Avec une ouverture annoncée pour juin 2027
octobre 4, 2026 | by Jean-Claude JUNIN
Grasse : le futur crématorium des Roumiguières prend forme, avec une ouverture annoncée pour juin 2027
Le chantier du futur crématorium de Grasse a fait l’objet d’une visite le 2 octobre, en présence du maire Jérôme Viaud et des équipes mobilisées sur le projet. Implanté à proximité du cimetière des Roumiguières, l’équipement représente un investissement annoncé de près de 12 millions d’euros, financé par la Ville. Avec une première ligne capable d’assurer jusqu’à 1 500 crémations par an, il doit surtout répondre à une évolution profonde des pratiques funéraires et à un besoin de proximité dans tout le bassin grassois. Particularité importante : la Ville a choisi une gestion directe en régie municipale, et non une délégation de service public.

Un chantier désormais bien visible
Terrassements, voiles de béton, ferraillages et imposants échafaudages donnent désormais une réalité très concrète au projet. Le 2 octobre, Jérôme Viaud s’est rendu sur le chantier avec les différents acteurs de l’opération afin d’en constater l’avancement.
Le futur équipement est construit à proximité immédiate du cimetière des Roumiguières, route de Pégomas, sur le site d’une ancienne station d’épuration aujourd’hui désaffectée, cette implantation doit permettre de constituer un ensemble funéraire cohérent et de mutualiser certains équipements, notamment les stationnements et les espaces cinéraires.
Le bâtiment a été conçu comme un lieu sobre, largement intégré au paysage et destiné autant à la cérémonie qu’au recueillement. Les perspectives architecturales montrent une construction aux volumes courbes, largement entourée de végétation, cherchant davantage à s’effacer dans le terrain qu’à s’imposer dans le paysage.

Près de 12 millions d’euros investis par la Ville
Le projet représente près de 12 millions d’euros d’investissement, entièrement pris en charge par la Ville de Grasse. Le futur crématorium sera équipé, dans un premier temps, d’une ligne de crémation permettant une capacité maximale annoncée de 1 500 crémations par an, avec une possibilité d’évolution ultérieure.
Cette capacité n’a pas été choisie au hasard. Dans son dossier réglementaire, la Ville estime que le bassin potentiellement concerné représente environ 200 000 habitants, en intégrant Grasse et plusieurs secteurs de l’Ouest des Alpes-Maritimes ainsi qu’une partie de l’Est varois. Le même document fait état d’une estimation de 1 200 à 1 500 crémations par an lors des premières années d’exploitation, puis de 1 600 à 1 800 à plus long terme.
Il faut cependant distinguer la capacité technique annoncée des premières estimations de fréquentation : personne ne peut évidemment prédire avec exactitude l’activité réelle du futur équipement.

La crémation a profondément changé les pratiques funéraires françaises
Le projet grassois intervient dans un contexte national très différent de celui que connaissait la France il y a encore une génération.
Selon le CRÉDOC, la crémation représentait 42 % des décès en France en 2022, contre seulement 28 % en 2009. Le nombre annuel de décès est parallèlement passé d’environ 550 000 en 2010 à 630 000 en 2023, sous l’effet notamment du vieillissement démographique.
Autrement dit, la crémation, autrefois minoritaire, est devenue en quelques décennies un mode d’obsèques courant. Le CRÉDOC relie cette évolution à plusieurs transformations sociales : recul de certaines pratiques religieuses, éloignement géographique des familles, évolution du rapport au cimetière et recherche de cérémonies plus personnelles.
À Grasse même, les documents préparatoires au projet avancent environ 800 décès par an, dont quelque 400 conduisant à une crémation. Ils évoquent également un taux de crémation supérieur à 60 % dans les Alpes-Maritimes, donnée utilisée par la Ville pour dimensionner son projet.

