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Un pèlerinage entre foi, parfums et mémoire grassoise

septembre 6, 2026 | by Jean-Claude JUNIN

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De Grasse à Notre-Dame de Valcluse : un pèlerinage entre foi, parfums et mémoire grassoise

Ce dimanche, de nombreux fidèles ont renoué avec une tradition profondément enracinée dans l’histoire du Pays de Grasse : le pèlerinage à Notre-Dame de Valcluse. Autour du Père François-Régis Jamain et des prêtres de la paroisse Saint-Honorat, la procession a traversé Grasse avant de prendre le chemin du sanctuaire. Les Templiers du Devoir accompagnaient également ce temps de ferveur populaire. Une tradition séculaire qui raconte aussi les liens singuliers entretenus par les Grassois — et notamment les métiers du parfum — avec « La Notre-Dame » du Pays de Grasse.

Il existe des traditions qui survivent parce qu’elles figurent au programme des festivités.

Et puis il en existe d’autres que l’on continue tout simplement à vivre.

Le pèlerinage de Notre-Dame de Valcluse appartient incontestablement à cette seconde catégorie.

Ce dimanche, familles, paroissiens et fidèles se sont une nouvelle fois retrouvés pour prendre la route de ce sanctuaire marial niché à Auribeau-sur-Siagne, mais que plusieurs siècles d’histoire ont profondément rattaché à Grasse.

Autour du Père François-Régis Jamain, des prêtres de la paroisse Saint-Honorat et des Templiers du Devoir, la procession a ainsi renoué avec une tradition qui dépasse largement le simple rendez-vous religieux annuel.

Les images de cette édition en témoignent : une statue de la Vierge abondamment fleurie portée à épaules d’hommes, des bannières, une icône, les vêtements blancs marqués de la croix rouge des Templiers du Devoir, des prêtres et, derrière eux, les fidèles marchant ensemble dans les rues du centre ancien.

Une scène qui semble appartenir à un autre temps et qui, pourtant, continue à s’inscrire naturellement dans le Grasse d’aujourd’hui.

Valcluse, « La Notre-Dame » du Pays de Grasse

Pour comprendre cet attachement, il faut remonter très loin dans l’histoire locale.

La première mention connue d’une chapelle dédiée à Marie à Valcluse remonte au XIIe siècle. Un document de 1154 mentionne le site parmi les possessions des chanoines de Saint-Ruf. Le sanctuaire réapparaît ensuite dans les sources médiévales avant que les documents du XVIIe siècle ne permettent de suivre beaucoup plus précisément son histoire.

Valcluse signifie littéralement « vallée close ».

Le nom correspond parfaitement au lieu : un vallon encaissé entre des collines boisées, parcouru par un cours d’eau et suffisamment éloigné de l’agitation urbaine pour avoir conservé cette atmosphère particulière de fraîcheur et de recueillement.

Aujourd’hui encore, le sanctuaire se présente comme un lieu de prière entouré de verdure. La chapelle actuelle remonte au XVIIe siècle et l’ensemble est animé depuis 1995 par la Communauté des Béatitudes.

Lorsque les Grassois descendaient en procession vers Valcluse

Mais si le sanctuaire se trouve géographiquement sur la commune d’Auribeau-sur-Siagne, son histoire est intimement liée à Grasse.

Les sources historiques attestent des processions et pèlerinages venus de Grasse, mais aussi de Mouans-Sartoux et de Cabris. Les pénitents grassois se rendaient eux aussi à Valcluse.

Au début du XVIIe siècle déjà, un évêque décrivait un sanctuaire vers lequel accourait une foule importante par dévotion. Au fil du temps, Valcluse devient ainsi ce que les habitants appelleront affectueusement « La Notre-Dame » du Pays de Grasse.

Le pèlerinage d’aujourd’hui ne constitue donc pas la reconstitution folklorique d’une ancienne coutume.

Il est la continuation d’un chemin emprunté par des générations de Grassois.

1724 : la nouvelle église est consacrée

Le développement de la dévotion entraîne naturellement des transformations du sanctuaire.

