Un caporal de la Légion étrangère réussit l’incroyable évasion
septembre 7, 2026 | by Jean-Claude JUNIN
Colombie : enlevé par des dissidents des ex-FARC, un caporal de la Légion étrangère réussit l’incroyable évasion
Capturé le 6 août dans le département colombien de Nariño, José Olger Melo Charry, caporal colombien servant dans la Légion étrangère française, a réussi à fausser compagnie à ses ravisseurs. Plus remarquable encore : après son évasion, il aurait passé quatre jours à progresser seul dans une région montagneuse et difficile avant de rejoindre, par ses propres moyens, un poste de police dans la nuit du 5 au 6 septembre. Une aventure dont toutes les circonstances restent à établir, mais dans laquelle la formation militaire exigeante reçue à la Légion a très probablement constitué un précieux bagage.
Il y a des devises militaires qui prennent parfois une résonance particulière.
« Legio Patria Nostra » — La Légion est notre patrie.
Pour le caporal José Olger Melo Charry, l’histoire aurait pu connaître une issue infiniment plus sombre.
Un mois après avoir été enlevé dans le sud-ouest de la Colombie par des hommes appartenant à une dissidence des anciennes FARC, ce légionnaire colombien de l’armée française est aujourd’hui libre et vivant.
Et il ne doit sa liberté ni à une libération négociée ni, d’après les informations disponibles ce lundi 7 septembre, à une opération militaire.
Il s’est évadé.
Puis il a marché et survécu pendant quatre jours dans la nature avant de parvenir à rejoindre les forces de l’ordre.
Enlevé le 6 août dans le Nariño
L’affaire commence le 6 août 2026.
José Olger Melo Charry se trouve alors en Colombie. Originaire du département de Nariño, dans le sud-ouest du pays, il sert dans l’armée française comme caporal de la Légion étrangère.
Alors qu’il circule dans une zone rurale de Cumbitara, il est intercepté par des hommes armés. Les informations colombiennes indiquent qu’une femme qui l’accompagnait aurait également été retenue avant d’être relâchée quelques heures plus tard.
Le militaire, lui, reste prisonnier.
La région n’a rien d’anodin. Plusieurs groupes armés y sont implantés et tirent notamment leurs ressources du narcotrafic, de l’exploitation minière illégale et d’autres activités criminelles.
Pendant plusieurs semaines, l’incertitude demeure.
Puis, le 30 août, l’Estado Mayor Central (EMC), principale dissidence issue des anciennes FARC, revendique publiquement sa capture. Le groupe identifie précisément José Olger Melo Charry comme caporal et membre actif de la Légion étrangère de l’armée française.
À ce moment-là, le légionnaire est déjà détenu depuis plus de trois semaines.
Puis, soudain, l’évasion
Nous ne connaissons pas encore les circonstances précises de sa fuite.
Et il convient de ne pas les inventer.
Les enquêteurs colombiens doivent justement entendre le militaire lorsqu’il sera médicalement en état de répondre à leurs questions afin de déterminer comment il a réussi à échapper à ses gardiens et de reconstituer les conditions exactes de sa détention.
Une chose est en revanche établie par plusieurs médias colombiens : José Olger Melo Charry parvient à s’échapper.
Commence alors une seconde épreuve.
Il lui faut désormais éviter d’être repris et parvenir à rejoindre une zone contrôlée par les autorités.
Selon les informations attribuées initialement au quotidien colombien El Tiempo, il va passer quatre jours en situation d’« évasion et escape », progressant dans la végétation et le relief de cette région de la cordillère occidentale.
Quatre jours pendant lesquels il faut imaginer — sans prétendre connaître ce qu’il a réellement vécu — les difficultés élémentaires auxquelles se trouve confronté un homme seul : s’orienter, avancer, trouver de l’eau, gérer son épuisement, rester discret et surtout ne pas retomber entre les mains de ses ravisseurs.
23h30 : un homme apparaît devant un poste de police
L’épisode possède presque la construction d’un scénario de cinéma.
Dans la nuit du samedi 5 septembre, vers 23h30, un homme arrive à la sous-station de police du corregimiento d’El Ejido, dans la municipalité de Policarpa.
C’est José Olger Melo Charry.
Il vient d’atteindre par ses propres moyens les policiers colombiens après quatre jours de fuite.
Les forces de sécurité déclenchent alors les procédures destinées à assurer sa protection.
Le lendemain matin, dimanche 6 septembre, le caporal est évacué par hélicoptère vers Pasto, capitale du département de Nariño.
Il est conduit dans un établissement médical où il demeure sous observation, accompagné de sa famille.
Après un mois d’incertitude, le plus important tient finalement en trois mots :
il est vivant.

Quand la formation du légionnaire peut faire la différence
Reste évidemment une question : comment un homme parvient-il, après plusieurs semaines de captivité, à s’évader puis à tenir quatre jours dans un environnement difficile ?
Nous ne connaissons pas encore la réponse.
Mais il est impossible de ne pas penser à la formation reçue par tout légionnaire.
