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Et une tradition sauvée

septembre 21, 2026 | by Jean-Claude JUNIN

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1426–2026 : le Moulin d’Opio fête 600 ans d’huile, d’histoire… et une tradition sauvée

Samedi 26 septembre, le Moulin d’Opio célébrera six siècles d’existence. Depuis 1426, on produit de l’huile sur ce site devenu l’un des témoins majeurs de l’histoire oléicole des Alpes-Maritimes. Mais cet anniversaire aurait pu ne jamais avoir lieu : après l’arrêt de l’exploitation familiale en 2023, la Communauté d’Agglomération Sophia Antipolis a acquis le moulin en 2024 pour préserver le site et maintenir la trituration des olives. Deux ans plus tard, les meules tournent toujours et le Moulin regarde désormais vers son septième siècle.

Il existe des anniversaires qui dépassent largement l’histoire d’une entreprise.

Lorsque le Moulin d’Opio soufflera ses 600 bougies samedi 26 septembre 2026, c’est une partie de l’histoire agricole de la Côte d’Azur qui sera célébrée.

1426.

C’est la date que le Moulin retient pour l’installation du premier moulin sur le site. Six siècles plus tard, des particuliers et des professionnels y apportent toujours leurs olives pour les transformer en huile.

Une continuité exceptionnelle qui a pourtant bien failli être interrompue.

1426 : six siècles au milieu des oliviers

Les premières traces du Moulin d’Opio remontent donc au XVe siècle. Au fil des générations, le moulin accompagne une culture intimement liée au paysage méditerranéen : celle de l’olivier.

L’huile n’est alors pas seulement un produit gastronomique. Pendant des siècles, elle constitue une ressource alimentaire essentielle, mais intervient également dans de nombreux usages de la vie quotidienne.

Le Moulin devient ainsi progressivement un élément de l’économie agricole locale, au rythme des récoltes et des campagnes de trituration.

Son histoire connaît un tournant important en 1848, date à partir de laquelle une famille d’oléiculteurs et de mouliniers développe et modernise l’activité. Cette aventure familiale se poursuivra durant sept générations.

À partir de cette époque, les techniques évoluent, les équipements se modernisent, mais le principe reste identique : les olives récoltées sur le territoire convergent vers Opio pour y devenir de l’huile.

Sept générations pour faire vivre le Moulin

Cette dimension familiale est essentielle pour comprendre ce que représente encore aujourd’hui le Moulin d’Opio.

La chronologie publiée par le Moulin mentionne notamment Christine Michel, sixième génération, qui prend la gérance de la société en 1998. Avec son mari Patrick Rodrigues, elle développe la notoriété de la marque « Moulin d’Opio », notamment par la vente à distance et à l’export.

En 2015, une septième génération poursuit l’aventure avec Julien et Laetitia, cette dernière développant notamment les activités touristiques et pédagogiques du site.

Au fil du temps, le moulin n’est donc plus seulement un outil agricole. Il devient également un lieu de transmission : on y vient pour acheter de l’huile, mais aussi comprendre comment elle est produite et découvrir un savoir-faire indissociable du patrimoine provençal.

Puis survient la rupture.

2023 : le Moulin risque de s’arrêter

Après sept générations d’exploitation familiale, l’activité cesse le 30 septembre 2023.

Pour le territoire, la disparition du Moulin aurait représenté bien davantage que la fermeture d’un commerce historique.

Il fallait aussi répondre à une question très concrète : où faire presser les olives des particuliers et des professionnels du secteur ?

Le Moulin constitue en effet un maillon de la filière oléicole dépassant largement la seule commune d’Opio.

C’est précisément pour éviter cette disparition que la Communauté d’Agglomération Sophia Antipolis (CASA) intervient. Dans le cadre de sa politique agricole et de son Projet Alimentaire Territorial, l’intercommunalité décide d’acquérir le site afin de préserver à la fois le patrimoine, l’activité économique et l’outil de transformation agricole.

2024 : la CASA rachète le Moulin pour le sauver

En septembre 2024, la CASA devient propriétaire du Moulin d’Opio, avec le soutien du Département des Alpes-Maritimes.

L’objectif annoncé est sans ambiguïté : sauvegarder ce patrimoine exceptionnel datant du XVe siècle et maintenir un maillon essentiel de la filière oléicole de l’ouest des Alpes-Maritimes.

Mais acheter les murs ne suffisait pas.

Il fallait surtout sauver la campagne oléicole 2024 et permettre aux producteurs et aux particuliers de continuer à faire presser leurs olives.

Une solution transitoire est alors trouvée avec la SCIC Les Ferrages, chargée d’assurer la trituration pendant que la CASA prépare l’avenir du site.

Et les chiffres montrent à quel point le maintien du moulin répondait à un besoin réel.

Des olives apportées par kilos… ou par tonnes

Pour la campagne 2024-2025, la CASA indique qu’environ 2 500 apporteurs ont franchi les portes du Moulin, représentant au total quelque 450 tonnes d’olives.

Surtout, le Moulin conserve sa vocation populaire.

Les apports sont acceptés de 2 kilogrammes à 10 tonnes. Selon la CASA, 67 % des apporteurs avaient déposé moins de 180 kg, tandis que 33 % correspondaient aux plus gros apporteurs et aux professionnels.

Ces chiffres racontent finalement mieux que de longs discours la fonction du Moulin.

À côté du professionnel apportant plusieurs tonnes d’olives se trouve le particulier qui vient avec quelques cagettes récoltées dans son jardin familial.

