Grasse accueille un festival inédit où les procès entrent en scène !
5 novembre 2026 | par Jean-Claude JUNIN

Lumières sur la Justice : Grasse accueille un festival inédit où les procès entrent en scène !
Du 19 au 21 novembre 2026, la capitale mondiale du parfum va devenir, durant trois jours, celle de la Justice et de son histoire. À l’invitation de Jérôme Viaud, maire de Grasse, la ville accueillera la première édition du festival « Lumières sur la Justice ». Au programme : reconstitutions de grands procès historiques, conférences, expositions, projections et un étonnant défilé de trente robes d’avocats venues du monde entier. Une manifestation culturelle originale qui entend rapprocher les citoyens d’une institution parfois méconnue.
Grasse, capitale du parfum… et de la Justice !
On connaît Grasse pour ses parfums, ses fleurs et son patrimoine historique. On oublie parfois qu’elle est également une importante cité judiciaire.
Son tribunal judiciaire, installé dans un bâtiment conçu par l’architecte Christian de Portzamparc, est l’un des deux tribunaux judiciaires des Alpes-Maritimes.
Selon les organisateurs, il couvre un bassin de plus de 570 000 habitants et se situe au 21e rang national.
C’est donc tout naturellement que Grasse a été choisie pour accueillir la première édition du festival « Lumières sur la Justice », du jeudi 19 au samedi 21 novembre 2026.
Jérôme Viaud, maire de Grasse, a personnellement souhaité accueillir cette manifestation, convaincu de l’importance de rendre la culture et les institutions accessibles au plus grand nombre.
La municipalité accompagne l’événement sur les plans logistique et promotionnel, avec l’ambition d’en faire un rendez-vous qui rayonne bien au-delà du territoire grassois.
Trois lieux emblématiques accueilleront les différentes manifestations : le Palais de Justice, le Théâtre de Grasse et la Médiathèque Charles Nègre.

Quand les avocats et les magistrats montent sur scène
L’une des grandes originalités du festival réside dans la reconstitution théâtrale de procès qui ont marqué l’histoire.
Ces représentations seront interprétées par une troupe composée d’avocats et de magistrats, dans des mises en scène signées Basile Ader et Sophie Dumont Ader.
L’objectif n’est pas simplement de raconter l’histoire judiciaire, mais de faire revivre la puissance des plaidoiries, les débats de société et les grandes questions de liberté qui ont traversé les époques.
Trois procès seront particulièrement mis à l’honneur.
Le procès de Bobigny
En 1972, le procès de Bobigny devient un moment décisif du combat pour les droits des femmes.
Défendue notamment par l’avocate Gisèle Halimi, Marie-Claire Chevalier, une adolescente poursuivie après avoir avorté à la suite d’un viol, se retrouve au centre d’une affaire qui contribuera à faire évoluer le débat public sur l’interruption volontaire de grossesse.
Trois ans plus tard, la loi Veil légalisera l’IVG sous certaines conditions.
Le festival proposera de revenir sur cette affaire emblématique, qui interroge toujours les relations entre justice, société et libertés individuelles.

Le procès Manouchian, dit de l’Affiche rouge
Autre moment historique : le procès des résistants du groupe Manouchian, organisé en février 1944 sous l’Occupation allemande.
Missak Manouchian et ses compagnons, engagés dans la Résistance contre le nazisme, deviennent les figures d’un combat dont la mémoire demeure profondément inscrite dans l’histoire française.
Le procès et la propagande de l’« Affiche rouge » rappellent comment la justice peut être instrumentalisée par un régime d’oppression.
Une représentation particulièrement forte, consacrée à la Résistance, au courage et à la mémoire.
Le procès de Marie-Antoinette
Changement d’époque avec le procès de la reine Marie-Antoinette devant le Tribunal révolutionnaire, en octobre 1793.
Accusations politiques, climat révolutionnaire, affrontement entre monarchie et République : cette affaire reste l’un des épisodes les plus célèbres de l’histoire judiciaire française.
Mais à Grasse, cette représentation comportera une particularité particulièrement originale : elle sera présentée en « odorama », grâce à une création olfactive de la Maison Sozio.
Une manière de faire dialoguer l’histoire, le théâtre et les savoir-faire parfumeurs de la cité.
Il fallait bien que Grasse apporte sa touche personnelle à la Justice !

