L’eau du Pays de Grasse et de la Siagne
octobre 14, 2026 | by Jean-Claude JUNIN
À Lyon, Jérôme Viaud défend l’avenir de l’eau du Pays de Grasse et de la Siagne
Réuni jeudi 8 octobre 2026 à Lyon, le Comité de bassin Rhône-Méditerranée a examiné la situation préoccupante des ressources en eau, l’évolution des redevances pour 2027 et la préparation du futur Schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux (SDAGE). Présent en sa qualité de président de la Commission locale de l’eau du SAGE Siagne, Jérôme Viaud a défendu une conviction : pour préserver durablement l’eau, les territoires doivent pouvoir anticiper les crises plutôt que les subir.
Une réunion stratégique dans un contexte hydrologique inquiétant
La question de l’eau n’est plus seulement celle des sécheresses estivales ou des restrictions ponctuelles. Elle est devenue un enjeu structurel pour les territoires méditerranéens, confrontés à des épisodes de chaleur, à une pluviométrie irrégulière et à des besoins parfois concurrents.
C’est dans ce contexte que le Comité de bassin Rhône-Méditerranée s’est réuni le jeudi 8 octobre à Lyon, sous la présidence de Martial Saddier, président du Conseil départemental de la Haute-Savoie, en présence d’Étienne Guyot, préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes et préfet coordonnateur de bassin.
La situation hydrologique de l’été 2026 s’est révélée particulièrement dégradée. Sur la moitié nord du bassin, elle a même été plus grave que celle de l’été 2022, avec des cours d’eau à sec et des difficultés persistantes d’alimentation en eau potable.
Après une première partie d’été relativement contenue grâce à la recharge hivernale des nappes, aux précipitations alpines et aux mesures de restriction, les tensions se sont accentuées à partir du mois d’août.
Le constat est sans équivoque : l’adaptation au changement climatique ne peut plus attendre.

Jérôme Viaud porte la voix du Pays de Grasse
Parmi les participants figurait Jérôme Viaud, qui siège au Comité de bassin en qualité de président de la Commission locale de l’eau (CLE) du Schéma d’aménagement et de gestion des eaux (SAGE) de la Siagne. Pour lui, la priorité est claire : les collectivités doivent disposer des moyens nécessaires pour agir avant que les situations de pénurie ne s’aggravent.
Cette anticipation passe notamment par une meilleure connaissance des ressources disponibles, la réduction des consommations et la modernisation des infrastructures.
Le message dépasse la seule question de l’eau potable. Il concerne également l’agriculture, l’économie, le tourisme et la préservation des écosystèmes.
Car dans un territoire comme le Pays de Grasse, l’eau conditionne aussi bien la vie quotidienne des habitants que l’avenir de nombreuses activités.
La Siagne, une ressource essentielle mais vulnérable
Fleuve emblématique de l’ouest des Alpes-Maritimes et de l’est du Var, la Siagne constitue une ressource majeure pour l’alimentation en eau des populations, les activités économiques et les milieux naturels.
Son bassin versant rassemble des territoires aux caractéristiques très différentes : secteurs de montagne, espaces ruraux, zones agricoles, communes résidentielles et espaces fortement urbanisés.
Cette diversité rend la gestion de l’eau particulièrement délicate.
Une possible diminution de l’ordre de 20 % du débit de la Siagne à l’horizon 2050.
Six leviers pour mieux protéger la ressource. Jérôme Viaud défend plusieurs orientations complémentaires :
La sobriété des usages, d’abord, afin de réduire les consommations évitables sans remettre en cause les besoins essentiels des habitants et des activités économiques.
La performance des réseaux, ensuite. La recherche et la réparation des fuites permettent de limiter les volumes d’eau perdus entre les points de prélèvement et les usagers.
La diversification des ressources constitue une autre piste, à condition de respecter les équilibres écologiques et les contraintes sanitaires.
L’interconnexion des réseaux peut renforcer la sécurité de l’approvisionnement en permettant, lorsque les installations le rendent possible, une solidarité entre secteurs.
La réutilisation des eaux usées traitées représente également une solution à étudier pour certains usages compatibles avec la réglementation, notamment lorsque cela permet de préserver l’eau potable.
Enfin, un stockage raisonné et partagé pourrait contribuer à sécuriser certains besoins, sous réserve d’une évaluation de ses effets sur les milieux aquatiques.