La crémation est-elle réellement moins chère ?
C’est ici qu’il faut apporter une nuance importante à une idée très répandue.
Affirmer simplement que l’augmentation de la crémation s’explique par son coût inférieur à celui d’un enterrement serait inexact.
Les données disponibles montrent que la comparaison dépend énormément de ce que l’on inclut dans les obsèques.
L’enquête nationale menée par l’UFC-Que Choisir en 2019 établissait ainsi un coût moyen de 3 815 € pour une inhumation hors caveau et concession, contre 3 986 € pour une crémation : sur les seules prestations funéraires comparées, la crémation n’était donc pas moins chère.
En revanche, une inhumation peut ensuite entraîner des dépenses propres au cimetière : acquisition d’une concession, construction ou ouverture d’un caveau, monument funéraire, etc. Service-Public.fr confirme que ces différents postes font bien partie des dépenses susceptibles d’entrer dans les frais funéraires.
C’est donc lorsque l’on considère l’ensemble du coût à terme, notamment concession, caveau et monument, qu’une crémation avec dispersion des cendres ou solution cinéraire peu coûteuse peut revenir sensiblement moins cher qu’une inhumation traditionnelle. Mais elle n’est pas, par nature, systématiquement moins chère.
Cette précision est importante : le développement spectaculaire de la crémation répond autant à des évolutions culturelles, familiales et démographiques qu’à des considérations économiques.

Un équipement qui manquait au bassin grassois
L’enjeu local est particulièrement concret.
Jusqu’à présent, Grasse ne dispose pas de crématorium. Les familles doivent donc se tourner vers d’autres équipements, notamment ceux de Nice, Cannes et Saint-Raphaël et les délais peuvent être importants selon les périodes…
Pour une famille endeuillée du Pays de Grasse ou du Haut-Pays, devoir organiser une cérémonie à plusieurs dizaines de kilomètres n’est pas anodin. Cela suppose des déplacements supplémentaires pour les proches, des contraintes horaires et une organisation plus lourde au moment même où les familles sont les plus vulnérables.
La Ville estime ainsi que l’équipement grassois pourra rayonner bien au-delà de la commune et intéresser un bassin comprenant notamment les secteurs de Grasse, Valbonne, Vence, Le Cannet, Antibes, Villeneuve-Loubet et Cagnes-sur-Mer, mais aussi une partie de l’Est varois autour de Montauroux et Fayence.

Le choix fort de la régie municipale
C’est probablement l’une des caractéristiques les plus importantes du projet : le crématorium de Grasse sera exploité directement par la collectivité en régie municipale et non confié à un opérateur privé dans le cadre d’une délégation de service public.
Ce choix est parfaitement conforme au droit. L’article L.2223-40 du Code général des collectivités territoriales dispose que les communes et établissements publics de coopération intercommunale sont seuls compétents pour créer et gérer les crématoriums. La loi leur permet ensuite soit une gestion directe, soit une gestion déléguée.
Grasse a donc choisi la première solution.
Et la Ville l’affirme explicitement : « La gestion en régie garantira un service public axé sur le respect, la dignité et l’accessibilité », en mettant en avant des agents spécifiquement formés et une relation directe entre la collectivité et les familles.
Ce point mérite d’être souligné : la Ville ne sera donc pas seulement propriétaire du bâtiment. Elle entend assurer elle-même le service public du crématorium.
Un projet engagé depuis plusieurs années
Le crématorium n’est pas apparu avec le début du chantier. Sa réalisation est le résultat d’un long parcours administratif et réglementaire.
Jérôme Viaud rappelle notamment le rôle de l’ancien préfet Georges-François Leclerc dans la modification du PLU engagée en 2018, ainsi que celui de plusieurs élus et responsables ayant accompagné le dossier au fil des années. Le projet a également nécessité des études environnementales et hydrauliques ainsi qu’une procédure d’enquête publique.
Le Code général des collectivités territoriales impose en effet que la création ou l’extension d’un crématorium soit autorisée par le représentant de l’État dans le département, après enquête publique et consultation de la commission départementale compétente. La première pierre du bâtiment a été posée le 11 mai 2026.

Derrière le béton, un service destiné aux familles
Les photographies du chantier montrent aujourd’hui un équipement encore très éloigné des images architecturales du bâtiment achevé : béton brut, ferraillage, échafaudages et engins de chantier dominent encore le paysage.
Mais sa finalité est précisément inverse : créer un lieu où le bruit et l’urgence devront disparaître.
Pour le bassin grassois, l’intérêt de cet équipement tient finalement en quelques mots : proximité, réduction des déplacements, capacité supplémentaire et maîtrise publique du service.
Dans un domaine aussi particulier que celui du funéraire, où les décisions doivent souvent être prises dans l’urgence et dans une période de grande fragilité, disposer à Grasse d’un équipement public géré directement par la Ville constituera une évolution importante.
Si le calendrier est respecté, juin 2027 marquera donc l’ouverture d’un nouveau service public funéraire pour Grasse et, plus largement, pour une partie importante de l’Ouest des Alpes-Maritimes et de l’Est varois.
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