La modeste chapelle des origines est agrandie au XVIIe siècle. Puis, le 8 mai 1724, Monseigneur Joseph de Mesgrigny, évêque de Grasse, consacre solennellement la nouvelle église de Valcluse.

Trois siècles plus tard, en mai 2024, cet anniversaire faisait d’ailleurs l’objet d’une grande commémoration réunissant à nouveau les habitants du Pays de Grasse.

L’histoire du sanctuaire connaît évidemment des périodes plus difficiles. La Révolution interrompt un temps processions et solennités. En 1803, la chapelle est acquise par un groupe d’« actionnaires ».

Mais le lien grassois ne disparaît pas.

Au contraire.

Les prêtres de Grasse font renaître Valcluse

À partir de la fin du XIXe siècle, ce sont notamment les prêtres de Grasse qui participent activement à la restauration du sanctuaire.

Le chanoine Villebenoît rachète le domaine et Valcluse retrouve progressivement son rayonnement. Cette renaissance aboutira notamment aux grandes cérémonies du Couronnement de la Vierge en 1950.

Puis, en 1979, le père Léon Repetto, autre membre du clergé grassois, est à l’origine de la création de l’Association des Amis de Notre-Dame de Valcluse.

Sous l’impulsion de son premier président Robert Bartolozzi et grâce à une importante mobilisation, le site est restauré et réaménagé. L’association poursuit encore aujourd’hui son action en faveur de la sauvegarde et de l’embellissement du sanctuaire.

Ainsi, siècle après siècle, Grasse n’a jamais véritablement quitté Valcluse.

Un sanctuaire également cher aux parfumeurs

Et c’est ici que l’histoire religieuse rejoint une autre histoire, indissociable de l’identité grassoise : celle du parfum.

Les métiers de la parfumerie ont, au cours du temps, participé aux hommages rendus à la Vierge et entretenu cette tradition de pèlerinage.

Le rapprochement est finalement moins surprenant qu’il n’y paraît.

L’histoire du chemin conduisant de Grasse vers Valcluse passe par le quartier Saint-Jacques. Or l’ancien domaine religieux de Saint-Jacques connaîtra lui-même une destinée étonnante : après la Révolution, les bâtiments sont vendus comme biens nationaux en 1793 à Antoine Chiris, parfumeur, qui y installe une distillerie puis une usine. La maison Chiris deviendra ensuite l’un des grands noms de la parfumerie grassoise.

Sur ce territoire, histoire religieuse, histoire industrielle et histoire familiale se croisent donc constamment.

Le pèlerinage de Valcluse est aussi le reflet de cette Grasse où les générations de cultivateurs de fleurs, ouvriers, parfumeurs et négociants ont construit une identité commune.

Des fleurs pour celle qui accompagne le chemin

La statue portée dimanche résume presque à elle seule cette rencontre entre les différentes histoires de Grasse.

La Vierge apparaît au milieu d’une abondante composition de fleurs blanches et bleues.

À Grasse, évidemment, la fleur possède une signification particulière.

Elle est à la fois nature, travail, industrie, savoir-faire et patrimoine.

Elle accompagne ici la dévotion.

Pendant quelques heures, les fleurs ne sont plus destinées à l’enfleurage, à l’extraction ou à la composition d’une fragrance : elles deviennent offrande.

Une autre manière de raconter cette relation singulière entre la cité des parfums et son sanctuaire marial.

Les ex-voto racontent les peurs et les espoirs de plusieurs générations

Valcluse conserve également une remarquable tradition d’ex-voto.

Ces objets ou tableaux déposés en remerciement d’une grâce constituent aujourd’hui de précieux témoignages de l’histoire populaire du Pays de Grasse.

Ils racontent les accidents, les maladies, les dangers, les naissances espérées, les voyages et toutes ces circonstances dans lesquelles des hommes et des femmes se sont tournés vers Notre-Dame.

La collection du sanctuaire a d’ailleurs fait l’objet d’un important travail historique et photographique.

