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Marie Tissot, mémoire vivante du Mougins des artistes

août 23, 2026 | by Jean-Claude JUNIN

HD Marie Tissot – marie-tissot-mougins

Marie Tissot, mémoire vivante du Mougins des artistes

À 86 ans, Marie Tissot continue de peindre dans son atelier-galerie de la rue des Lombards, au cœur du vieux Mougins. Plus d’un demi-siècle de création, quarante années passées dans le village, des expositions en France et à l’étranger, mais aussi une multitude de rencontres et de souvenirs : derrière l’artiste se dessine aujourd’hui un précieux témoin d’une époque où Mougins attirait peintres, sculpteurs, galeristes, écrivains et grandes figures de passage. Son œuvre et sa mémoire racontent, chacune à leur manière, une histoire profondément humaine du village.

Il est des artistes dont l’œuvre finit par devenir indissociable d’un lieu. Marie Tissot appartient incontestablement à cette histoire de Mougins.

Depuis 1985, son atelier-galerie est installé au 63, rue des Lombards, dans les ruelles du vieux village. Elle habite juste au-dessus. Quarante et un ans, donc, à regarder Mougins vivre, se transformer, accueillir de nouveaux artistes, voir disparaître certaines enseignes et apparaître de nouvelles galeries.

Et, pendant tout ce temps, elle a peint.

À 86 ans, Marie Tissot demeure fidèle à son atelier, à ses pinceaux et surtout à cette liberté artistique qu’elle a toujours revendiquée. Mais au fil des décennies, une autre richesse s’est constituée : celle de ses souvenirs.

Car lorsqu’elle raconte Mougins, ce ne sont plus seulement des dates ou des noms. Ce sont des visages, des rencontres, des ateliers, des commerçants, des artistes et toute une atmosphère qui réapparaissent.

Une Niçoise aux racines toscanes

Marie Tissot naît à Nice en 1939, dans une famille d’origine toscane.

Très tôt, elle se passionne pour le dessin et la couleur. Cette inclination devient rapidement une vocation. Elle étudie à l’École des Arts de la ville de Nice, puis poursuit sa formation à l’Académie des Beaux-Arts de Trèves, en Allemagne.

Commence alors un parcours artistique qui dépassera largement les frontières de la Côte d’Azur.

Un moment important intervient en 1973, lorsqu’elle obtient le Grand Prix de New York. Sa carrière prend une dimension internationale.

Au fil des années, Marie Tissot expose en France et à l’étranger. Elle participe notamment au Salon d’Automne et au Salon des Indépendants, au Grand Palais à Paris. Ses œuvres voyagent également à Londres, San Francisco, New York, Palm Beach, Florence ou encore Kobe.

Ses peintures rejoignent progressivement des collections dans différents pays.

Mais c’est finalement dans un village perché des Alpes-Maritimes qu’elle choisira de poser durablement ses pinceaux.

1985 : la rencontre avec Mougins

Lorsque Marie Tissot découvre Mougins en 1985, le village vit une période particulièrement brillante.

La gastronomie contribue largement à sa renommée. Roger Vergé, le Moulin de Mougins et l’Amandier participent à attirer une clientèle française et internationale. Dans les ruelles, restaurants, commerces, ateliers et galeries entretiennent une vie culturelle intense.

Marie Tissot arrive pourtant presque simplement.

Elle vient annoncer une prochaine exposition à une commerçante du village, connue sous le nom de « Marie l’épicière ».

Cette dernière aime l’art. Elle découvre le travail de la peintre, s’enthousiasme et lui propose un local pour installer son atelier.

Une proposition qui va changer le cours de sa vie.

Marie Tissot choisit Mougins.

Elle n’en repartira plus.

Selon la Ville, elle est alors la première artiste à s’installer dans le village. D’autres peintres, sculpteurs et galeristes suivront progressivement, contribuant à cette identité artistique qui reste aujourd’hui encore profondément associée au vieux Mougins.

Rue des Lombards, quarante ans derrière le chevalet

Depuis cette époque, son adresse n’a pas changé : 63, rue des Lombards.

Son atelier est aussi sa galerie. On y retrouve ce qui constitue l’univers de Marie Tissot : des personnages, des paysages, des fleurs, des villages, des architectures, la Méditerranée, la Provence et les souvenirs de voyages.

Les œuvres présentées témoignent d’ailleurs de l’étendue de son vocabulaire pictural.

Dans une scène de marché aux fleurs, la toile déborde littéralement de couleurs. Les bouquets occupent presque tout l’espace, tandis que les personnages émergent de cette profusion végétale.

Ailleurs, Venise devient une apparition : masques, visages énigmatiques et coupoles se mêlent dans une palette de roses, de blancs et de bleus.

Dans une autre toile, Mougins apparaît comme un village méditerranéen presque rêvé, dominant un paysage dans lequel une femme assise au premier plan semble contempler le chemin conduisant vers les maisons.

Et puis il y a cette œuvre beaucoup plus sombre consacrée à Notre-Dame en flammes : une architecture tourmentée, traversée de noirs, d’ocres, de bleus et de rouges, où la matière picturale semble elle-même participer au drame de l’incendie.

Autant d’œuvres différentes qui montrent combien Marie Tissot a refusé de s’enfermer dans une formule.

Une « peintre de la réalité poétique »

Elle définit elle-même son travail par une expression qui lui ressemble : « peintre de la réalité poétique ».

La réalité, parce que ses œuvres naissent volontiers de lieux, de personnages, de paysages ou de scènes observées.

