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Le préfet au cœur d’une filière parfum qui conjugue héritage, industrie et innovation

septembre 29, 2026 | by Jean-Claude JUNIN

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À Grasse et Mouans-Sartoux, le préfet au cœur d’une filière parfum qui conjugue héritage, industrie et innovation

De PRODAROM à Payan Bertrand, puis des producteurs de fleurs à l’Aromatic FabLab, la visite du préfet des Alpes-Maritimes a permis de parcourir presque toute la chaîne qui fait la singularité du Pays de Grasse : cultiver, transformer, créer, produire et transmettre. Une filière profondément enracinée dans l’histoire locale, mais qui regarde aussi vers l’innovation et l’avenir.

À Grasse, parler de parfum ne revient jamais tout à fait à parler d’une industrie comme une autre. Derrière les flacons et les grandes maisons se trouve tout un écosystème : agriculteurs, producteurs de matières premières, transformateurs, aromaticiens, parfumeurs, industriels, chercheurs, organismes professionnels et structures de formation.

C’est cet ensemble que le préfet des Alpes-Maritimes est venu rencontrer à l’occasion d’un déplacement consacré à la filière aromatique et aux plantes à parfum, avec deux étapes complémentaires : Grasse, autour de PRODAROM et de l’entreprise Payan Bertrand, puis Mouans-Sartoux, auprès des Fleurs d’Exception du Pays de Grasse et de l’Aromatic FabLab.

PRODAROM, une organisation née à Grasse

La première rencontre s’est tenue avec les membres de PRODAROM, Syndicat national des fabricants de produits aromatiques.

L’organisation représente les fabricants d’ingrédients et de compositions destinés à la parfumerie et défend les intérêts de la profession aux niveaux territorial, national, européen et international. Ses adhérents interviennent notamment dans l’extraction de matières naturelles, leur purification, la synthèse de molécules aromatiques ou encore la création de compositions parfumantes.

Son histoire est elle-même intimement liée à celle de Grasse. PRODAROM fait remonter ses origines à l’Association syndicale des parfumeurs et distillateurs de l’arrondissement de Grasse en 1882, puis au Syndicat des Parfumeurs-Distillateurs de Grasse et des Alpes-Maritimes, constitué en 1898. La structure actuelle résulte notamment de la fusion, en 1974, des organisations représentant les produits aromatiques naturels et de synthèse.

Cette continuité historique permet de mesurer combien la parfumerie grassoise a changé de dimension. Aux matières naturelles et aux savoir-faire traditionnels se sont ajoutées la chimie, la réglementation internationale, la sécurité des produits, les impératifs environnementaux et des marchés désormais mondialisés.

Les chiffres publiés par PRODAROM témoignent également du poids économique de cette activité. Pour les douze sociétés entrant dans ses statistiques 2025 — représentant, précise le syndicat, plus de 70 % du chiffre d’affaires de ses membres actifs et partenaires — PRODAROM indique 3 911 salariés dans le Pays de Grasse, soit une progression de 4,5 % par rapport à 2024.

Payan Bertrand : depuis 1854, l’industrie grassoise se transforme

Le déplacement s’est poursuivi chez Payan Bertrand, entreprise familiale grassoise spécialisée dans les matières premières aromatiques naturelles et les compositions parfumées.

L’histoire commence en 1854. L’entreprise indique s’être d’abord spécialisée dans le traitement des matières premières locales — jasmin, rose, feuille de violette ou mimosa — avant d’élargir ses approvisionnements et ses procédés. Distillation, extraction par solvants volatils, distillation fractionnée puis moléculaire : son parcours illustre l’évolution technique de l’industrie grassoise.

Aujourd’hui, Payan Bertrand revendique une implantation commerciale dans plus de 60 pays et indique exporter 90 % de sa production.

La préfecture souligne par ailleurs son statut d’Entreprise du patrimoine vivant (EPV) et son caractère familial. Le déplacement prend ici une dimension particulièrement symbolique : montrer qu’un patrimoine industriel n’est pas nécessairement figé dans le passé.

L’entreprise prépare d’ailleurs une nouvelle étape de son développement. Payan Bertrand annonçait en novembre 2025 un investissement de 12 millions d’euros pour construire au Plan de Grasse un nouveau site industriel de 2 800 m² consacré aux compositions parfumées, avec une ouverture annoncée pour la fin 2026.