La Légion étrangère n’est pas une simple unité dans laquelle un volontaire enfile un uniforme après quelques formalités.
Tous les engagés volontaires passent par le 4e Régiment étranger de Castelnaudary, que la Légion elle-même définit comme son « creuset et son école ». Sa mission est d’assurer la formation initiale de tous les engagés volontaires, puis différentes formations de spécialistes et de cadres.
Le 4e Régiment étranger et la formation des légionnaires
Cette formation vise à fabriquer un soldat capable de fonctionner dans des situations difficiles, physiquement comme psychologiquement.
Instruction au combat, sport, vie sur le terrain, discipline, cohésion, capacité d’adaptation et apprentissage de la rusticité constituent cet environnement militaire.
José Olger Melo Charry est de surcroît caporal : il n’est donc plus un engagé venant tout juste de terminer ses classes.
Il faut cependant conserver une distinction essentielle : nous pouvons raisonnablement penser que sa formation militaire l’a aidé ; nous ne pouvons pas encore affirmer quelles techniques précises il a employées pour s’évader et survivre durant ces quatre journées.
Son témoignage permettra peut-être un jour de le savoir.
S’évader n’est que la moitié du problème
Dans une telle situation, franchir la surveillance de ses ravisseurs constitue une première victoire.
Encore faut-il ensuite ne pas être repris.
C’est là que la notion militaire d’évasion prend tout son sens.
Après plusieurs semaines de captivité, la fatigue physique et nerveuse est susceptible d’être considérable. Il faut pourtant conserver suffisamment de lucidité pour décider d’une direction, progresser, observer son environnement et éviter les zones dangereuses.
Dans une région montagneuse et boisée comme le Nariño, quelques kilomètres peuvent représenter des heures d’effort.
Et contrairement à ce que laisse croire le cinéma, une évasion réussie n’est pas nécessairement une succession d’actions spectaculaires.
Elle peut être faite d’attente.
De silence.
De patience.
De marche.
Et surtout d’une capacité essentielle chez un militaire : continuer lorsque le corps et l’esprit réclament de s’arrêter.
La rusticité, cette vieille école de la Légion
La Légion étrangère cultive depuis sa création une identité militaire fondée sur la rusticité, l’endurance et la cohésion.
Ce n’est pas du folklore.
La diversité des origines des engagés impose une formation capable de créer rapidement des automatismes communs, une discipline et un sentiment d’appartenance.
Le 4e Régiment étranger assure ainsi non seulement la formation initiale, mais également des formations dans les domaines du combat, du sport, des transmissions, de la santé, de la conduite ou encore de la maintenance, ainsi que la formation générale des cadres.
Dans une situation aussi extrême que celle vécue en Colombie, ces années d’apprentissage et d’expérience peuvent devenir autre chose qu’un savoir professionnel.
Elles peuvent devenir des réflexes de survie.
Un dénouement heureux, mais une affaire qui continue
La liberté retrouvée ne signifie pas que l’affaire est terminée.
Le Gaula Militar Nariño et le corps technique d’investigation du parquet colombien suivent le dossier. Une fois son état de santé jugé compatible avec une audition, José Olger Melo Charry devrait être interrogé afin de préciser les conditions de son enlèvement, de sa captivité et de son évasion, mais aussi d’identifier ses ravisseurs.
Son récit sera précieux.
Il permettra aussi de séparer ce que l’on sait aujourd’hui de ce que l’on imagine.
Car une évasion de ce type n’a pas besoin qu’on lui ajoute une légende : les faits connus sont déjà suffisamment exceptionnels.

Et maintenant, retour parmi les siens
Il appartiendra naturellement à la hiérarchie militaire française d’évaluer les circonstances exactes de cette affaire, y compris celles de son déplacement en Colombie, et de décider des suites administratives ou militaires éventuelles. Certaines sources colombiennes indiquent en effet qu’il aurait voyagé sans l’autorisation requise ; ce point devra être établi officiellement et ne doit pas être confondu avec le courage manifesté lors de son évasion.
Mais lorsqu’un soldat parvient à échapper à une organisation armée, à tenir plusieurs jours seul et à rejoindre par ses propres moyens les autorités, on peut souhaiter que cette remarquable capacité à survivre et à retrouver la liberté soit reconnue à sa juste mesure, selon les règles et traditions de son régiment.
Pas besoin d’inventer une médaille avant que l’armée française se soit prononcée.
Mais peut-être qu’au retour à la « maison régimentaire », une poignée de main appuyée, quelques mots du chef de corps et l’estime de ses camarades auront déjà une valeur particulière.
Car au-delà de l’uniforme, de la Légion et de cette incroyable aventure colombienne, l’essentiel est ailleurs.
Après un mois de captivité et quatre jours de fuite, José Olger Melo Charry a retrouvé sa liberté, sa famille et la sécurité.
Et pour un légionnaire qui vient de parcourir un chemin aussi difficile, c’est probablement déjà la plus belle des récompenses.
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