Derrière l’objet religieux apparaît alors quelque chose de beaucoup plus universel : la mémoire des inquiétudes et des espérances de ceux qui nous ont précédés.

Les Templiers du Devoir dans la procession

Cette édition était également marquée par la présence particulièrement visible des Templiers du Devoir, reconnaissables sur les photographies à leurs manteaux blancs frappés d’une croix rouge et à leurs bannières.

Il convient ici d’éviter une confusion historique fréquente : les organisations contemporaines se réclamant de l’héritage ou de la spiritualité templière ne constituent pas la continuation institutionnelle de l’ordre médiéval du Temple, supprimé au début du XIVe siècle.

Mais leur présence dans cette procession s’inscrit dans une démarche contemporaine de spiritualité chrétienne et de participation aux cérémonies religieuses.

Et l’évocation templière trouve une résonance locale particulière : les Templiers médiévaux sont attestés à Grasse dès le XIIe siècle et obtiennent en 1211 l’autorisation de fonder une église et un cimetière dans le secteur de Saint-Jacques.

Là encore, l’histoire fait un curieux clin d’œil au présent.

Une procession religieuse, mais aussi un patrimoine vivant

Croire ou ne pas croire relève évidemment de l’intime.

Mais il existe, autour de ces pèlerinages anciens, quelque chose qui dépasse la seule pratique religieuse.

Une procession comme celle de Valcluse constitue aussi un patrimoine vivant.

Les gestes se transmettent.

La statue est portée.

Les chants sont repris.

Les générations marchent les unes derrière les autres.

Et les rues du vieux Grasse deviennent, durant quelques instants, le décor d’une tradition que les mêmes pierres ont probablement vue passer sous des formes différentes depuis des siècles.

C’est précisément ce qui distingue le patrimoine vivant du patrimoine monumental : il ne suffit pas de le restaurer.

Il faut continuer à le pratiquer pour qu’il existe.

Une tradition ouverte à tous

Aujourd’hui encore, le pèlerinage demeure un moment de ferveur, de recueillement, mais aussi de rencontre et de partage, ouvert à la population.

Les familles y côtoient les fidèles habituels, les membres des communautés religieuses et ceux qui viennent parfois davantage par attachement aux traditions locales.

Cette diversité fait aussi la force du rendez-vous.

Car Valcluse appartient évidemment aux croyants qui viennent y prier, mais le sanctuaire appartient également à l’histoire collective du Pays de Grasse.

Le diocèse de Nice lui reconnaît aujourd’hui le statut de sanctuaire diocésain.

Merci également à ceux qui veillent sur la procession

Un tel pèlerinage suppose enfin une organisation discrète mais indispensable.

La présence des policiers municipaux permet de sécuriser le passage de la procession, de gérer les interactions avec la circulation et d’assurer que les participants puissent cheminer dans de bonnes conditions.

Un travail qui mérite lui aussi d’être salué.

Car derrière les traditions les plus anciennes se trouvent toujours des femmes et des hommes d’aujourd’hui qui permettent qu’elles continuent.

Le même chemin, génération après génération

Depuis les premières mentions médiévales de Valcluse jusqu’à la procession de ce dimanche, près de neuf siècles nous contemplent.

Le monde a changé.

Grasse aussi.

Les petites fabriques sont devenues des industries internationales, les chemins ont laissé place aux routes, les générations de parfumeurs se sont succédé et la ville s’est étendue bien au-delà de ses anciens remparts.

Et pourtant, une fois par an, des Grassois continuent de prendre le chemin de Valcluse.

Peut-être est-ce finalement cela, une tradition réussie : non pas regarder obstinément vers le passé, mais prendre ce qu’il nous a transmis pour continuer à avancer.

Ce dimanche encore, derrière une Vierge entourée de fleurs, croyants, familles et amoureux du patrimoine grassois ont refait ensemble un chemin plusieurs fois centenaire.

Et tant que des hommes, des femmes et des enfants continueront à marcher de Grasse vers « La Notre-Dame » de Valcluse, cette histoire restera non seulement une mémoire, mais une histoire vivante.

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