Un patrimoine reconnu par l’UNESCO, mais surtout un savoir-faire vivant

Cette articulation entre tradition et activité économique contemporaine est précisément au cœur de la reconnaissance obtenue par le territoire.

Depuis 2018, les « savoir-faire liés au parfum en Pays de Grasse » figurent sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO.

Et la formulation exacte est importante : l’UNESCO n’a pas inscrit « le parfum de Grasse » comme un simple produit. La reconnaissance porte sur trois ensembles de savoir-faire complémentaires : la culture de la plante à parfum, la connaissance des matières premières naturelles et leur transformation, et l’art de composer le parfum.

Autrement dit, du champ jusqu’à la composition, c’est toute une chaîne humaine de connaissances et de transmission qui est reconnue.

À Mouans-Sartoux, retour à la terre

Après l’industrie, la visite s’est donc logiquement tournée vers l’amont de cette chaîne.

À Mouans-Sartoux, le préfet a rencontré Les Fleurs d’Exception du Pays de Grasse, association engagée dans la préservation et la valorisation des productions florales du territoire, l’accompagnement des producteurs et le développement de la filière des plantes à parfum, aromatiques et médicinales.

Ici encore, patrimoine et économie ne s’opposent pas : préserver les fleurs du Pays de Grasse suppose aussi de permettre à des exploitations agricoles de vivre, à de nouveaux producteurs de s’installer et à leurs productions de trouver des débouchés.

L’Aromatic FabLab, laboratoire de la fleur grassoise de demain

C’est précisément l’une des missions de l’Aromatic FabLab, également visité au cours du déplacement.

Installé à Mouans-Sartoux, cet équipement est présenté par Les Fleurs d’Exception comme un centre de ressources et d’expérimentation. Il comprend notamment une pépinière, des activités de recherche et développement, des dispositifs de transmission des savoir-faire et d’accompagnement des porteurs de projets. Il est également labellisé « Manufacture de proximité » par l’État.

Une nouvelle étape a été franchie le 15 juin 2026 avec l’inauguration d’un laboratoire mutualisé de transformation végétale. Celui-ci permet aux agriculteurs du territoire de transformer leurs productions biologiques, notamment par distillation ou séchage.

Selon la communication de la préfecture relayée à l’occasion de la visite, cet équipement, ouvert cet été, a bénéficié d’un cofinancement de l’État dans le cadre de France Relance, afin de soutenir l’innovation et la valorisation des savoir-faire locaux.

La logique est intéressante : produire la plante est une chose ; disposer localement des équipements permettant de l’expérimenter, de la transformer et de mieux la valoriser en est une autre. C’est précisément sur cette articulation que repose une partie de l’avenir économique de la filière.

 

De la fleur à l’usine, un même territoire

Cette visite préfectorale aura finalement eu le mérite de mettre bout à bout des acteurs que le grand public connaît parfois séparément.

D’un côté, des producteurs qui entretiennent les terres et maintiennent la culture des plantes à parfum. De l’autre, des entreprises capables d’extraire, de transformer, de composer et d’exporter. Entre les deux, des structures collectives qui accompagnent les professionnels, développent de nouveaux outils, transmettent les compétences et représentent la filière.

C’est probablement là que réside l’une des forces particulières du Pays de Grasse : le parfum n’y est ni seulement un héritage touristique, ni seulement une industrie. Il demeure une chaîne économique complète dont plusieurs maillons continuent d’être présents sur le même territoire.

Les photographies de cette journée en donnent d’ailleurs une illustration très concrète : réunion avec les professionnels, visite des installations industrielles, échanges avec les producteurs et découverte des cultures et des équipements de transformation.

À l’heure où de nombreux territoires cherchent à relocaliser des savoir-faire et à rapprocher agriculture, transformation, innovation et industrie, le Pays de Grasse dispose ainsi d’un héritage exceptionnel — à condition de continuer à le faire vivre. Des champs de plantes à parfum aux ateliers industriels, la meilleure manière de préserver cette histoire reste sans doute de continuer à en écrire la suite.

Crédits photos : Préfecture des Alpes-Maritimes / Ville de Grasse / Les Fleurs d’Exception du Pays de Grasse

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