les siècles : comment produire à proximité ? Comment conserver ? Comment éviter le gaspillage ? Comment choisir des plantes adaptées au territoire ? Comment transmettre une recette ou une variété fruitière ? Et comment préserver une alimentation accessible tout en réduisant son impact environnemental ?

C’est probablement là que cette conférence trouve tout son intérêt.

Le passé ne fournira pas toutes les solutions. Mais il constitue un immense réservoir d’expériences.

Vendredi 25 septembre, il ne s’agira donc pas seulement de découvrir ce que mangeaient autrefois les habitants du Pays de Grasse. Il s’agira aussi de comprendre pourquoi ils le mangeaient, comment ils le produisaient et ce que leurs pratiques peuvent encore nous apprendre.

Et finalement, à l’heure où l’on cherche à rapprocher producteurs et consommateurs, à retrouver la saisonnalité et à préserver les ressources, certaines idées que nous qualifions aujourd’hui de modernes pourraient bien avoir quelques générations derrière elles.

#Grasse #PaysDeGrasse #PatrimoineAlimentaire #PatrimoineCulinaire #PaulineMayerDeBoisgelin #Ethnobotanique #Agriculture #Alimentation #CuisineProvencale #Terroir #SavoirFaire #Transmission #PAT #CircuitCourt #HautPaysGrassois #MediathequeCharlesNegre #GrasseMat

Informations pratiques

Conférence « Cultiver et manger en Pays de Grasse avant l’ère industrielle » — Vendredi 25 septembre 2026 à 18h30 — Médiathèque Charles Nègre, Grasse. La CAPG propose une inscription préalable depuis sa page officielle consacrée à l’événement.

S’inscrire à la conférence sur le site du Pays de Grasse

RELATED POSTS

View all

view all

Ad augusta per angusta

Close Welcome Bar