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Et soudain, la montagne est entrée dans les maisons

septembre 27, 2026 | by Jean-Claude JUNIN

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Gars : dans la nuit, la montagne est entrée dans les maisons

Dans la nuit du 24 au 25 août, alors qu’un violent épisode orageux traversait les Alpes-Maritimes, un important éboulement s’est produit à Gars, dans le Haut-Pays grassois. Des blocs rocheux ont atteint le secteur des Granges, endommageant huit habitations ainsi que la chapelle Saint-Pancrace. Deux habitants se trouvaient chez eux lorsque les rochers ont frappé leurs maisons. Aucun décès ni blessé n’est à déplorer. Un mois plus tard, la commune doit désormais affronter un autre défi : sécuriser une paroi rocheuse dont les travaux pourraient être particulièrement lourds.

Les photographies sont saisissantes.

Dans une chambre, un bloc de plusieurs centaines de kilos — voire davantage, son poids n’ayant pas été expertisé — a traversé la toiture avant de terminer sa course à quelques centimètres d’un lit. Tuiles, charpente et isolant jonchent le sol. Ailleurs, d’énormes blocs encombrent un passage entre les maisons. Des arbres ont été arrachés ou brisés et des pans de toiture portent encore les stigmates de l’événement.

Ce qui aurait pu devenir un drame humain majeur n’a, fort heureusement, fait aucune victime.

Selon les informations communiquées par Marino Cassez, maire de Gars, l’éboulement survenu dans la nuit du 24 au 25 août 2026 a affecté huit maisons et la chapelle Saint-Pancrace, dans le secteur du lieu-dit Les Granges.

Deux habitants se trouvaient notamment à leur domicile lorsque des blocs ont atteint leur habitation.

L’un d’eux a dû être relogé par la commune après qu’un rocher est entré dans sa maison. Il en est sorti indemne. Un second habitant, également présent chez lui lors de la chute de blocs, a subi d’importants dégâts matériels, là encore sans dommage corporel.

Au regard des photographies prises par Marino Cassez, maire de Gars, après l’événement, le bilan humain tient effectivement du miracle.

Le 24 août, une journée d’orages particulièrement violents

L’éboulement ne s’est pas produit dans un contexte météorologique ordinaire un bulletin d’alerte météorologique avait été émis en amont de l’épisode.

Il convient cependant de rester prudent sur le lien de causalité précis entre les précipitations de cette nuit-là et le déclenchement de l’éboulement : seule une expertise géologique et géotechnique peut déterminer les mécanismes exacts ayant provoqué le détachement des blocs.

Les connaissances scientifiques établissent néanmoins que les fortes précipitations font partie des facteurs naturels susceptibles de déclencher des éboulements et chutes de blocs, notamment en raison des pressions de l’eau dans les fractures du massif rocheux.

Un village littéralement adossé à la roche

À Gars, la question prend une dimension particulière en raison de la géographie même du village.

Le document d’urbanisme officiel de la commune décrit Gars comme un village adossé à la barre rocheuse des Fournès, dominant l’Estéron.

Cette configuration spectaculaire contribue évidemment au caractère exceptionnel du village, mais elle rappelle également la présence permanente du relief.

Huit maisons touchées

Selon le bilan communiqué, huit habitations ont été impactées.

Toutes ne présentent évidemment pas le même niveau de dommages, mais certaines ont été directement atteintes par des blocs.

Dans une habitation photographiée après le sinistre, la trajectoire du rocher est particulièrement impressionnante : toiture éventrée, charpente brisée, tuiles projetées dans la pièce et bloc immobilisé au pied du lit.

Dans les ruelles étroites séparant les constructions anciennes, d’autres photographies montrent des blocs de dimensions importantes accumulés contre les murs, mêlés aux branches et aux débris.

La topographie très resserrée du village ajoute une difficulté supplémentaire : l’accès aux zones sinistrées et l’évacuation de blocs de cette taille ne peuvent évidemment pas être envisagés comme sur un terrain ouvert.

Saint-Pancrace, un morceau du patrimoine de Gars également concerné

Parmi les bâtiments touchés figure, selon la mairie, la chapelle Saint-Pancrace.

Et il ne s’agit pas d’un édifice anodin dans l’histoire du village.

Les recherches patrimoniales situent sa construction probablement à la fin du XVIIIe ou au début du XIXe siècle. La date de 1823, gravée sur le linteau de sa porte, pourrait correspondre à sa construction. La chapelle, d’une superficie d’environ 88 m², était déjà mentionnée comme affectée au culte avant la Révolution dans l’inventaire de 1906, ce qui laisse subsister une incertitude sur sa chronologie exacte.

Elle demeure bien vivante dans la commune : en mai dernier encore, le programme municipal prévoyait la messe de la Saint-Pancrace, et une exposition photographique y était organisée pendant l’été 2026.

L’impact de l’éboulement dépasse donc les seuls biens privés : il touche également un élément du patrimoine collectif de Gars.

La commune demande la reconnaissance de catastrophe naturelle

Une procédure de reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle (CatNat) a été engagée, indique Marino Cassez.

À ce stade, il est essentiel de préciser que la reconnaissance n’est pas acquise : le dossier est en cours d’instruction.

La procédure nationale prévoit que les sinistrés déclarent leurs dommages à leur assureur et se manifestent auprès de leur mairie. La demande communale est ensuite instruite par les services compétents avant qu’une décision de reconnaissance ou de non-reconnaissance ne soit prise par arrêté interministériel. Les mouvements de terrain figurent bien parmi les phénomènes pouvant relever du régime CatNat lorsqu’en sont réunies les conditions légales.

Pour une commune de la taille de Gars et pour les habitants concernés, l’issue de cette procédure revêt évidemment une importance considérable.

Et maintenant, sécuriser la falaise

Une fois l’urgence passée, commence probablement la partie la plus complexe du dossier.

« Nous allons devoir enclencher des travaux de sécurisation de la paroi rocheuse », explique le maire.

Selon les premiers éléments communiqués par Marino Cassez, la configuration des lieux rendrait une purge de la paroi impossible. La municipalité s’oriente donc vers d’autres solutions de sécurisation qui devront être définies techniquement.

Et le coût pourrait être considérable.

Dans ce type de situation, les interventions peuvent nécessiter des études géotechniques et des dispositifs spécifiquement adaptés au massif et aux trajectoires potentielles des blocs. Il serait prématuré, en l’absence d’étude technique communiquée, d’affirmer quelle solution sera retenue à Gars.

La commune prévoit déjà de solliciter ses différents partenaires pour l’accompagner financièrement.

Un avertissement grandeur nature

L’événement de Gars rappelle brutalement une réalité familière aux communes du Haut-Pays : les paysages qui font leur beauté constituent aussi parfois une contrainte naturelle majeure.

Géorisques rappelle que les communes de montagne sont particulièrement concernées par les phénomènes liés à l’instabilité des versants et des falaises et que les mouvements de terrain peuvent occasionner des dommages humains et socio-économiques considérables.

Mais derrière les termes techniques — éboulement, mouvement de terrain, sécurisation de paroi, CatNat — il reste surtout des habitants.

Des habitants qui, cette nuit-là, dormaient ou se trouvaient tranquillement chez eux lorsqu’une partie de la montagne s’est détachée au-dessus du village.

À Gars, personne n’a perdu la vie. C’est aujourd’hui l’essentiel. Il reste désormais à réparer les maisons, protéger le patrimoine et surtout sécuriser durablement le secteur pour que les habitants puissent retrouver la tranquillité qui caractérise habituellement ce petit village de l’Estéron.

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