Le SAGE Siagne : construire des solutions collectives
La gestion de l’eau ne peut se limiter aux frontières administratives d’une commune.
Une rivière traverse plusieurs territoires, alimente différents usages et dépend d’un équilibre hydrologique commun.
C’est précisément la raison d’être du SAGE Siagne, outil de planification locale destiné à organiser une gestion cohérente et durable de la ressource.
La Commission locale de l’eau rassemble les différents acteurs concernés par ces enjeux : collectivités, représentants des usagers, monde agricole, acteurs économiques, associations et services de l’État.
Dans son intervention publique, Jérôme Viaud insiste sur cette gouvernance collective.
L’objectif n’est pas d’opposer systématiquement les besoins des habitants à ceux de l’agriculture ou de l’économie, mais de rechercher des solutions compatibles avec la préservation des milieux naturels.
Cette approche suppose du dialogue, des arbitrages transparents et une vision à long terme.
Le futur SDAGE 2028-2033 au cœur des débats
À l’échelle du bassin Rhône-Méditerranée, les discussions ont également porté sur le futur Schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) 2028-2033.
Ce document stratégique fixe les grandes orientations de la politique de l’eau : préservation des ressources, qualité des milieux aquatiques, adaptation climatique et équilibre entre les usages.
Le projet avait été voté à l’unanimité par le Comité de bassin le 2 juillet 2026.
Mais son calendrier connaît désormais une évolution importante : Prendre en compte les nouvelles exigences de la loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles, promulguée le 18 août 2026 !
Cette loi prévoit notamment une analyse des conséquences socio-économiques du SDAGE sur l’agriculture. En conséquence, les consultations des assemblées concernées et du public sont reportées au printemps 2027.
Ce décalage doit permettre d’intégrer les nouvelles dispositions législatives et de garantir une meilleure information des parties prenantes.
Les redevances de l’eau évolueront en 2027
Autre sujet abordé à Lyon : l’évolution des taux de redevances applicables en 2027.
Le Comité de bassin a approuvé les dispositions précédemment adoptées par le conseil d’administration de l’Agence de l’eau.
Deux adaptations territoriales sont notamment mentionnées.
La première concerne la mise en place de taux spécifiques pour les redevances de performance des réseaux d’eau potable et des systèmes d’assainissement en Corse.
La seconde porte sur l’extension à la plaine de Crau du taux de redevance de prélèvement applicable à l’irrigation gravitaire, jusqu’alors appliqué à la Camargue.
Ces décisions visent à mieux tenir compte des particularités locales.
Étienne Guyot appelle à la solidarité entre territoires
Le préfet coordonnateur de bassin, Étienne Guyot, a souligné la nécessité d’adapter rapidement les usages à une ressource devenue plus incertaine.
Il a notamment rappelé que les crises hydrologiques risquent de mettre les territoires en concurrence.
Dans ce contexte, la solidarité entre usagers et entre collectivités devient un principe essentiel.
Martial Saddier, président du Comité de bassin, a pour sa part insisté sur le rôle de cette assemblée comme lieu de dialogue et de recherche d’équilibres durables.
Le Comité de bassin Rhône-Méditerranée compte 165 membres, représentant les collectivités territoriales, les usagers économiques et non économiques ainsi que l’État.
Il constitue ainsi une instance majeure de concertation sur la gestion de l’eau à l’échelle du bassin.

Pour le Pays de Grasse, agir aujourd’hui plutôt que réparer demain
Les débats lyonnais rappellent que la politique de l’eau se construit sur plusieurs décennies.
Réparer une canalisation, améliorer le rendement d’un réseau, protéger une ressource ou mettre en place une interconnexion nécessite des études, des financements et du temps.
Attendre qu’une sécheresse majeure révèle les fragilités d’un territoire revient souvent à devoir agir dans l’urgence, avec des solutions plus coûteuses et moins satisfaisantes.
Pour le Pays de Grasse et le bassin de la Siagne, l’enjeu consiste donc à inscrire les investissements dans une stratégie cohérente, partagée entre les collectivités et les différents utilisateurs de l’eau.
La réunion du 8 octobre ne règle évidemment pas toutes les difficultés.
Mais elle rappelle que les décisions prises aujourd’hui conditionneront la capacité des territoires à faire face aux tensions hydriques de demain.
Préserver l’eau de la Siagne, c’est protéger à la fois notre environnement, notre agriculture, notre économie et la qualité de vie des générations futures.
Et c’est précisément en privilégiant la coopération plutôt que la concurrence entre territoires que le Pays de Grasse pourra transformer les défis climatiques en projets collectifs et durables.
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