La poésie, parce que la fidélité photographique ne l’intéresse pas.

Marie Tissot interprète davantage qu’elle ne reproduit. Les perspectives peuvent s’assouplir, les personnages devenir presque des silhouettes, les couleurs prendre le pas sur le réel et la matière se faire tantôt légère, tantôt généreuse.

Elle pratique l’huile, l’aquarelle, le pastel, le dessin, la gravure, la lithographie et la sculpture.

Cette diversité technique traduit surtout un principe auquel elle est restée attachée pendant toute sa carrière : la liberté.

Liberté de changer de sujet, de technique, de palette. Liberté aussi de ne pas suivre les modes ou les courants dominants.

Mougins et la Provence, territoires d’inspiration

Dans cette œuvre abondante, Mougins et la Provence occupent naturellement une place privilégiée.

La toile représentant le village en constitue un bel exemple : maisons imbriquées, végétation méditerranéenne, cyprès, lumière méridionale et silhouette féminine composent moins une représentation topographique qu’une évocation affective du lieu.

Car après plus de quarante années, Mougins n’est plus simplement un sujet pour Marie Tissot : il est devenu son environnement quotidien, son atelier à ciel ouvert et une partie de son histoire personnelle.

2021, cinquante ans de peinture célébrés par Mougins

En 2021, la Ville de Mougins célèbre les cinquante années de peinture de Marie Tissot.

Une exposition lui est consacrée au Lavoir, réunissant une quarantaine d’œuvres.

C’est à la fois une rétrospective et une reconnaissance de la place occupée par l’artiste dans l’histoire culturelle locale.

À cette occasion, le maire Richard Galy lui remet également la médaille de Citoyenne d’Honneur de la Ville.

Une distinction particulièrement symbolique pour celle qui, arrivée à Mougins en 1985, aura finalement consacré une grande partie de son existence au village.

Quand les souvenirs complètent les archives

Mais il existe aujourd’hui une autre facette de Marie Tissot, peut-être moins visible que ses tableaux et pourtant particulièrement précieuse.

Sa mémoire.

Après plus de quarante ans passés dans le même village, elle a connu plusieurs générations d’artistes, de commerçants, d’habitants et de personnalités.

Elle a vu évoluer les rues, les galeries et les ateliers.

Elle a connu un Mougins où la renommée de Roger Vergé faisait venir des visiteurs du monde entier et où la présence des artistes participait directement à l’atmosphère du village.

Ces souvenirs constituent une forme d’archive orale.

Ils ne remplacent évidemment pas les documents historiques, les photographies ou les archives municipales. Ils leur apportent autre chose : la perception intime de celle qui était là.

L’Histoire conserve les dates. La mémoire, elle, conserve souvent les détails.

Une conversation, une rencontre inattendue, une personnalité entrant dans un atelier, un artiste installé quelques maisons plus loin, une anecdote autour d’un commerce aujourd’hui disparu…

C’est précisément cette matière humaine qui fait de Marie Tissot bien davantage qu’un témoin.

Un atelier qui raconte une époque

La photographie prise dans son atelier est particulièrement évocatrice.

Marie Tissot y apparaît souriante, assise devant ses dessins et entourée d’œuvres, d’objets, de couleurs et de tout ce qui constitue l’environnement familier d’un artiste ayant accumulé plusieurs décennies de création.

À sa gauche, sur le chevalet, un visage féminin dessiné en quelques lignes semble observer silencieusement la scène.

Cette image pourrait presque servir de métaphore : dans cet atelier de la rue des Lombards, le présent et le passé cohabitent.

On vient y voir des tableaux, bien sûr.

Mais on peut également y rencontrer une femme qui a connu de l’intérieur une partie de l’aventure artistique mouginoise.

Marie Tissot, artiste et passeuse de mémoire

Il serait finalement réducteur de résumer Marie Tissot à ses nombreuses expositions ou aux distinctions reçues.

Son parcours raconte aussi une fidélité exceptionnelle à un lieu.

Une artiste née à Nice, formée en France et en Allemagne, récompensée à New York, exposée de Paris à Londres, de San Francisco à Florence ou Kobe, aurait pu multiplier les ports d’attache.

Elle a choisi Mougins.

Et depuis 1985, au 63 rue des Lombards, elle continue d’y peindre.

À 86 ans, Marie Tissot appartient désormais à ces personnes dont la parole devient progressivement un patrimoine en elle-même. Parce qu’elle ne raconte pas seulement sa propre carrière : à travers elle ressurgit tout un chapitre de la vie culturelle du vieux village.

Il serait précieux que ses souvenirs, ses anecdotes et ses rencontres puissent être progressivement recueillis et transmis. Car derrière l’histoire officielle du « Mougins des artistes » demeure une multitude de petites histoires que seuls ceux qui les ont vécues peuvent encore raconter.

Et la plus belle conclusion est peut-être là : plus de cinquante ans après ses premiers pas de peintre et plus de quarante ans après son arrivée à Mougins, Marie Tissot est toujours dans son atelier, toujours entourée de ses œuvres et toujours animée par l’envie de créer et de partager. Tant que ses pinceaux continueront à courir sur la toile et que sa mémoire fera revivre les artistes d’hier, une part du vieux Mougins continuera, elle aussi, à vivre.

Marie Tissot – Atelier-galerie
63 rue des Lombards – 06250 Mougins
Tél. : 06 13 17 54 59
mtissot.artiste@wanadoo.fr
Site de Marie Tissot

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