Trente robes d’avocats venues du monde entier
C’est certainement l’un des rendez-vous les plus insolites de cette première édition.
Le jeudi 19 novembre, à 19 heures, le Palais de Justice accueillera un défilé de trente robes d’avocats du monde entier.
Noires, rouges, bleues, brodées ou ornées de couleurs et de symboles particuliers, ces tenues témoignent de traditions judiciaires très différentes selon les pays.
La robe d’avocat est bien davantage qu’un vêtement professionnel : elle représente une fonction, une histoire et une certaine conception de la Justice.
Ce défilé, porté par les avocats du Barreau de Grasse, permettra de découvrir la diversité des traditions juridiques internationales.
Une nouvelle présentation est prévue le samedi 21 novembre à 18h30, dans le hall du Théâtre de Grasse.
Le Barreau de Grasse, qui rassemble plus de 600 professionnels du droit selon le communiqué, participe activement à l’organisation du festival, sous l’autorité de sa bâtonnière, Maître Florence Bensa Troin.
La Médiathèque Charles Nègre au cœur des débats
Le festival investira également la Médiathèque Charles Nègre, avec une programmation associant histoire, réflexion et cinéma documentaire.
Vendredi 20 novembre à 10 heures, l’historienne Cécile Berly proposera une conférence intitulée « Guillotinées ».
Spécialiste notamment de l’histoire des femmes au XVIIIe siècle, elle invitera le public à réfléchir à la place des femmes dans les bouleversements politiques et judiciaires.
Le documentaire « Iran, plaidoyer pour la justice » sera également projeté à l’Auditorium Pixel, les vendredi 20 et samedi 21 novembre.
Les projections seront accompagnées de rencontres et de débats avec le public, en présence du réalisateur et du producteur Hirbod Deghani Azar.
L’exposition « Les Femmes avocates » sera présentée sur le parvis de la médiathèque.
Des séances de dédicaces de Basile Ader sont également annoncées autour de ses ouvrages.

Des expositions pour découvrir la Justice autrement
Au-delà des représentations théâtrales, plusieurs expositions viendront enrichir la programmation.
« Clichés d’audiences » sera présentée au Tribunal judiciaire et sur le parvis de la Médiathèque Charles Nègre.
L’exposition « Les Avocats pendant la guerre » fera l’objet d’un vernissage le vendredi 20 novembre à 19 heures au Théâtre de Grasse.
Autant d’occasions de découvrir les hommes et les femmes qui ont fait vivre la Justice, parfois dans des circonstances historiques particulièrement difficiles.
Un festival né d’une collaboration entre culture et monde judiciaire
Cette première édition a été conçue et réalisée par trois personnalités aux parcours complémentaires :
David Nitlich, dirigeant de l’association Évidences ; Basile Ader, avocat et ancien vice-bâtonnier du Barreau de Paris ; et Emmanuelle Bourret, directrice du Théâtre de Grasse.
Le festival bénéficie de partenariats associant la Ville de Grasse, le Conseil national des barreaux, le Théâtre de Grasse, le Tribunal judiciaire et le Barreau de Grasse.
Le Musée du Barreau de Paris apporte également son soutien, tandis que Lexbase, Société Générale et Sozio figurent parmi les mécènes annoncés.
Pour Basile Ader, l’ambition est claire :
« Notre volonté est d’ouvrir grand les portes du Tribunal, pour faire entendre la force de la parole judiciaire, de la mémoire collective et des libertés fondamentales. »
Une démarche qui prend tout son sens à une époque où le fonctionnement des institutions judiciaires suscite de nombreuses interrogations.

Le programme des trois journées
Jeudi 19 novembre – Palais de Justice
- 14h : Le Procès de Bobigny, représentation scolaire.
- 18h30 : inauguration officielle.
- 19h : défilé de robes d’avocats du monde entier.
- 20h : Le Procès de Bobigny.
Vendredi 20 novembre – Théâtre et Médiathèque
- 10h : conférence « Guillotinées », par Cécile Berly, à la médiathèque.
- 14h : Le Procès Manouchian, représentation scolaire au Théâtre ; projection d’« Iran, plaidoyer pour la justice » à la médiathèque.
- 17h : nouvelle projection du documentaire à la médiathèque.
- 19h : vernissage de l’exposition « Les Avocats pendant la guerre » au Théâtre.
- 20h : Le Procès Manouchian, au Théâtre.
- 21h30 : cocktail officiel offert par la Ville de Grasse.
Samedi 21 novembre – Théâtre et Médiathèque
- 10h30 et 14h : projections d’« Iran, plaidoyer pour la justice », suivies d’échanges avec le réalisateur, à la médiathèque.
- 16h : Le Procès de Bobigny, au Théâtre.
- 18h30 : nouvelle présentation du défilé de robes d’avocats, dans le hall du Théâtre.
- 20h : Le Procès de Marie-Antoinette, en odorama, au Théâtre.
Informations pratiques
Dates : du jeudi 19 au samedi 21 novembre 2026.
Lieux : Palais de Justice, Théâtre de Grasse et Médiathèque Charles Nègre.
Informations : www.ville-grasse.fr.
Les modalités d’accès, les éventuelles réservations et les tarifs des différentes représentations sont à vérifier auprès des organisateurs.
Et si la Justice devenait un rendez-vous culturel ?
En accueillant cette première édition, Grasse démontre une nouvelle fois sa capacité à faire dialoguer patrimoine, culture et vie citoyenne.
Le festival a d’ailleurs vocation à être organisé, lors de prochaines éditions, dans d’autres villes françaises.
Grasse aura donc l’honneur d’en avoir été le point de départ.
Pendant trois jours, les citoyens pourront découvrir la Justice autrement, non seulement comme une institution, mais aussi comme une histoire humaine faite de combats, de convictions et de libertés.
Et pour une fois, à Grasse, nul besoin d’être convoqué au tribunal pour avoir envie d’y entrer !
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