Deux mondes, mais une même tradition.

Cueillir les olives, les porter au moulin et récupérer l’huile issue de la récolte : un geste répété depuis des générations dans les familles provençales.

2025 : trouver une solution pour les vingt prochaines années

Après avoir assuré l’urgence, la CASA devait construire une solution durable.

En mars 2025, elle lance donc un appel à projets pour l’exploitation et la gestion du site. L’objectif affiché est de préserver sa renommée patrimoniale, agricole et touristique, tout en soutenant la filière oléicole locale.

Le projet porté conjointement par la SCIC Les Ferrages et l’association Neede est finalement retenu.

La CASA indique par ailleurs avoir signé en 2025 un bail emphytéotique de vingt ans pour l’exploitation du Moulin, portant sur 2 327 m².

Le 27 octobre 2025, une nouvelle saison de trituration peut commencer sous cette nouvelle organisation.

Le pari est alors de faire cohabiter deux ambitions qui auraient pu sembler opposées : préserver six siècles d’histoire tout en faisant entrer le Moulin dans le XXIe siècle.

Un moulin qui ne veut surtout pas devenir un musée

C’est sans doute le point le plus intéressant de cette renaissance : le Moulin d’Opio n’a pas vocation à devenir uniquement un monument que l’on visiterait pour contempler les techniques du passé.

Il produit toujours.

Le site annonce aujourd’hui une capacité de trituration de deux tonnes par heure et accueille particuliers comme professionnels.

La nouvelle structure veut simultanément développer la production et la valorisation des olives locales, les activités économiques, la formation, la sobriété énergétique et les questions de résilience alimentaire.

L’ambition affichée va même plus loin : faire progressivement du Moulin un démonstrateur des transitions agricoles, alimentaires, écologiques et culturelles en Méditerranée.

Autrement dit, préserver la tradition sans la figer.

Le 26 septembre, une journée entière pour célébrer six siècles

Pour ses 600 ans, le Moulin ouvrira donc largement ses portes samedi 26 septembre, de 10 h à 23 h 30.

La journée sera en grande partie consacrée à la découverte.

Des visites du moulin sont annoncées environ toutes les trente minutes jusqu’à 16 heures, accompagnées d’un espace consacré à son histoire et d’un autre dédié à la récolte et à la trituration.

Des ateliers permettront également de découvrir la cuisine, la fabrication de savon à partir d’huile d’olive ou encore la céramique.

Les enfants pourront participer à des animations consacrées à la biodiversité et à l’alimentation durable.

Tables rondes et rencontres permettront parallèlement d’aborder l’olivier, les agroécosystèmes méditerranéens, le climat et les transitions agricoles.

Une façon de rappeler qu’un moulin vieux de 600 ans peut aussi être un lieu où l’on réfléchit à l’agriculture de demain.

Anchoïade et tapenade : à vos mortiers !

Et puisqu’on ne célèbre pas la Provence sans passer par la table, les amateurs pourront participer à un concours d’anchoïade et de tapenade.

Les préparations devront être déposées avant 15 heures, avant la réunion du jury à 15 h 30.

Tout au long de la journée, food trucks, buvette et espace de restauration installé sous les oliviers permettront de prolonger la découverte dans une ambiance champêtre.

Les personnes souhaitant mieux comprendre la récolte ou les modalités de trituration pourront également rencontrer les équipes et bénévoles du Moulin.

De la Méditerranée au pop-rock

À 16 h 30, les élus sont attendus pour la séquence officielle de cet anniversaire, avant la remise des prix annoncée à 17 heures.

Puis la musique prendra le relais.

À 17 h 30, le Duo Levantin, composé de Julien Coulon et Damien Sarret, proposera un voyage musical puisant dans les racines méditerranéennes.

À partir de 19 heures, place au Festin champêtre, organisé avec le Comité des Fêtes d’Opio.

Le repas est proposé à 28 euros et la réservation préalable auprès de la boutique du Moulin est obligatoire. La page officielle indiquait une réservation avant le 19 septembre ; les personnes souhaitant encore participer ont donc intérêt à vérifier directement auprès du Moulin si des places restent disponibles.

À 20 h 30, le groupe Make My Day prendra enfin le relais pour une soirée pop-rock et dansante, ouverte à tous, avant la fin des festivités prévue vers 23 h 30.

600 ans… et maintenant le septième siècle

Il aurait été facile de célébrer le Moulin d’Opio uniquement en regardant derrière soi.

Les vieilles pierres, les meules, les générations de mouliniers et les milliers de récoltes qui s’y sont succédé méritent évidemment cet hommage.

Mais l’histoire récente donne à cet anniversaire une dimension supplémentaire.

Lorsque l’exploitation familiale s’est arrêtée en 2023, la CASA a fait le choix de préserver le Moulin et surtout de maintenir sa fonction agricole. La campagne suivante a pu être assurée avec la SCIC Les Ferrages, avant qu’un projet à long terme ne soit confié aux Ferrages et à Neede.

Le patrimoine a ainsi été sauvegardé non pas simplement pour être conservé, mais pour continuer à servir.

Et c’est probablement le plus bel anniversaire que l’on puisse offrir à un moulin.

Six cents ans après la première huile produite sur le site, les olives continuent d’arriver à Opio, les machines continuent de tourner et l’huile continue de couler.

Le 26 septembre, on célébrera donc les six siècles passés. Mais surtout le début du septième.

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